Joël Riff a assuré depuis 2010 le commissariat d’une cinquantaine d’expositions au sein de fondations privées, de musées et centres d’art publics, de galeries commerciales et d’espaces alternatifs en France, en Belgique, au Japon et au Royaume-Uni. Un quart d’entre elles sont des monographies développant des collaborations déterminantes avec Caroline Achaintre, Hélène Bertin, Mireille Blanc, Emmanuelle Castellan, Neil Haas, Anne Marie Laureys, Claudine Monchaussé, Eva Nielsen et Marion Verboom, ou contribuant à la diffusion posthume de Cristof Yvoré. Ses expositions collectives embrassent les arts visuels, appliqués et décoratifs en mettant en perspective productions historiques et contemporaines. Ses dix premiers projets sont conçus en collaboration avec Mathieu Buard. Il travaille depuis 2014 aux expositions annuelles et hors-les-murs de Moly-Sabata. Il déploie courant 2020 une série de cinquante-cinq duetti, petits duos de deux oeuvres dont il est le seul public. Il manifeste depuis 2023 à travers le programme de la Fondation d’entreprise Hermès, le format d’exposition personnelle collective s’autorisant tout à la fois. Il expérimente ainsi depuis quinze ans l’exposition en tant qu’objet.

Joël Riff has curated more than fifty exhibitions since 2010, commissionned by private foundations, public museums and art centers, commercial galleries and project spaces in France, Belgium, Japan and the United Kingdom. A quarter of them are solos strenging collaborations with Caroline Achaintre, Hélène Bertin, Mireille Blanc, Emmanuelle Castellan, Neil Haas, Anne Marie Laureys, Claudine Monchaussé, Eva Nielsen and Marion Verboom, or contributing to the posthume legacy of Cristof Yvoré. His group shows embrace visual, applied and decorative arts, mixing historic and contemporary material. His ten first projects were co-concieved with Mathieu Buard. He has been working on annual and offsite exhibitions at Moly-Sabata since 2014. He has unfolded in 2020 a serie of fifty-five duetti, little duos made from two artworks he was the only viewer. He has manifested since 2023 through the Fondation d’entreprise Hermès’ program, the format of solo group show, enjoying everything at once. So has he experimented since fifteen years the exhibition as an object.

Entr’acte

une exposition collective avec Semiha Berksoy, Leonor Fini, Kentaro Kawabata, Antoine Marquis, Nick Mauss, Juliette Roche, Mathias Roche, Anne Ryan, Marijke Vasey, Zoe Williams
ainsi que la participation des Archives Fanély Revoil (Sablons) et de la Maison Saint-Prix (Le Péage-de-Roussillon)
du 20 septembre au 2 novembre 2025
à Moly-Sabata à Sablons

Moly-Sabata permet une pause. Son temps est interlude. Et ce n’est pas parce que le spectacle est suspendu, que tout s’arrête. Au contraire, la scène continue d’exister même lorsqu’on éteint les projecteurs. L’exposition « Entr’acte » dévoile ce qui se fabrique lorsque les rideaux se referment. Réveillant la mémoire de personnalités du voisinage de Moly-Sabata telles que la divette de l’Opéra-Comique Fanély Revoil (1906-1999) et le pensionnaire de la Comédie-Française Raymond Saint-Prix (1887-1981), l’exposition « Entr’acte » s’attache à une sophistication mobile, entre carrière citadine et vie à la campagne. Une manière de ne pas laisser à Paris le monopole du glamour. L’exposition « Entr’acte » associe ainsi dix artistes de différentes générations, horizons et pratiques, façonnant une élégance tout terrain, partout chez elle, libre.

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↑ crédit photographique Frédéric Houvert

Sourdre

une exposition de Claudine Monchaussé
avec Nicolas Bourthoumieux, Damien Fragnon, mountaincutters, Germaine Richier, Marie Talbot
du 11 septembre au 13 décembre 2025
à La Verrière / Fondation d’entreprise Hermès à Bruxelles

La sculptrice Claudine Monchaussé présente à La Verrière plusieurs dizaines de pièces couvrant plus d’un demi-siècle de pratique. S’y révèle une œuvre d’une grande cohérence, dont les formes géométriques mêlent universel et mystique. Aujourd’hui âgée de 89 ans, elle est invitée par Joël Riff qui lui consacre un “solo augmenté”, format qui permet au public d’appréhender le travail d’un artiste en dialogue avec d’autres créateurs. L’exposition “Sourdre” ne déroge pas à la règle, faisant littéralement surgir l’œuvre de Claudine Monchaussé parmi d’autres approches de la matière.

