Portrait de Jean-Jacques Gentil

Jean-Jacques Gentil est maître en terre sigillée. En France, une quinzaine de céramistes perpétueraient cette technique chérie par les étrusques et célébrée durant toute l’Antiquité occidentale, puis oubliée par l’humanité durant des millénaires jusqu’à ce qu’on en pénètre à nouveau les secrets durant la deuxième moitié du siècle passé. Jean-Jacques Gentil est alors ingénieur agricole, et va se faire licencié pour être en désaccord éthique avec son patron. Il commence à pratiquer le grès utilitaire en autodidacte, jeune père devant s’inventer une source de revenus à l’orée des années 1970. Trois décennies de labeur suivront jusqu’à l’opportunité d’une étude sur les matériaux céramiques portée par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières auquel il participe en tant que bénévole. L’initiative consiste en la valorisation des sous-produits de carrières, ce qui lui fait rencontrer diverses qualités de terre qu’il commence à cueillir en consignant leur exacte localisation. Il dispose aujourd’hui d’une collection de 170 argiles méticuleusement répertoriées dans un carnet, et pas une de plus puisque ses pages sont maintenant pleines. Chacune est conservée dans une bouteille en plastique d’un litre et demi, quantité bien suffisante pour les quelques microns qui forment cette peau satinée si caractéristique. L’artisan expérimente l’infini variété des rendus, avec ou sans gazette, selon mille atmosphères dans son nouveau petit four à bois qui carbure. Il vient en effet de quitter l’Auvergne pour emménager à Saint-Julien-Molin-Molette en plein Pilat. Parmi ses trésors, patiente un sublime contenant, marqué par un œil dessiné par le jeu des flammes. « Le feu m’a fait un beau cadeau » dit le potier. Sous l’objet, à côté de sa signature, est gravée l’inscription « 5 F 157/2 », un code permettant de décrire systématiquement chaque pièce. En l’occurrence, celle-ci a été obtenue avec cinq kilos (5) de faïence (F) engobée de terre récoltée à Souvigny dans le Bourbonnais (157) par deux couches (2). L’opération nécessite quatre cuissons. Son couvercle est encore assez mobile car il est conçu pour être scellé. Il s’agit d’une urne funéraire. En visite à son atelier, Jean-Jacques Gentil me confie que c’est la sienne. Et qu’il s’en était façonné deux, ainsi si l’une part, il lui restera l’autre.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr