Portrait d’Octave Rimbert-Rivière

Octave Rimbert-Rivière chérit la matière. Il l’adule et l’amadoue, la flatte comme on caresse le flanc d’un animal que l’on domestique progressivement. Avec tendresse, il entretient avec elle une relation de chair. Et son intérêt grandissant pour le potentiel numérique ne virtualise en rien sa pratique, toujours férocement ancrée dans le tangible. Il demeure touchant. Et marie poterie et nouvelles technologies. Toute création pour lui est le produit d’un collage. Son argile se puise dans les profondeurs du dark web, et s’engobe de fun, à la main. Si le sculpteur séjourne régulièrement dans le monde digital, et on insistera jamais assez sur la dimension tactile de ce terme, c’est pour y expérimenter les modelages que permet un tel outil, au même titre que l’estèque. L’ordinateur est un vecteur de distorsion, une machine à hacker une forme archétypale. L’artiste transforme le glitch en porcelaine, coulant flux électronique et terre liquide dans des moules. À leur tour, ses tasses et théières contiennent et versent. Les émaux suintent, crépitent, fendent. Ils bullent aussi. Leur surenchère de croûte ne connaît pas de limite, car en céramique, ça cuit tout le temps. De ce magma énervé, il s’agit de créer des objets fonctionnels, mais vraiment, qui servent. Cela les débloquent de l’espace d’exposition, et après les avoir exporté une première fois de l’écran, les affranchit plus encore pour simplement irriguer la vie, dans une course vers le concret. Fuir les socles, craquer les codes, casser les cases. L’usage libère l’œuvre.

Publié dans la revue Geste/s n°5, page 61, mars 2023