Attirail de grès

Ce nécessaire, l’est. La cuisson à haute température assure une solidité à l’épreuve de la vie courante. Férocement utilitaire, l’arsenal trônait dans les cuisines et continue aujourd’hui à fasciner par la simplicité de ses formes, par l’évidence de sa réalité. Le grès coriace se ferme pour mieux contenir et résister, en traversant une fournaise alchimique obtenue au gaz ou au bois. Il aura connu la flamme. Le chêne permettra des dépôts de cendre foncés, avec du charme, des nuances rosées, avec du sapin, une tonalité bleutée et lumineuse. La terre est préparée pour être nourrie, voire directement récoltée. Les émaux sont conçus selon des recettes qu’on se partage. Voilà une poterie qui paraît aussi bien coréenne que berrichonne. Elle bénéficie de cette sophistication d’être populaire de partout. Notre panoplie se constitue de quarante-huit éléments de vaisselle, augmentés par deux pièces iconiques, à savoir des assiettes, gobelets, bols, saladiers, cruches, plats, écuelles, coupe à fruits, cruche à distiller, pots à graisse, huiliers et porte-dîner, avec une théière et un pichet en bonus. Tout sert. Magali Wagner (1980) a eu pour tuteur lors de sa formation Michel Cohen (1958) connu pour sa production au four anagama dans les Hautes-Alpes. Dauphine Scalbert (1955) et Lulu Rozay (1931) ont respectivement installé leurs feux en Puisaye et à La Borne, deux hauts lieux en la matière. Différentes générations et géographies convergent vers une passion pour l’usage, et sa traduction dans des contours furieusement ancrés dans un répertoire traditionnel constamment actualisé. Au sein des collections du Cnap, à l’autre bout de l’échelle des températures en céramique, et ailleurs en termes de rusticité, cet « Attirail de grès » complétera à merveille le « Service de terre vernissée » acquis en 2022.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2024 Cnap.fr