En 1959, à l’âge de 23 ans, Claudine Monchaussé s’installe dans le village berrichon de La Borne, haut lieu de la poterie identifié dès le XIIᵉ siècle : elle se forme en autodidacte et y poursuit depuis lors sa production. La terre est sa matière de prédilection : elle la modèle puis soumet sa sculpture au feu qui fait son œuvre. Les premières silhouettes de la sculptrice ont évolué vers des formes plus strictes nimbées d’un certain mystère, oscillant entre principes sphériques, symboles de fertilité et éléments saillants. Selon le commissaire de l’exposition Joël Riff, “chaque œuvre a sa propre adresse, une charge qui en émane et qui trouvera sa propre destination”. Le travail de Claudine Monchaussé témoigne d’une permanence, d’un dépassement continu qui tend au sacré par son universalité. Ses sculptures s’imposent d’elles-mêmes, comme une évidence.

À La Verrière, une quarantaine de pièces témoignent de cette recherche intérieure. L’artiste ne dessine pas : elle perçoit en volume la forme qu’elle façonne dans son atelier. Chaque sculpture relève ainsi du surgissement, comme l’évoque le titre de ce projet – “sourdre” signifiant littéralement “sortir de terre”. S’agissant de la deuxième exposition personnelle de la sculptrice et de sa première hors de France, ce titre se rapporte aussi au jaillissement de son œuvre sur la scène artistique : une mise en lumière importante pour la céramiste née en 1936, dont la production est longtemps restée confidentielle.

Le commissaire Joël Riff a réuni autour de Claudine Monchaussé d’autres créateurs pour nourrir la réception du public. L’artiste bruxellois Nicolas Bourthoumieux (né en 1985) présente des sculptures qui accueillent celles de son aînée. Deux grandes figures féminines de la sculpture française, Marie Talbot (1814-1874) et Germaine Richier (1902-1959), sont représentées respectivement par une pièce emblématique et une gravure. Des idoles signées par le duo mountaincutters (actif depuis 2012) rythment l’espace tandis que le sculpteur Damien Fragnon (né en 1987) signe un texte sur la nature des eaux minérales issues des profondeurs. Et chaque artiste de “sourdre” sous la lumière zénithale de La Verrière.

↑ Vue de l’exposition de Claudine Monchaussé « Sourdre », La Verrière 2025 © Adagp, Paris, 2025 © Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

Moly shop hors-les-murs

une exposition collective avec Clémence Debris, Quentin Dupuy, Ery Céramique, Hélène Lathoumétie, Louise Laugier, Elisa Le Guern, Anja Marschal, Cynthia Nge, Laura Pardini, Charline Robache
du 29 au 31 août 2025
à Art-o-rama à Marseille

Moly-Sabata est la plus ancienne résidence d’artistes en activité en France, mettant aujourd’hui ses ateliers et ses ressources à la disposition d’une vingtaine d’artistes par an, sur invitation. Pour sa septième participation à Art-o-rama en tant que partenaire du salon, Moly-Sabata renouvelle sa contribution en concevant son troisième et dernier avatar du Moly shop pour la foire, boutique de céramique utilitaire. Ce sont ainsi dix potiers et potières installé·e·s entre Moly et la Méditerranée qui ont été sollicité·e·s pour déployer près de 400 pièces de vaisselle vendues entre 30 et 500 €.

À Moly-Sabata, le Moly shop propose au public d’acquérir des objets façonnés dans des ateliers du pays entier et au-delà. L’initiative s’inscrit dans le succès de l’exposition-vente « Aux foyers » présentée sur place à l’automne 2020, qui remit au goût du jour la tradition locale voulant que le village achète sa vaisselle à Moly-Sabata. Ouvert en continu au sein de la résidence d’artistes, le Moly shop s’est exporté une première fois à Strasbourg en 2022 à l’occasion de l’exposition « Au Bonheur » au CEAAC ayant alors réuni des artisan·e·s d’Alsace. Le soutien matériel à sa communauté d’artistes se prolonge ainsi : 20 % des ventes sont affectés aux ressources de l’atelier de poterie, 10 % assurent le fonctionnement du projet, et le reste des recettes revient aux exposant·e·s.

