une exposition avec des œuvres de Caroline Achaintre, Mimosa Echard, Damien Fragnon, Pakui Hardware, Evie Hone, Les Crafties, Sarah Sandler, Julia Scalbert, Pierre Unal-Brunet et David Wolle
du 25 au 28 août 2022
pour Moly-Sabata
à Art-o-rama 2022 à la Friche la Belle de Mai à Marseille
–
Entre Moly-Sabata et Art-o-rama, coulent des eaux mystérieuses dont nous tamisons ici la faune. Celle-ci ne relève pas frontalement du règne animal. Les silhouettes et textures qu’on y rencontre éveillent des récits fantastiques frôlant le folklore rhodanien, la cryptozoologie et l’étude de formes alternatives du vivant. Alors les créatures carnavalesques côtoient les carnassiers solitaires et lucifuges, les spécimens contredisant les sceptiques, les témoignages ébahis, et tout ce que l’on peut pêcher entre Sablons et la Méditerranée.
–
En savoir plus










![]()









![]()

Étiquette : Pakui Hardware
Blop. Figer l’informe
L’état physique du verre demeure un mystère. Même lorsque les théories scientifiques aiguisent leurs arguments, l’évidence des trois états fondamentaux de la matière reste chamboulée. L’imaginaire commun continue d’en faire quelque chose entre un solide qui coule et un liquide immobile. Alors plutôt que de chercher une réponse définitive, plusieurs réalisations respectent cette indéfinition en produisant une forme récurrente, une sorte de bulle toujours prête à éclater. Ce morceau soufflé revêt une diversité de qualités selon sa mise en œuvre, flirtant avec le degré zéro du façonnage. Le matériau paraît s’offrir tel quel, avec cette même immédiateté qu’une onomatopée.
Perturber la standardisation
Sur des dispositifs empruntés aux rayonnages de la grande distribution, la londonienne Gabriele Beveridge négocie l’équilibre d’éléments apparaissant comme des phylactères échoués. C’est le comportement subversif du vitreux qui fascine l’artiste, son refus de se conformer, et sa résistance à tous les niveaux. Sa dimension géologique en tant que sable liquéfié, nous projette également dans une temporalité minérale, que l’artiste aime relativiser en l’associant parfois à des tirages bon marché se dégradant eux, en quelques mois sous l’effet du soleil.
Tout simplement
La paraison n’a donc pas de forme prédéterminée si ce n’est le repli du volume sur lui-même en une cellule ovoïde. Déformé par le souffle de l’artisan, ce ventre se gonfle. L’air vital vient en grossir l’aspect. La française Morgane Tschiember, par un savant jeu d’anticipation qui fait tout l’intérêt de sa série Bubbles, dépose ces poches sur des socles de bois, se retrouvant à en épouser les contours.
Ectoplasmes connectés
Habitué aux spectres de toute nature, l’américain Tony Hoursler s’aventure aujourd’hui à immortaliser des figures mélangeant artisanat et technologie. Ses robots d’une nouvelle génération, partagent avec l’écran une interface vitrée. Une intelligence artificielle dirige les programmes de ces grandes fioles animées, dont il est fascinant d’observer combien les composants électroniques trouvent leurs aises dans les cavités de verre ménagées à leur effet.
Relax
Un esprit lounge règne au sein des installations des britanniques Julia Crabtree & William Evans, environnements dénotant un impératif de détente. Sur une vaste plate-forme déployée horizontalement, tout un dédale de contenants lascifs patientent, et témoignent d’un sentiment de décontraction voire de lassitude. Ils pourraient être de petits aquariums, des brumisateurs, ou autres dispositifs thérapeutiques. Ces formes ont été développées au National Glass Centre à Sunderland dans le nord-est de l’Angleterre. C’est là qu’au VIIe siècle, le moine Benedict Biscop introduisit dans le pays l’art du verre, en recrutant des maîtres français pour réaliser les vitraux de son prieuré.
Bestiaire synthétique
Les masses prennent parfois l’allure de méduses. Le duo lituanien Pakui Hardware exploite le répertoire de la mystérieuse faune marine en invoquant la dégaine de la limule, cet incroyable arthropode à la réputation de fossile vivant, tant sa morphologie semble avoir peu évolué au cours des 150 derniers millions d’années. En l’occurrence, l’atelier Berlin Art Glass a réalisé un moule à partir d’un spécimen de l’animal, pour y souffler ensuite plusieurs tirages. Bien que le principe de la contre-forme consiste à garantir des rendus identiques, chaque exemplaire a ses propres spécificités notamment dues aux différences chimiques des colorations de la pâte. La viscosité du traitement permet par ailleurs de former des extensions rappelant des tentacules.
→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #227 Juillet-Août 2019
Cet élixir
Une exposition avec des œuvres de Jean-Marie Appriou, Hélène Bertin, Jagna Ciuchta, Johan Creten, Anne Dangar, Étienne Mauroy, Pakui Hardware, Paloma Proudfoot, Henri Ughetto et Phoebe Unwin
du 21 septembre au 3 novembre 2019
en résonance de la Biennale de Lyon 2019
à Moly-Sabata à Sablons
–
Il était une fois une plante magique, aux racines noires comme la nuit et aux fleurs blanches comme le lait. Dans l’Odyssée, Hermès l’offre à Ulysse pour contrer les sortilèges de Circée. L’antidote ramène à l’humanité. Quelques siècles plus tard au sud de Lyon, où le Rhône trace un virage, la population agacée par le raffut d’incessants sabbats dît tant de prières que leur saint patron descendît du ciel, et sous la figure d’un jeune pèlerin, sema un végétal éloignant les inopportuns. Le remède assure la quiétude. Au fil du temps, persistent les pouvoirs bénéfiques de cette panacée que toutes les sources s’accordent à appeler Moly. De récentes études pharmacologiques identifient ce genre d’ail célébré par la mythologie antique puis par les croyances locales, comme étant le perce-neige, Galanthus nivalis, qui annonce le printemps dans le parc de la résidence. Au carrefour des sciences et des superstitions, sa concoction nécessite tout un attirail, de cette vaissellerie spécifique dont les usages relèvent autant de la technique que du symbole, comme pour tout rituel. Car sans objet, pas de culte. Il s’agit de contenir le sacré. Loin de chasser les sorcières, au contraire, la nouvelle exposition à Moly-Sabata réveille les légendes du nectar avec lequel résonne son nom. CET ÉLIXIR invite à l’enchantement, par des œuvres qui en activent la cérémonie. Flore fantaisiste, humeurs et récipients nous engagent à communier dans ce climat de contemplation et de labeur propre à l’endroit, comme sous l’influence d’un charme.


















Crédit photographique Ugnius Gelguda