Hatice Pinarbasi

Hatice Pinarbasi parle. Et pas qu’avec la bouche. Si elle échange en français, turc, anglais, allemand, kurde et portugais brésilien, imaginons combien sa peinture cherche à refléter ce plurilinguisme et les nombreuses nuances générées par une personnalité qui, davantage que la maîtrise, encourage la conversation. Il s’agit de se faire comprendre. Sa langue est linguale plus que linguistique. Ainsi, son travail est avant tout incarné. Il est un muscle qui bouge et articule. La toile est un tissu de vêtement marqué par l’huile, l’acrylique, le crayon ou le pastel. Dans l’espace, l’artiste organise des textures colorées. On peut y identifier des lettres, des formes de ponctuation, ou ne rien y déchiffrer du tout. Il y a un enthousiasme certain à bavarder, et des manques, des hésitations, des trous qui humanisent le flux de la parole. Accents et intonations chérissent les dialectes voire les patois, embrassant les rugosités de l’élocution, affirmant où l’on est, diluant d’où l’on vient. En ce moment, la peintre immortalise des feuilles mortes, des escargots et des ciels expressifs. Elle a envie de faire un tour de France pour en boire la polyphonie, la polychromie. Assurément, elle mangera. Jargon et bouffe passent tous deux par là. Langage et nourriture célèbrent l’oralité. D’où peut-être l’expérience de la performance, qui prend place au sein de ses accrochages, comme des voix intérieures à spatialiser. Cela impose littéralement la présence de la chair. De la table au tableau, goûtons la cuisine d’Hatice Pinarbasi.

« Quand je dis pizza, c’est parce que les ingrédients sont anarchiquement posés et non grammaticalement parfaitement alignés. »

Publié dans la catalogue du 65e Salon de Montrouge