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Portrait d’Émilien Adage

Émilien Adage emprunte. Il ne prend pas. Il utilise momentanément ce qu’il cueille, et extrait de la nature des sujets qui y retournent après avoir prêté leurs contours. Par compost ou digestion, c’est tout un cycle organique qui demeure. Le sculpteur déploie ainsi un corpus d’œuvres dont l’homogénéité relève du moulage, une technique qu’il expérimente depuis le jour où il coula une casquette offerte en montagne, geste fondateur prônant en un même élan le couvre-chef comme outil et motif. Outre ce fétiche qui rythme sa production depuis, les lignes que l’on devine aujourd’hui évoquent surtout une flore pétrifiée. Des contenants sont agrégés verticalement, de vaisselle en totem. Il empile. L’assemblage par superpositions convoque la stratification minérale qui lui est chère. Une énergie brancuséenne érige les choses, rejouant leur montage à chaque exposition. Ça se dresse vers la lumière, comme pratiquement tout ce qui pousse sur le sol. Nous sortons d’ailleurs d’une extraordinaire année à champignons. Jamais vu de tels tapis dans la forêt où on en ramasse. Il y avait notamment cette sorte de lactaires géants coniques. Parfois, des formes vous motivent davantage à les manipuler qu’à les ingurgiter. Ce qui ne devient pas art, est mangé. Dans les deux cas, il y a cuisine. L’artiste trouve des recettes qu’il perd pour mieux les chercher à nouveau. Alors il moule.

Émilien Adage empreint. Du verbe empreindre oui, marquer quelque chose de quelque chose. Il estampe et estampille, inscrit une trace dans la matière. Il produit des doublons et engendre ainsi des multiplications. Nous parlions d’hyménomycètes. Il reproduit aussi des espèces de choux et les fruits de l’oranger des Osages, qui ne fait bizarrement pas d’agrumes. Autant dire que les modèles troublent d’emblée, et que la reconnaissance impliquera un labyrinthe de rebonds. Ils sont quoiqu’il en soit des objets riches en textures, qui généreront par la suite de généreuses palettes moirées lorsque les couleurs viendront ricocher sur leur surface. Nous n’en sommes pas encore là car comme des rushs qui attendent d’être montés, des tirages d’argile sèchent d’ici à être cuits. Cela marche par phase plutôt que par fréquence. Puis quand vient le bon moment, on allume le four. Car il s’agit de céramique. La terre est prise dans des matrices en plâtre assez grossières invitant à poncer voire à gratter plus de masse encore, avant une première cuisson en biscuit. On creuse parfois tellement qu’on abîme. Vient ensuite le travail chromatique ouvragé à partir d’engobes, de flaques d’émail aussi. Sur leurs boîtes alignées dans l’atelier, on lit Polaire, Eruption, Galaxie, Corail, Vert mousse. L’artiste confie qu’il lui arrive de choisir une teinte pour son nom. On le comprend.

Émilien Adage emprunte. Il suit certains chemins. À la station de Flaine, il troue la neige. Dans le parc national des Écrins, il transforme son paquetage. Sur l’île d’Ouessant, il grave des déchets. Les sentiers sont également nombreux chez lui tout simplement, dans sa fabrique située sous la maison familiale qu’il s’est construite dans un village du Pilat, face aux Alpes au loin. Son activité artistique se niche en effet au cœur d’un écosystème œuvrant à sa manière à tout respecter au mieux. Elle socle cela, en osmose avec son environnement immédiat, dans une relative confidentialité tant le voisinage n’a aucune idée de ce qui se manigance dans son antre. Sanctuaire, rituel et sacrifice pourraient nourrir un autre paragraphe sur ce qui se trame là. Concentrons-nous ici sur la zone préservée dans laquelle l’homme s’est basé, parsemée de lichens qui témoignent de sa bonne santé. Par considération pour ce terrain, il s’est progressivement éloigné des matériaux synthétiques pour modeler des éléments naturels. Les rencontres humaines au fil des vadrouilles importent autant, en fonction de ce qu’on vous donne. On travaille avec ce qu’on a autour de soi. Les influences viennent de partout. Cette sensibilité à sa proximité oblige à la diligence. En maniant avec soin et inventivité les artifices, l’artiste expérimente par anticipation ce que serait après nous, la nature de demain.

