Empire et royaume

Une exposition avec des œuvres d’AuchKatzStudio, Nicolas Bourthoumieux, François Dehoux, Wandrille Duruflé, Margot Piétri, Guillaume Pinard, Mélissa Sinapan, Pierre Unal-Brunet et Marine Wallon
du 27 au 29 août 2021
à Art-o-rama à la Friche la Belle de Mai à Marseille

Sur son île, Moly-Sabata demeure un havre, une zone franche émancipée des pouvoirs alentour. Son territoire s’invente, conquérant en permanence son autonomie, et œuvre au-delà des dominations à une hospitalité de tout temps. Ses parages relèvent de l’interface, à la fois ligne de partage et voie d’échanges, étanche et perméable. Car le Rhône tranchait ici les terres, séparant durant des siècles le Saint-Empire romain germanique du Royaume de France. Dans le vocable des érudit·e·s du coin, c’est encore ainsi que l’on distingue aujourd’hui une rive de l’autre. Cette position médiane, sans taire la violence des frontières, offre des panoramas chevaleresques depuis le milieu du fleuve, ne dépendant d’aucune des berges, ni de leur autorité. Nous nous trouvons entre les deux.

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François Dehoux

François Dehoux sonde. Avec méticulosité, il tâte le terrain pour s’en faire une expérience sensible voire charnelle. Il s’enfonce avec délectation pour fouiller cette matrice, mettant en lumière par ses œuvres ce qu’il en perçoit depuis l’autre côté, la surface. En dérangeant le monde souterrain, il frotte l’invisible, de ses phalanges et ses ongles. Sa production suit un principe d’extraction, extirpant les formes des profondeurs vers la lumière. L’élan révélateur est à rapprocher du procédé photographique. Sous le soleil, le temps et l’espace s’offrent à lui malléables, pour mieux les façonner selon les racines qu’il rencontrera. Et bien qu’il vagabonde beaucoup, ce rapport au sol détermine une logique à toujours ancrer la fabrication de ces sculptures quelque part. Lorsqu’il s’arrête, il creuse. Sa biographie témoigne d’odyssées l’ayant fait voir du pays, tour de France porté par un appétit à apprendre en faisant. Il s’est ainsi formé à la taille de pierre dans la Drôme, à la maçonnerie en Haute-Loire, à la menuiserie et la charpente en Maurienne, au maraîchage en Sologne, à la cordonnerie dans la Loire, à l’élevage biologique de chèvres dans le Jura, et de vaches en Ardèche puis en Suisse, ainsi qu’au paysagisme en Haute-Savoie, sans compter les nombreux chantiers de construction par monts et par vaux. Son activité artistique se voit aujourd’hui durablement soclée par ces professions manuelles, encadrées par un cursus académique en arts appliqués d’abord, et visuels ensuite, qu’il trouva nécessaire pour s’émanciper de la simple exécution. Tout cela réveille certaines passions Arts & Crafts au service du beau geste. Avec la fascination pour le progrès capital en moins. Car François Dehoux préfère parfois tourner le dos aux choses humaines. Et après avoir fait son trou, juste avant de partir, il plante quelques graines. Cela nous fera du persil, du cerfeuil et des carottes.

→ Publié à l’occasion de l’exposition personnelle « Apiaks » de François Dehoux par L’Assaut de la menuiserie hors-les-murs à la Salle des cimaises (Saint-Étienne)