Io Burgard charrie. Non pas qu’elle plaisante, bien qu’une bonhomie imprègne sa production, mais travaillant la sculpture, elle se charge de la pesanteur. Et la coltine, la drague, la transbahute, la déplace. Car œuvrer au sein d’un médium caractérisé par son équilibrisme, consiste à répartir les chairs et le reste, pour que tout tienne. À leur tour, ses statures trimballent. Avec la barrière alpine toute proche, des histoires de contrebande habillent ces personnages dont le contenu des paquets nous est dissimulé. Ici comme au Pays Basque et sur tous les reliefs du monde qui souvent marquent une frontière, on cherche à faire fi des limites, à trouver des brèches, pour une passe. Ça colporte des clopes et de l’alcool. On pense à la souffrance de la migration et à l’héroïsme des sommets. Mais pour ces sherpas défiant l’altitude, les paniers tressent l’osier comme des ratures. Des tentures bariolées affichent leur béance. Silhouettes et conduits insistent à leur façon sur un mouvement vertical d’ascension. L’artiste, dans le froid de l’hiver, a découvert la routine de la cheminée, à toujours veiller à ce que jamais le feu ne s’éteigne. La vestale du Vercors goûte progressivement à une vie de château entourée d’oiseaux qui chantent et de lapins qui dansent, altesse surplombant les tirs de mortier et les feux d’artifice. Un volatile s’explose contre la vitre. Des couleuvres rôdent. Depuis février, Io Burgard a peu dormi. Un cauchemar d’œuvres qui se fêlent. Nichée dans son mirador sur le flanc d’un massif, elle a passé son temps à dévaler les escaliers, ceux des cinq étages qui composent son atelier, et les plus nombreux encore qui articulent son esprit. Dans les deux cas, on descend en-haut comme on monte en-bas, sans non-sens. En ascensionniste.
→ Publié dans le catalogue de Io Burgard édité par la Résidence Saint-Ange (Seyssins), Décembre 2022