→ Publié par Documents d’artistes Auvergne-Rhône-Alpes avec le soutien de la Fondation de l’Olivier en mai 2025

Portrait de Sylvie Auvray

Sylvie Auvray change avec constance. Elle a l’impression de sauter du cochon à l’âne, tout le temps. Le coq, ce sera pour plus tard. Personne ne pourrait la suivre. Au début, ça l’amusait beaucoup. Aujourd’hui, un peu moins mais elle ne peut pas faire autrement. Tout ce qu’elle peut dire, c’est que vraiment, là, elle s’éclate à l’atelier. Bon, c’est tout du plâtre. C’est pénible à travailler. C’est de la poudre, mélangée avec un peu de pigment pour que ce soit plus blanc, versée à la surface d’un bol d’eau, en patientant que ça absorbe. Il faut bien touiller, sans grumeaux, pour couler la mixture sur la filasse et l’étaler au couteau, attendre que ça sèche, que l’humidité à l’intérieur s’évapore. Un peu stuc, peut-être staff, ça s’approche surtout des enduits sur les murs.

Sylvie Auvray a toujours mis des plombes à préparer ses toiles avec de la colle de peau de lapin. C’était presque plus important que le dessin tracé. Là, elle adore peindre sur ces surfaces de gypse, ou juste mettre une trace de crayon. Rien de plus beau qu’un coup de graphite sur du plâtre. Quand on y passe le pinceau, ça boit, ça avale, et ça fait ressortir les couleurs, tous les détails du trait. C’est vraiment kiffant. Elle aime aussi que ce ne soit pas du papier, que même plat, ce soit déjà un objet. Elle adore ce matériau hyper fragile, qui ne sert d’habitude qu’aux esquisses, au toc ou au pastiche. Paradoxalement en fonderie, c’est le tirage qui duplique le brouillon, le doublon qui devient notoire. Du moulage antique au coulage du bronze, on se perd entre copie et original, exact et véridique.

Sylvie Auvray aime bien quand c’est fait très vite, car on a l’impression que ça vient pas de soi. Tout ce qui est délicat, elle aime pas. Le plâtre, c’est pas l’ami de la terre. Les deux ensemble, ça va éclater pendant la cuisson. Mais le plâtre, c’est aussi le meilleur ami de la terre parce que c’est lui qui lui donne forme en absorbant l’eau dans les moules. On se demande toujours si les potiers aiment le four parce qu’il pensent que c’est quelqu’un d’autre qui décide à la fin. Le feu, il s’en fout de la responsabilité. Alors ça enlève une grosse charge. Cette fois, c’est un peu flippant parce que justement, il n’y a aucune céramique. L’artiste est pleinement responsable, mais c’est ok parce qu’elle s’amuse comme une petite fille, une petite folle.

Sylvie Auvray se sent faussaire. Enfant, elle faisait de faux portefeuilles avec de fausses cartes d’identité. Elle s’en rappelle très bien. En ce moment, elle fait la même chose. Elle fait des faux, des faux Sylvie Auvray, pour mieux taquiner sa légitimité dans le monde de l’art. Y a vraiment qu’elle, pour se falsifier. Elle fait des peintures qui sont pas pour de vrai, des sculptures qui font semblant, des œuvres qui ne sont pas sûres d’en être. S’il faut être honnête c’est toujours pareil. Toutes sont véritables. Elle se demande d’ailleurs perpétuellement pourquoi faire tant de masques. Ça couvre ce qu’il y a dessous. Et sa cave est bourrée de faux vrais qu’elle n’a jamais montré. Mais comme elle adore faire des choses, elle en fait de nouvelles, qui n’y sont pas encore.

Sylvie Auvray ne comprend pas pourquoi le plupart des romans noirs français se passent dans le treizième arrondissement, c’est-à-dire là où elle a grandi. En vraie parisienne, elle a toujours confondu Bastille et République, deux grandes places qui tournent. Le seul endroit qui bouge pas c’est Quai de la gare, cette station de métro au-dessus de l’eau sur ses grandes pattes en ferraille. Elle ne changera jamais. Elle demeure par son authenticité. L’artiste adore les petits trucs, petits papiers, petits machins par terre dans la rue. Et ces volumes solides qu’elle fabrique, c’est pour mettre en valeur des tissus. Au début, elle utilisait de la toile de jute qui armait la matière, mais maintenant, elle triche grave. Les textiles tiennent plus rien du tout.

Sylvie Auvray est nulle en couture. Elle adore les imprimés. Les premiers coupons qu’elle travaillait venaient du Japon. Ils sonnent pas forcément justes. Ils se ressemblent trop. Alors elle en a pris des glanés au fur et à mesure des années. Ou des délaissés. Elle en a des cartons pleins. Elle déteste les élèves des beaux-arts qui utilisent les vieux draps pour peindre. Elle aimerait bien faire des coussins aussi, pour y poser des objets en plâtre, mélangés avec des bouts de terre cuite. Mais c’est pas encore d’actualité. Pour l’instant, ce sont des échantillons et des brouillons dans du magma. D’ailleurs sa prochaine exposition n’a pas encore de titre. Elle a entendu une chanson hier soir, et ça lui a fait penser à « Something in My Soup » ou quelque chose comme ça

→ Commandé à l’occasion de l’exposition personnelle « Strange Things In My Soup » du 14 février au 21 mars 2025 chez Martina Simeti à Milan, Italie www.martinasimeti.com

Portrait de Bente Skjøttgaard

Bente Skjøttgaard conduit l’argile à destination. Guidée par la terre-même selon la manière dont celle-ci réagit avec son corps, elle véhicule la matière vers la direction qu’il lui faut suivre. Elle l’emporte ainsi là où elle veut, sans la forcer ailleurs, tout en en frôlant les limites. Les formes qu’elle finit par prendre sont générées pour recevoir au mieux un travail d’émail. En cela, il s’agit d’une production picturale qui s’acclimate de la contingence d’un support, car il faut bien poser les couleurs quelque part. Les masses de grès gris sont ainsi soumises à la façon dont elles permettront à la surface de se déployer, en cuisson électrique. Actuellement, l’artiste s’enthousiasme de veilles recettes du maître Jean Carriès dont les rendus résonnent avec les spécimens centenaires qu’elle observe chaque matin lorsqu’elle traverse le parc voisinant son atelier. Cette étendue arborée lui inspire depuis plusieurs années une production émue par ce dont les arbres sont les témoins depuis des siècles. Leur longévité n’empêche pas la nouveauté de surgir, voire à de nouvelles générations de les parasiter. De l’ancien point le neuf. Tout cela coule dans le même sens, sur de l’écorce bien enracinée. Après les nuages dans le ciel, les créatures sous l’eau, elle regarde le végétal sur terre. Dans son coin, elle a pour habitude de travailler en écoutant des livres audio, une littérature qu’on lui susurre à l’oreille. Il est certain qu’elle continue à entendre entre les lignes, ce que lui raconte le reste du temps, la nature.

→ Publié dans le catalogue de l’exposition personnelle « Nature and Glaze » du 6 avril au 26 octobre 2025 au CLAY Museum of Ceramic Art Denmark à Middelfart, Danemark www.claymuseum.dk et traduit en anglais par Maïté Lombard

[EN] Bente Skjøttgaard leads clay to its destination. Guided herself by the very material and how it reacts to her body, she drives it toward the needed direction. She thereby carries it wherever she wishes, without otherwise forcing it, yet verging on its limits. The shapes it eventually assumes are brought about to best receive the glaze work. In that sense, hers is a very pictorial production, accommodating to the contingency of a medium —colours must be placed somewhere, after all. Thus, masses of grey stoneware are subject to the way they will allow the surface to expand in the electric kiln. The artist has been marvelling at the master Jean Carriès’s old recipes, which finishes evoke the centuries-old residents of the park she crosses every morning on her way to the studio. Her gazing at this great stretch of trees has for some years been inspiring her work, deeply moved by these centenarian witnesses. Their longevity still leaves room for novelty to arise, or even for new generations to parasitise them. From the old springs the new, together flowing in the same direction, over deeply-rooted bark. After observing the clouds in the sky and the creatures under water, she turns her attention to the vegetation of the earth. Standing her ground, she is in the habit of working whilst listening to audiobooks, literature whispered to her ears. She undoubtedly keeps on hearing between the lines of what nature tells her the rest of the time.

BeauxArts
À Bruxelles, la rarissime céramiste Claudine Monchaussé sort de son secret
par Maïlys Celeux-Lanval, octobre 2025, France
« Cette année, c’est Joël Riff qui a su la convaincre. Ce commissaire témoigne ainsi une nouvelle fois de son attention à la scène de la céramique contemporaine, dont on salue à chaque exposition la délicatesse et l’approche sensible. »

Cult
« Sourdre », le geste brûlant de Claudine Monchaussé à la Verrière à Bruxelles
par Amélie Blaustein-Niddam, ocotbre 2025, France
« Une nouvelle fois, à La Verrière, le lieu d’exposition de la Fondation Hermès à Bruxelles, Joël Riff provoque un « solo augmenté » : une exposition qui donne de l’ampleur à un geste singulier en le faisant résonner avec d’autres présences, d’autres pratiques, en l’occurrence une presque monographie de la céramiste Claudine Monchaussé »

Design+
A sculpture of life rising from the ground
par Yvette Yang, septembre 2025, Corée du Sud
« La Verrière’s curator Joël Riff has been curating exhibitions using the format of « solos augmentés » – a method of centering a single artist’s work while juxtaposing it with contemporary or historical works that engage with it. »

Artcube
10 individuals shaping the art world today
par la rédaction, septembre 2025, Royaume-Uni
« Riff is curator at Fondation Hermès – La Verrière, interested in ways of experiencing materiality, texture, craft, and how artworks relate to histories of craft and decorative arts. »

Fomo-Vox
« Sourdre » Claudine Monchaussé à La Verrière, Bruxelles. Interview Nicolas Bourthoumieux
par Marie de la Fresnaye, septembre 2025, France
« La composition imaginée par Joël (…) se déroule de façon magistrale dans l’espace de La Verrière »

Le Dauphiné Libéré
Moly-Sabata : la Britannique Zoe Williams au cœur de l’exposition Entr’acte
par Marie-Hélène Clo, septembre 2025, France
« Et puisque l’on parle mondanités et décors, c’est justement l’artiste britannique Zoe Williams, basée à Marseille, qui a grandement inspiré Joël Riff, allant même jusqu’à la considérer comme sa « muse ». Le commissaire d’exposition et l’artiste s’étaient rencontrés à Londres il y a dix ans. »

Lieu-dit
Regards croisés au Forum. Entretien avec Reiko Setsuda
par la rédaction, juillet 2025, France
« Depuis qu’il en assure le commissariat, Joël Riff met en œuvre un principe de « solo augmenté » [en étoffant une exposition monographique par la présence de pièces d’autres créateurs] : c’est une approche que je trouve très intéressante. »

See All This
Breaking #274 Here are the facts
par Nicole Ex, juillet 2025, Pays-Bas
« I was just reading about Donald Judd’s writings. Between 1959 and 1964, he wrote monthly reviews covering over fifteen exhibitions at a time. That detail struck me, especially since I had just interviewed Joël Riff last week – the curator of La Verrière, Hermès’ exhibition space in Brussels. Riff’s way of life echoes Judd’s – only taken to the next level. »

Un certain regard sur la culture
Eva Nielsen, paysages augmentés
par Guillaume Lasserre, juin 2025, France
« Comme l’indique Joël Riff, « tout se donne du premier regard » dans cet espace, et Eva Nielsen exploite cette immédiateté pour créer une expérience physique, presque sensorielle, dans laquelle le visiteur est confronté à une tension entre l’évidence du visible et l’énigme des images. »

HD Fashion
Artistic wonders: Aster Blooms at the Fondation La Verrière Hermès
par Lidia Ageeva, juin 2025
« As curator Joël Riff puts it, these new works “embrace a dizzying minimalism, laying their heart bare”. Stark and enigmatic, the canvases are peopled with suggestive forms that demand distance and introspection, opening space for a new kind of looking. »

Numéro Berlin
The Freedom to Dream
par Sinas Braetz, mai 2025, Allemagne
« Riff proudly takes us on a small tour through the show and agrees with Nielsen: « In this space, it is about everyone’s own experience; there is no hierarchy, there is no difference in value between the pleasures we show; this is really essential. »

Home Magazine
L’exposition « Aster » : La Verrière révèle l’univers poétique de l’artiste Eva Nielsen
par Marine Mimouni, mai 2025, France
« Afin de prolonger l’horizontalité souhaitée par le curateur Joël Riff, les assises du designer Arnaud Eubelen s’intègrent librement dans l’espace, sans suivre d’ordre ou de hiérarchie. Elles s’offrent simplement aux visiteurs, prêtes à être contemplées et utilisées. »

Cult
Aster : Échos de périphérie et matières sensibles à La Verrière
par Amélie Blaustein-Niddam, mai 2025, France
« Le génie de Joël Riff tient dans un accrochage organique, jamais didactique. Rien ne cherche à faire illusion. Au contraire : une forme de transparence sur la méthode. On voit les gestes. »

Craft Art Design Words
Samtale: Keramisk kunstner Bente Skjøttgaard
par Charlotte Jul, avril 2025, Danemark
« Joël Riff, en ung fransk kurator og leder af residency-programmet Moly-Sabata ved Lyon og kunstnerisk direktør for Hermes’ udstillingssted La Verrière i Bruxelles, har skrevet et portræt af mig i et kort intenst format som en del af en løbende serie af korte portrætter, som han ynder at udvikle. »

