Victor Levai – Herbier alchimique

Chérissant se perdre dans les lignes des feuilles, l’artiste s’est élaboré un recueil d’environ deux cent cinquante espèces ramassées à gauche à droite, dans des jardins, des forêts ou sur des aires d’autoroute. Toutes sont sélectionnées pour leur qualités esthétiques, sans étiquette, nourrissant une véritable fascination pour l’éventail formel du règne végétal. Ce regard simple et sensible, Victor Levai le restitue en façonnant sa propre flore, immortalisée par la terre cuite. Qu’elles soient en faïence, en grès ou en porcelaine, ces ramifications passent au four électrique, selon des cuissons aux programmes toujours renouvelés. Leurs surfaces se parent sans automatisme d’émaux, d’oxydes, de couvertes et d’engobes, prêts à l’emploi ou faits-maison, notamment à partir de Glazy.org, une banque de recettes participative. La dimension encyclopédique de cette toute première exposition personnelle est intensifiée par une publication, signée par les graphistes Zoé Quentel & Alyssia Lou. Cet index commentera les œuvres en présence, tout en les rattachant à une constellation de références, en en faisant un objet autonome. Pour l’heure, la monographie occupera les 200 m² de l’ancienne ferme normande, déplacée en lisière de Rouen et consacrée aux arts visuels depuis 1999. L’invitation est une belle opportunité pour l’artiste d’articuler une vision globale sur sa production, en déployant dans l’espace une envoûtante fantaisie botanique.

Du 8 juin au 31 juillet 2021, Maison des arts de Grand Quevilly, Allée des Arcades, Grand Quevilly (76). Tél. : 02 32 11 09 78 https://maisondesarts-gq.fr

→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #239 Juilet – Août 2021

Victor Levai

Victor Levai herborise. Sa production s’offre ainsi en recueil exponentiel, relevant de la nomenclature comme du grimoire. Ni la science ni la magie ne prédominent dans cette approche empirique du vivant. La cueillette raisonnée importe autant que la vadrouille mystique. C’est ainsi qu’il vaque en expérimentant les rendus, pétrifiant l’organique par ses pouvoirs céramiques. La palette doit rester vraisemblable, alors que les couleurs s’obtiennent souvent par surprise. Mauvaises, ses herbes s’obstinent et apparaissent inopportunes. Folles, elles échappent à la maîtrise absolue. Grasses, ses plantes regorgent d’une sève épaisse et visqueuse. Simples, elles s’utilisent telles qu’elles poussent. On pourrait encore rajouter nuisibles ou coriaces parmi les qualificatifs dont on affuble sa verdure. Algues, lichens et pinacées augmentent cette flore sans fleur. L’artiste pourtant la valorise en une succulente pharmacopée dont il a le secret, bousculant les ordres en célébrant la malherbologie, étude agronomique des indésirables, comme on fêterait la majesté d’un magnolia. Ses œuvres envisagent une phytothérapie par l’ornement, attribuant à la déco d’aquarium des vertus officinales. Elles éveillent la poésie des adventices, de ce qui vient de l’extérieur. Mais plus qu’un motif, la végétation lui dicte une structure. Ces croissances suivent des schémas répétitifs, multipliant les ramifications autour de tiges selon une succession de nœuds par réitération, jusqu’au vertige fractal. L’autosimilarité nous plonge dans une géométrie hypnotique, invoquant l’incommensurable du haricot magique. Cette prodigieuse échelle relie la terre au ciel à l’image du mythe primordial de l’arbre cosmique. Tout cela requiert une discipline de l’artifice, c’est-à-dire une disposition à tout fabriquer. Par un travail savant et sensible, Victor Levai figure ce qui jusque-là demeurait hors d’homme, pas encore extrait, naturellement abstrait.

→ Publié à l’occasion de l’exposition personnelle « Cohérences aventureuses » de Victor Levai à la Maison des arts de Grand-Quevilly

la20cuivrecc81e20closeup20↑ Victor Levai, série Celle-là et les autres, La cuivrée (détail), 230 x 65 x 40cm, grès, émail, acier, joint, ciment, 2020