Sandrine Pagny. Glow Up

Sandrine Pagny s’aventure à franchir un palier. Lors des Grands Feux de La Borne l’automne passé, elle a participé à une cuisson bois dans le four Anagama du Centre Céramique Contemporaine, menée par Anne-Marie Kelecom. Elle a ainsi effectué deux quarts parmi une quinzaine de complices dont Mélanie Mingues, céramiste installée dans le village, à l’initiative de cette invitation à exposer à quelques pas du foyer qu’elles ont un temps partagé. L’expérience était éprouvante. Et l’on sait combien la combustion n’est pas que physique. De ce feu alimenté durant cinq jours, de la pénibilité et la fascination, de l’épuisement et la magie, sort une céramique qui sera assurément le noyau de l’accrochage. Il s’agit d’une porcelaine en partie nue afin de profiter des effets de flammes sur la terre, sinon émaillée au shino et au rutile. La réduction a joué en sa faveur, donnant des violets et bleus par le fer, et des cristallisations blanches par le titane. L’artiste est jusque-là identifiée pour ses importants ventres bien massés, aux surfaces colorées, d’une palette vive à laquelle elle reste très attachée. Au-delà de la gamme, cette nouvelle étape ne l’éloigne pas tant du cœur de sa pratique, pétrissant toujours une forme nourricière. Aussi, l’émaillage est semblable dans sa pose et son comportement, générant par rencontres et croisements des paysages similaires. Mais à l’habitude d’avancer en solitaire dans l’atelier, s’oppose ici l’élan collectif nécessaire à l’effort alchimique.

Glow Up, du 16 mars au 23 avril 2024, Centre Céramique Contemporaine La Borne, 25, Grand’ Route, La Borne (18), Tél. : 02 48 26 96 21 http://www.laborne.org

→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #255, Mars-Avril 2024

Sandrine Pagny

Sandrine Pagny tourmente la porcelaine. Mais les galbes qu’elle flatte, les contours qu’elle caresse, affichent une satisfaction polychrome, aux humeurs traduites par un important travail de la couleur. Cette fois, l’artiste s’élance à une échelle inédite, doublant largement ses habitudes pour aboutir à une dizaine de grosses contenances. Ces bedaines ouvragées nous affrontent de toutes leurs faces, de toutes leurs fesses. L’occasion de rappeler le jargon éminemment sensuel qu’on utilise pour nommer la lèvre, le col, l’épaule, le ventre, le pied ou le cul d’une poterie. Les sculptures de Sandrine Pagny voient ainsi leur base tournée puis leur volume monté au colombin, avant de revenir sur le tour pour subir d’ultimes déformations et achever leur silhouette dodue. Pincements et trouées titillent les chairs, et si les surfaces sont lisses, une vengeance se manifeste en provoquant les canons établis. Une revendication s’affirme. De petites bouches par grappes semblent vouloir reprendre leur souffle. Ça respire. Alors l’artiste cherche à aller plus loin, à changer de paysage, vers d’autres étendues. L’amplitude des marbrures grasses motivent la gestation de panoramas fantastiques. Et parmi tous, ce sont les reliefs volcaniques qui offrent la terre la plus fertile. Ceux de Sandrine Pagny suintent l’abondance. Engendrer ces nouveaux gabarits fut acrobatique, impliquant des procédés de glaçure inédits, des courbes de température revues, et surtout une ingéniosité pour l’enfournement, sachant que certaines pièces connaissent jusqu’à six cuissons. Il faut imaginer ces Venus ruisselantes dans une cabine d’émaillage de fortune, bac-à-sable en plastique Botticelli-esque, et manœuvrées en bricolant un système associant une glissière, un appareil de musculation et une poulie de levage. Que ce soit du four ou du reste, il s’agit toujours de s’extirper d’une cavité. À la lumière.

→ Commandé par Lefebvre & Fils pour l’exposition personnelle « Big Mammas » de Sandrine Pagny par Aurélie Julien du 17 février au 26 mars 2022 à Paris