10 Magazine
Ten’s To See: ‘Aster’ At Fondation D’entreprise Hermès’ La Verrière In Brussels
par Bella Koopman, avril 2025, Royaume-Uni
« Joël Riff, the Fondation’s in-house curator since 2023, all but lights up when he talks about this mission. Stating that he doesn’t want “to be the guy who gives all the answers, only the one who provides the context,” Riff says that the Fondation “is an open platform [that] highlights all the individualities [of the artists] as well as how they can come together as a community. »

Maxi Flash
Hatten. L’art en éclats
par Salomé Dollinger, avril 2025, France
« Depuis deux décennies, Joël Riff trace un chemin singulier dans le monde de l’art contemporain. Curateur indépendant, il aime inventer des expositions comme on compose un récit, en dialogue avec les artistes. Rencontre avec un passeur d’idées, entre Bruxelles, Moly-Sabata et Tokyo. »

Vivre Côté Paris
Bruxelles, l’élan créatif
par Virginie Bertrand, avril 2025, France
« En pionnière, La Verrière, fondation d’entreprise Hermès, 25 ans cette année, avait déjà élargi les perspectives. « Je m’inscris dans la lignée initiée par Alice Morgaine. Je m’engage sur cette horizontalité depuis toujours, en croisant les champs des arts appliqués, décoratifs et visuels ». Joël Riff, son commissaire depuis 2023, propose des « expositions augmentées ». »

Beaux Arts Magazine
5 expositions incontournables à Bruxelles ce printemps
par Maïlys Celeux-Lanval, avril 2025, France
« Friand de dialogues entre artistes, le commissaire Joël Riff invite la sculptrice Charlotte Posenenske, le designer Arnaud Eubelen et l’agence de paysage Etablissement à répondre au travail puissant de cette artiste [Eva Nielsen] encore mal connue du grand public, qui pratique tout à la fois la peinture, la photographie et la sérigraphie , et s’intéresse de près aux paysages des marges et territoires périphériques. »

Le Dauphiné Libéré
L’incroyable parcours de Joël Riff jusqu’à la Fondation Hermès
par Marie-Hélène Clo, mars 2025, France
« Joël Riff, à qui nous avions déjà consacré un portrait il y a dix ans en juillet 2015 en tant que commissaire d’exposition et chargé de communication pour la résidence d’artistes Moly-Sabata, a grimpé les marches du monde de l’art depuis, jusqu’à acquérir une grande renommée en France et à l’étranger »

Le Monde
Pélagie Gbaguidi revisite son « Antre »
par Emmanuelle Jardonnet, février 2025, France
« Il y avait deux foyers qui m’ont émus, deux chocs, avec des points et même des motifs communs : des pieds et des piètements, des corps et des membres, qu’ils soient objets ou figures peintes. Il y avait une évidence », confie Joël Riff, qui aime à mêler arts visuels et arts appliqués. »

Cult
Joël Riff : « La Verrière, c’est cette grande plateforme où tout semble possible »
par Amélie Blaustein-Niddam, janvier 2025, France
« Ma manière consiste à respecter cette plateforme ouverte, tout en apprenant progressivement à mieux comprendre où elle se situe. Il y a toujours cette réflexion sur le voisinage : où sommes-nous, qu’avons-nous à portée de main, qu’est-ce qui nous entoure ? »

Harper’s Bazaar
À Bruxelles, les mises en pli d’Emmanuelle Castellan
par Justine Sebbag, juillet 2024, France
« Avec « Spektrum », Joël Riff parvient à immerger le spectateur au cœur même de sa démarche faite de couches successives. Par-delà la singularité de chaque œuvre se dessine en filigrane le portrait énigmatique et onirique de l’exploratrice inlassable qu’est Emmanuelle Castellan. »

Le Quotiden de l’art
Castellan, jeu collectif
par Rafael Pic, juillet 2024, France
« Elle fait et défait sans arrêt, tout et n’importe quoi, une chose et son contraire, jusqu’à ce que ça tienne », écrit le commissaire Joël Riff, dont c’est la cinquième exposition à La Verrière. Dans un monde qui, après des décennies de productivisme et d’hymne à la croissance, prend le goût (encore relatif) de la décroissance, du statu quo, de la frugalité, le modus operandi d’Emmanuelle Castellan (ajouter, soustraire, repeindre, effacer) résonne avec des inquiétudes éternelles, mais aussi avec des angoisses très contemporaines. »

