Gilles Le Goff a démarré son métier il y a trois décennies. C’est environ le temps par lequel se définit une génération. Depuis peu, son fils Théo a rejoint son enseigne. C’est pour le père un grand bonheur de voir l’aventure se poursuivre ainsi. Au-delà du mythe d’une transmission filiale et unilatérale, Aux Grès de l’Eau affirme aujourd’hui combien les apports sont réciproques.
Une famille ancrée en Bretagne
Natif de Loudéac, Gilles Le Goff a voulu installer son entreprise dans la région. Après avoir débuté dans les Côtes-d’Armor, il déménagera à plusieurs reprises jusque dans le Finistère, pour enfin revenir dans le département où se trouve actuellement sa poterie. C’est à Guingamp qu’il a établi son activité, de manière définitive à l’en croire. L’influence océanique semble resurgir dans la gamme colorée d’une production nappée de bleus, verts, beiges et blancs. Ces teintes voisinent les qualités de la nacre, aux surfaces parfois frappée par des effets iridescents. Nuances et moires témoignent assurément de la richesse des glaçures, éveillant par leur traitement le vertige des abysses. Il existe justement ce terme breton, le glaz, pour définir en un mot le nuancier complet de la mer. Et bien que des bolées figurent dans leur magasin, Théo Le Goff se défend d’utiliser le motif folklorique du triskel. Avec décontraction, il affirme que mieux vaut se jouer des traditions que de les subir.
Entre deux eaux
Originellement dans le domaine de la marine, cette expression désignait un équipage capable de naviguer en gardant le cap, malgré les courants pouvant l’entraîner dans une mauvaise direction. Ensemble, Gilles et Théo Le Goff conduisent indéniablement leur navire vers leur propre horizon. Le premier a bâti les fondations stables d’une pratique de l’argile tournée, acquise durant dix mois passés en formation au CNIFOP de Saint-Amand-en-Puisaye. Il lance ensuite son affaire pour fabriquer de l’utilitaire. Le second a commencé en tournassant des couvercles. Enfant, la terre était davantage perçue comme un amusement, plutôt qu’une perspective professionnelle. Après de rapides études peu satisfaisantes suivies d’un service civique à l’étranger, c’est en revenant qu’il retourne à la céramique. Au sein de la poterie paternelle, il aide d’abord à la comptabilité ou à travers de petites tâches, pour finir par complètement reconsidérer le travail de potier, la vingtaine à peine passée.
Même atelier, différentes signatures
Chacun développe aujourd’hui ses propres séries. La production faite-main consiste en une terre tournée, biscuitée à 1000° puis passée à 1280° en cuisson réductrice, au gaz. L’un pratique l’engobe sur du grès de Puisaye. L’autre s’enivre des charmes des émaux, et expérimente les rendus sur la porcelaine. Au fil des dosages d’oxydes et des erreurs, il parvient à se différencier véritablement de l’enseignement hérité. Bien-sûr, sa quête personnelle ne l’empêche pas de continuer à donner un coup de main à son père. C’est le fils qui propulse la marque sur les réseaux sociaux, et entretient une visibilité en ligne par la refonte du site internet et la tenue d’une e-boutique. Il œuvre activement par sa touche, à sensibiliser les jeunes de son âge avec son matériau, et les motiver à une consommation engagée. Les deux personnalités coexistent, et la passion et les gestes se partagent pour finalement faire du Le Goff. En 2021, Aux Grès de l’Eau fête ses trente ans.
Aux Grès de l’Eau, 11 rue du Maréchal Joffre, Guingamp (22). Tél. : 06 70 03 25 63. https://ogresdeleau.com/
→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #237 Mars – Avril 2021