Emanuele Becheri modèle. Sa pratique de la terre ne s’aborde pas tant selon la culture de la céramique, et encore moins l’esprit de la poterie. En touchant l’argile, il s’instruit. Ni maquette, ni miniature, ni essai, l’étude affirme un appétit d’apprentissage et d’entendement, peu importe si elle esquisse ou finalise. C’est ainsi que l’artiste cherche à comprendre le surgissement des formes, et poursuit une production fascinée par l’art des autres, et par son histoire. Il évoque volontiers les maîtres qu’il ausculte, ces siècles de façonnage qui nourrissent son regard puis ses gestes. Alors il sculpte, au même titre qu’il peignait ou qu’il dessinait, pour saisir. Et la préhension est flagrante en ce médium. C’est en commençant par le modelage de la cire, parfois coulée ensuite en bronze, que l’artiste est arrivé à la glaise. Aujourd’hui, chaque stature part d’un bloc dont le volume est modifiée par translation de matière, sans ajout ni retrait. Ça bouge. Pas de résidu. C’est plein. Une gestualité lyrique conduit les mouvements que la main imprime, pour exprimer. Il faut imaginer les doigts tout pousser, pour composer ces élans que le soleil séchera avant que la cuisson ne les fige, dans un four électrique qui monte lentement jusqu’à presque 1.000° à quelques kilomètres de l’atelier. Cet antre immortalise une passion baroque maintenant bien digérée, entre grâce et crasse. D’ailleurs seuls des oxydes et pigments salissent parfois les carnations. Les œuvres ici ne sont jamais émaillées afin de respecter l’accès à toute trace enregistrée par le matériau nu.
→ Publié à l’occasion de l’exposition Sculptures, du 16 mai au 29 juin 2024, Galerie Bernard Bouche, 123 rue Vieille du Temple, Paris (3e) 01 42 72 60 03 galeriebernardbouche.com