Un certain regard sur la culture
Cristof Yvoré, la peinture intérieure
par Guillaume Lasserre, octobre 2023, France
« Après Marion Verboom, qui ouvrait magistralement la programmation de Joël Riff par une célébration plurielle de la sculpture, et Anne-Marie Laureys dont la pratique vient bouleverser le travail séculaire de la poterie, c’est donc la peinture qui est célébrée dans une exposition posthume. »

Toute La Culture
Joël Riff nommé commissaire d’exposition à La Verrière de Bruxelles
par Noémie Wuchsa, septembre 2022, France
« Il ne serait pas insensé de qualifier Joël Riff de couteau-suisse artistique. »

The Art Newspaper
Joël Riff est nommé commissaire des expositions de La Verrière à Bruxelles
par Philippe Régnier, septembre 2022, France
« Après le départ pour le Palais de Tokyo de Guillaume Désanges, qui y a orchestré trois cycles d’expositions de 2013 à 2022, La Verrière, espace d’expositions de la Fondation d’entreprise Hermès à Bruxelles, a choisi son nouveau commissaire : Joël Riff. Ce dernier est appelé à y proposer un programme associant arts visuels et arts appliqués. »

En revenant de l’expo !
Tarasque et silures, une proposition de Moly-Sabata pour Art-o-rama 2022
par Jean-Luc Cougy, septembre 2022, France
« Construite avec beaucoup de soin, d’attention et de générosité, cette exposition était une des plus abouties et sans aucun doute la plus poétique de l’incontournable salon marseillais. Dans une scénographie irréprochable, Joël Riff a conçu un des plus beaux accrochages d’Art-o-rama 2022 »

Portrait de Xolo Cuintle

Xolo Cuintle est le nom du duo formé par Valentin Vie Binet et Romy Texier depuis 2020. Personne ne sait le prononcer, alors chacun le dit à sa manière. Et cette ambiguïté doit leur plaire. Le trouble provoqué par ce pseudonyme est à l’image d’une pratique qui esquive les catégories, en embrassant toutes celles qui viseraient à réduire un décor. Leur production frôle les définitions, du design d’espace à la sculpture, flirtant amplement avec l’usage. Xolo Cuintle imagine dans un héritage direct des arts décoratifs, des œuvres originales en dialogue avec les commanditaires qui rythment leur parcours naissant. Et si certains contours rappellent des éléments du travail de Laure Prouvost, c’est que Xolo Cuintle en est tout simplement à l’origine. La figure internationale, identifiée pour son fonctionnement tentaculaire, leur accorde sa confiance pour façonner librement une partie de son œuvre sculptural. C’est d’abord Valentin Vie Binet qui intègre en 2018 le studio pour l’assister à la réalisation de tapisseries, notamment dans le cadre de sa monographie au Palais de Tokyo. En 2019, à l’occasion de sa participation à La Biennale de Venise, celle qui représente la France en son pavillon lui demandera avec Jan Van Den Bosch de réaliser un environnement inspiré du Palais idéal du Facteur Cheval, destiné à accueillir le public lors de la projection d’un film réalisée en partie sur le site. Et toujours pour le compte de l’artiste, Romy Texier rejoindra son partenaire en 2020 afin de sculpter ensemble une porte monumentale en ciment pour l’événement Nuit Blanche. Depuis, une intime relation de complicité s’est installée et Xolo Cuintle continue à développer des productions commandés au fil des projets, tout en affirmant sa propre signature.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr

Portrait des Crafties

Jeanne Martin-Taton et Marie-Marie Vergne fondent leur studio en 2018, conjuguant d’importants bagages en arts appliqués acquis au fil de formations dans des écoles prestigieuses à Paris, Genève et Bruxelles. Révélées par la villa Noailles lors du festival Design Parade Toulon 2018 dont elles sont finalistes, elles collaborent depuis avec une diversité de contextes et de commanditaires. Elles répondent ainsi à des invitations d’India Mahdavi, de Claude Cartier ou d’Hermès à concevoir des environnements à la volupté caractéristique. Leur vocabulaire se distingue par sa fougue plastique et l’utilisation systématique de matériaux souples, généralement des rebuts de l’industrie du vêtement revalorisés. Un goût pour le décoratif s’exprime sans complexe par la synthèse de recherches sur la tapisserie, la peinture, et les arts qui vont au mur. Le binôme œuvre par le patchwork et l’appliqué pour confectionner à quatre mains des fresques textiles, avec une prédilection pour le grandiloquent. Une surface ornementale se déploie. À la fois toile de fond et rideau de scène, la pièce iconique de leur répertoire consiste en un vaste panoramique activant le théâtre domestique.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr