Philippe Godderidge est potier-paysan. Il écrit aussi. Il y a un demi-siècle, il quitte Paris pour installer son activité et sa famille dans la campagne normande. Fallait y aller, et un peu tout casser. Romantique et punk, il affirme une terre charnelle. Ça semble juste. La basse température chamarrée lui paraît plus légère, fragile, joyeuse, picturale, plus humaine, et offre un champs alternatif d’expérimentation loin des territoires de ses idoles. Ailleurs. Tout en vendant la viande des bovins qu’il élève, il construit une façon de travailler la chair s’approchant davantage de la peinture que de la poterie qu’il avait apprise, sans école, en atelier. Il monte ainsi les couleurs comme un peintre, de cuisson en cuisson, dans un petit four à gaz qui lui permet de multiplier les couches et les palettes. L’œil en caresse les strates. Toutes se lisent dans l’ordre de leur application, avec pour règle de toujours laisser apparent un bout d’argile nue, de toile vierge. Sa matière est très chamottée pour supporter au mieux les aléas de températures un peu brutales. S’il pose deux morceaux côte à côte, ça va tenir. Et y a une vraie richesse de couleurs là-dedans. La série « Roseraie » témoigne de la fascination du céramiste pour le Vert de cuivre des terres vernissées anciennes, qui trouvent leurs racines partout. La forme devient motif. La pause de l’émail n’est jamais soignée. L’image bucolique assez banale se présente en chantier. Il y a trace de tout, avec l’assurance de mettre un peu de bazar dans le décoratif. De liberté.
→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2024 Cnap.fr