Portrait d’Anne Verdier

Anne Verdier se permet tout. Dans son four, elle fait ce qu’on empêche ailleurs. Cet antre est son atelier. Elle y entre. Cinq murs scellés d’un sixième définissent sa liberté. Elle l’a construit il y a quinze ans avec la complicité de son père, chaudronnier. C’est un moyen pour cuire gros, un bon mètre cube, à cœur, seule ou presque. Ce modèle Fehler permet une grande autonomie grâce à un alandier unique ne nécessitant aucune équipe. La combustion au bois, en y jetant de grosses branches sans besoin de les fendre, voire de la palette, est amplifiée par de l’air pulsé. On lui souffle dans les bronches. Après vingt-quatre heure jusqu’à 1300°, le chaos s’offre en un épais gisement coloré aux céladons traditionnels et pigments industriels, à extraire à la barre à mine. La céramiste sculpte doublement, en façonnant le mou puis en taillant le dur. Elle transforme ainsi l’argile et toutes les matières qui fondent plus ou moins à haute température en ce foyer qu’elle a fondé à SaintVictor-sur-Rhins dans la Loire en pleine campagne. C’est par là, au bord d’une route qu’elle emprunte depuis toute petite, qu’émerge sa série « Lignes » sur un flanc rocheux. La formation volcanique date de la fin de l’ère primaire, et présente des arrêtes verticales très graphiques. On suit les failles. Elle en prend l’empreinte en pressant deux cents kilos de porcelaine recyclée et préparée au pied. L’estampage est un procédé essentiel, qui s’appuie sur des choses existantes. Ainsi, l’artiste cherche à saisir ce qui est à sa portée, le monde. Elle colle à la réalité autour de l’atelier, et s’autorise à en faire ce qu’elle veut. Tout a fondu, encore une fois.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2024 Cnap.fr