Morgane Paubert – Les vases bâtons

Fabriquée au bord de la Méditerranée, cette quinzaine de délicats tuyaux se dresse en soliflores resplendissants. Leur verticalité accompagne les tiges qu’on y glisse, évoquant certains spécimens d’éponges sous-marines ou de coraux précieux. Si leur modèle rappelle plus trivialement une portion de plomberie, c’est bien un simple emballage de carton qui en est à l’origine. Morgane Paubert nous livre aujourd’hui quelques indices sur la réalisation de ces contenants à la sensualité bien érigée.

De l’utilitaire après l’école
Née à Neuilly-sur-Seine en 1993, la céramiste s’est forgée un apprentissage solide. Elle commence à toucher la terre à Reims, en parallèle de ses études à l’École Supérieure d’Art et de Design, avant d’intégrer en 2015 l’option Art-Céramique de l’École Supérieure d’Art des Pyrénées à Tarbes. L’atelier est réputé pour ses nombreux équipements, et notamment de grands fours, octroyant à Morgane Paubert un cadre confortable afin de déployer ses intuitions, et d’expérimenter sans limite. Le contexte pédagogique l’autorise également à effectuer en 2016 un stage auprès d’Elsa Sahal à Paris. Ces années auront bénéficié de la bienveillance de Marjorie Thébault, professeure qui accompagna l’épanouissement de l’artiste, puis l’invita une fois diplômée, à l’assister lors d’un workshop au Campus Caribéen des Arts de Fort-de-France. En 2019, Morgane Paubert part au Mexique pour travailler auprès de Pedro Saviñon, qui la conforta quant à la compatibilité entre sculpture et usage. Par l’intermédiaire d’une connaissance commune à Valle de Bravo où est installé le maître dont la double pratique est ancré dans la tradition mexicaine des fresques, elle a pu se familiariser avec la réalisation d’immenses commandes murales à partir de plaques d’argile creusée, autant qu’avec l’exécution de vaisselle. À son retour, elle s’installe dans un espace collectif à Sète. « J’ai décidé de commencer des formes utilitaires à partir de moulage d’objets dans ma cuisine ou à l’atelier. »

Jusqu’à épuisement
Il s’agit désormais de produire des objets utiles tout en exploitant les techniques employées dans ses œuvres. « À l’atelier, ces pièces utilitaires sont à coté des sculptures et des dessins. Tout se mêle ». Morgane Paubert développe ainsi la forme du tube à partir d’une de ses installations intitulée Instables, datant de 2018. « La porcelaine est préparée, tamisée afin de la rendre bien lisse. Je coule dans le moule la quantité nécessaire puis laisse poser afin de permettre au plâtre d’absorber l’humidité et de créer une paroi dont l’épaisseur varie selon le temps de pose. Je reste toujours à coté, et observe jusqu’à avoir l’épaisseur souhaitée. Je retourne le moule doucement et évacue le surplus de matière. Une fois qu’il n’y a plus de matière liquide, on attend que la pièce se détache des bords en séchant, puis on ouvre délicatement et la retire. » Pour ses vases, le protocole du coulage reste identique, en diminuant leur échelle, avec des jeux sur la finesse des parois afin de favoriser les déformations à la cuisson, ainsi que divers artifices obtenus avec des colorants de masse mélangés à des couvertes mates ou brillantes. Le tout est cuit à 1280° en électrique. Différents effets de gouttes et d’ajouts de fragments rehaussent encore les surfaces, selon des gestes guidés par les rebuts qu’elle a sous la main. Ne disposant pas encore de son propre four, Morgane Paubert doit transporter sa production crue à travers quelques rues jusque chez Alain Poterie, ce qui engendre tout de même de la casse. L’artiste relativise les déboires en envisageant ses débris comme un matériau à recycler. Autant dire que ses séries sont très limitées. D’ailleurs, le moule de cet ensemble titré « Série N°1 » est aujourd’hui brisé, clôturant définitivement leur lignée, et ouvrant la voie au façonnage de la suite.

→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #238 Mai – Juin 2021