Service de terre vernissée

On la traite de pâte à modeler décorée au vernis à ongle et cuite au soleil. C’est dire combien elle est moquée au sein-même du monde de la céramique. La terre vernissée, joyeuse et utile, rayonne de tout ce qu’on lui reproche, si sud, si colorée. Elle se caractérise par sa monocuisson économique, sa sulfureuse couverte d’alquifoux et sa bonne humeur serviable. Il me semble incontournable que les collections nationales témoignent de l’humilité de cette vaisselle de tradition paysanne, principalement tournée, déclinant un répertoire de formes à partir du principe ancestral du pot. Ainsi, les quarante-huit pièces réunies pour composer ce service incarnent l’actualité d’une technique à travers deux ateliers, mis en perspective de deux figures maintenant historiques. Ces quatre signatures affichent la permanence d’une pratique dans sa diversité, et dessinent une constellation professionnelle et sentimentale. Héloïse Bariol (1983) est passée se former chez Jean-Jacques Dubernard (1955) alors installé dans la mythique Poterie de Chals à Roussillon dans la Vallée du Rhône, où Gérard Lachens (1929-2016) avait lui-même effectué un stage en 1950. Leur ami David Miller (1942-2008) les accompagne par la picturalité enlevée de ses décors. Bols, pichets, saladiers, plats, assiettes, écuelles, bougeoirs, vases et quelques pièces excentriques offrent un panorama unique et généreux sur ce savoir-faire, seulement représenté à ce jour au sein de la collection du Cnap par une quinzaine d’éléments, dont très peu sont utilitaires. À table !

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr