Chronique Flora Moscovici par le Ministère de la Culture au Palais-Royal à Paris

Flora Moscovici accorde une splendeur à deux fragments de façades. En pleine rue, aux abords d’une administration en souffrance, l’artiste opère une tranchée flamboyante pour offrir à la ville un moment de répit par le contraste de cette intensité multicolore grandiose, surgissant depuis les trottoirs.

Extrait de la chronique Curiosité – 2021 semaine 20 – Ciel de sable publiée le 17 mai 2021

Chronique Flora Moscovici chez Gilles Drouault à Paris

Flora Moscovici couche ici la flamboyance de la voûte céleste, écorchée à l’aurore, ou peut-être au crépuscule. Trois assises trônent, couvertes de cette étoffe qui confronte le médium de la peinture à la question de sa forme dans l’espace. La toile libre en tant que surface à draper, est modelée avec sensualité.

Extrait de la chronique Curiosité – 2021 semaine 52 – Églogue publiée le 27 décembre 2021

Chronique Flora Moscovici aux Ateliers Vortex à Dijon

Flora Moscovici réussit un superbe déploiement de couleurs, générant surprise et satisfaction au fil de la déambulation. C’est d’abord un parterre quadrillé qui apparaît lorsqu’on survole du regard l’étendue post-industrielle. On y évolue avec précaution, silencieusement. Avant qu’un pan lumineux ne nous submerge.

Extrait de la chronique 2022 semaine 17 – Peintures idiotes le 25 avril 2022

Entretien avec Flora Moscovici

Joël Riff     Quel est l’intérêt d’un entretien ?

Flora Moscovici     Ça m’arrive parfois d’avoir entre les mains des revues des années soixante, d’art ou de cinéma, et j’ai énormément de plaisir à lire ces entretiens poussés dont le format est si long comparé à ceux dont nous avons l’habitude aujourd’hui, où les paroles me semblent toujours hachées et compactées pour être lues d’un coup d’œil en passant, en prenant rarement le temps d’une véritable conversation. Pour un artiste, un entretien c’est aussi l’opportunité de revenir sur certaines choses, de se poser des questions sur la manière dont on travaille, de fouiller pour trouver les mots justes et être honnête. Je me souviens avoir été scotchée lorsque j’étais étudiante en lisant des entretiens de Daniel Buren. Sa parole si virulente, intransigeante, m’impressionnait beaucoup.

JR     Qui est Juliette Roche ?

FM     La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que Juliette Roche était la cofondatrice de Moly-Sabata, avec son mari Albert Gleizes. Ce n’est peut-être pas ce qui la caractérise mais c’est un lien qui nous unit tous les trois. Juliette Roche accueillait des artistes à Moly, où presque cent ans plus tard, tu m’as invitée. Mais c’est aussi une artiste qui m’intéresse car elle semble avoir mené sa barque sans se soucier des différents courants qui l’entouraient, en suivant ses désirs. Le titre de cette exposition « On aime trop de choses différentes » est une citation de Juliette Roche extraite d’une interview vidéo de 1969. C’est un moment où elle parle de l’enseignement de Maurice Denis qui évoque le rôle du dessin, « quelque chose que l’on pense et on met une ligne autour ». Et elle lui répondait : « Nous ne savons pas ce que nous pensons, nous aimons trop de choses différentes ». Je me reconnais vraiment dans cette phrase, dans cet appétit, cette envie de regarder dans des directions différentes et de contrer aussi ce rôle du dessin comme la tête pensante.

JR     Justement, qu’aimes-tu ?

FM     J’aime le mouvement, j’aime voyager, j’aime danser, ou plus largement j’aime me déplacer. J’aime travailler in situ et chercher aussi à garder des objets qui seraient comme des traces du processus, des vestiges ou des reliques. Quelque chose qui reste d’une partie plus éphémère. En ce moment je suis aussi contente de retrouver un atelier pour revenir à la recherche dans des temps différents et sur des formats plus petits, même si j’adore travailler à grande échelle. J’ai aussi très envie de refaire des collaborations. En 2024, j’ai invité le compositeur Chassol à réaliser un film musical dans ma peinture pour la Condition Publique, à Roubaix et ça a entrainé mon œuvre dans un autre registre à travers son regard. En avril prochain, je vais travailler prochainement avec une architecte, une chorégraphe et un vidéaste pour un projet à Genève, et je trouve excitants ces temps dédiés à la recherche où l’on ne sait pas comment va évoluer la production. Beaucoup de choses me nourrissent en ce moment, dont la littérature. Je suis en pleine lecture d’un livre qu’on m’a offert récemment : Un désir démesuré d’amitié d’Hélène Giannecchini. La peinture aussi, j’ai vu une exposition de Fra Angelico à Florence qui m’a donné envie de ré-explorer l’objet retable (j’avais fait une série de pièces qui portaient ce titre « Retables » en 2013) et qui m’a beaucoup inspirée en terme de couleurs. Mais à d’autres moments ça peut être le cinéma, la danse, le théâtre et l’art contemporain bien sûr.

JR     À Paris, à New York, à Serrières, à SaintRémy-de-Provence, Juliette Roche travaillait chez elle. En quoi est-ce important d’avoir son atelier à la maison ?

FM     Jusqu’à récemment je t’aurais peut-être répondu que ce n’était pas important pour moi et qu’en travaillant in situ mon atelier pouvait être partout. Aujourd’hui, j’ai un atelier dans ma maison, c’est arrivé à un moment où je ressentais le besoin de pouvoir expérimenter en dehors des projets in situ, et d’avoir un lieu qui soit comme un moteur, qui donne de l’énergie. Et avec les enfants, le fait de travailler à la maison permet une porosité plutôt que de tout dissocier comme si j’allais au bureau.

JR     Dans cet entretien que tu évoques donnant accès à la parole de Juliette Roche, celle-ci confie qu’elle et ses camarades passaient leur temps à demander à leurs maîtres : « Qu’est-ce que la forme ? Est-ce que c’est ce qu’on voit, ou ce dont on se souvient, ou ce qu’on invente ? ». Alors, qu’est-ce que la forme ?

FM     La forme peut être tout cela à la fois, ce qu’on voit, ce dont on se souvient, ce qu’on invente. Pour moi c’est un peu particulier, car il n’y a pas vraiment de forme, puisque mes peintures s’intègrent souvent à la forme architecturale sans y apporter d’autre motif. Et lorsque ce n’est pas sur un bâtiment, c’est tout de même s’adapter à un matériau qui devient la forme : un parchemin, une planche de bois, des tuiles. Mais je me sens néanmoins concernée par ces questions. L’autre jour quelqu’un m’a demandé comment j’en étais venue à faire des grandes peintures et je racontais que j’avais commencé par le portrait d’après modèle, en peignant sur le vif et que ça avait peu à peu dévié vers l’espace, mais pendant longtemps je ne me sentais pas du tout abstraite. Je viens de la figuration et aujourd’hui encore, je travaille d’après ce que je vois, ce que j’observe. Et même si le résultat est fait de couleurs, ce ne sont pas des couleurs abstraites. Pour la palette je puise souvent dans l’environnement ou dans le contexte, ce n’est pas vraiment une œuvre d’imagination au départ, même si après ça se transforme avec des nuances intermédiaires que j’ajoute, avec une intention d’aller vers la lumière, d’aller vers l’intensité.

JR     Que penses-tu du qualificatif « fauve » ?

FM     C’est un terme que j’apprécie, même si je sais qu’il vient d’un critique et que les peintres appelés ainsi ne se définissaient pas comme ça. Ça pouvait d’ailleurs être perçu comme un terme péjoratif mais ça sonne aussi comme un rugissement et je trouve que ça définit bien ces couleurs tellement intenses, ces peintures qui pouvaient paraître violentes mais qui ont gardé leur force aujourd’hui. Quand j’étais enfant, j’ai eu une période la carte postale du Rouge à lèvres de František Kupka accrochée dans ma chambre. J’avais flashé sur ce tableau, qui est aussi associé au fauvisme, même si ce n’était pas un fauve « pur jus » comme Henri Matisse, qui compte aussi énormément pour moi, toutes périodes confondues.

JR     Juliette Roche célébrait les Nabis. Quel est ton propre lien à la Bretagne ?

FM     Dans l’exposition que j’ai organisée récemment dans mon atelier, je me suis rendue compte qu’il y en avait beaucoup, plus que je ne croyais. Ma mère était bretonne, mais pendant longtemps je n’ai connu qu’une petite partie de la Bretagne, autour de Dinan. Ensuite il y a eu l’île de Groix, où je passais mes vacances à l’adolescence. C’était à la fois le lieu du collectif, de la transgression et le rapport direct à l’océan. Et puis au fil des rencontres et du travail, ma relation à cette région s’est élargie. J’ai vécu quelques années à Douarnenez, un petit port de pêche dans le Finistère où vivent maintenant beaucoup d’artistes, je ne sais pas si c’est le Pont Aven de notre époque mais c’est un point de regroupement important aujourd’hui. J’ai aussi enseigné aux Beauxarts de Brest et je suis toujours en contact avec des jeunes artistes de cette ville. Concernant la filiation aux Nabis de Juliette Roche, j’ai pour ma part beaucoup regardé Pierre Bonnard, c’est un peintre important pour moi, notamment pour ses gammes colorées très lumineuses, complémentaires ou en camaïeu, la présence du geste, la relation intérieur/extérieur et le rapport au paysage.

JR     Es-tu artiste ou peintre ?

FM     Quand j’étais encore étudiante, un professeur m’a dit un jour : « Tu t’assumes enfin comme peintre ». Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai très mal pris. J’ai fait mes études à l’école d’art de Cergy, c’était une école conceptuelle, les peintres étaient un peu à part, et moi, je ne voulais pas être à part, je voulais faire de l’art et que ça puisse intéresser tout le monde, pas seulement les gens qui aiment la peinture. Je pense que ça a aussi eu une influence sur la manière dont j’ai développé mon travail, en tout cas les premières années. Aujourd’hui, je me sens à la fois artiste et peintre, même si je n’aime pas trop la dénomination « artiste peintre » que je trouve un peu vieillotte. En général je dis que je suis artiste plasticienne, ça ouvre plus de possibles, je fais de la peinture mais ça ne m’empêche pas de faire des installations ou même des performances lors de collaborations avec d’autres artistes…

JR     On sent que pour Juliette Roche, on doit pouvoir nommer ce qu’elle peint. Que peins-tu ?

FM     Juliette Roche semble en effet avoir un désir de clarification et d’ailleurs, elle peint des choses très différentes : des scènes fantasmées et d’autres plus réalistes, des scènes urbaines, des scènes de danse, des piques-nique, des paysages, des portraits, dans les boîtes de nuit, au match de boxe, au parc, au café. Dans cette exposition, on voit surtout des bouquets, un thème domestique avec lequel je n’étais pas très à l’aise au premier abord, même si je les trouve très beaux. Je me suis toujours sentie embarrassée en choisissant des fleurs pour des bouquets. On pourrait pourtant penser qu’il s’agit d’un assemblage de couleurs, donc une forme de continuité pour moi mais pas du tout. Je ne sais pas si c’est lié au prénom que je porte mais je me sens comme une étrangère avec les bouquets, sauf peut-être avec un bouquet de mimosa, mais les compositions m’angoissent terriblement. Je crois que je les préfère en peinture. Pour revenir à ta question, je peins des nuances de couleur, comme une lumière qui se colore et évolue en passant sur une surface. Je ne représente pas la lumière — je ne serais pas assez virtuose pour le faire même si je le voulais — mais j’essaie de recréer un peu de lumière à ma façon, avec des maladresses, des imperfections, mais une volonté d’éclairer, voire d’illuminer quelque chose. Lorsque je dis que je pars d’éléments que j’observe, ça peut être par exemple une brique ; et ce ne sera pas la couleur mais les couleurs de la brique que je cherche : la partie plus brune, celle plus rosée, la partie rougeoyante, celle qui tire presque vers le violet, la partie un peu passée, presque orangée, c’est toutes les nuances d’un matériau qui évoluent avec le relief, l’usure, et toujours la lumière, qui m’intéressent et que je tente de transposer dans un échec perpétuel car ça devient autre chose mais c’est aussi à ce moment-là qu’il y a une transformation qui s’opère et qui nous emmène ailleurs, hors de toute représentation.

Publié à l’occasion de l’exposition « On aime trop de choses différentes » avec Juliette Roche à la Galerie Pavec (Paris) du 5 au 28 février 2026

Joël Riff a assuré depuis 2010 le commissariat d’une cinquantaine d’expositions au sein de fondations privées, de musées et centres d’art publics, de galeries commerciales et d’espaces alternatifs en France, en Belgique, au Japon et au Royaume-Uni. Un quart d’entre elles sont des monographies développant des collaborations déterminantes avec Caroline Achaintre, Hélène Bertin, Mireille Blanc, Emmanuelle Castellan, Neil Haas, Anne Marie Laureys, Claudine Monchaussé, Eva Nielsen et Marion Verboom, ou contribuant à la diffusion posthume de Cristof Yvoré. Ses expositions collectives embrassent les arts visuels, appliqués et décoratifs en mettant en perspective productions historiques et contemporaines. Ses dix premiers projets sont conçus en collaboration avec Mathieu Buard. Il travaille depuis 2014 aux expositions annuelles et hors-les-murs de Moly-Sabata. Il déploie courant 2020 une série de cinquante-cinq duetti, petits duos de deux oeuvres dont il est le seul public. Il manifeste depuis 2023 à travers le programme de la Fondation d’entreprise Hermès, le format d’exposition personnelle collective s’autorisant tout à la fois. Il expérimente ainsi depuis quinze ans l’exposition en tant qu’objet.

Joël Riff has curated more than fifty exhibitions since 2010, commissionned by private foundations, public museums and art centers, commercial galleries and project spaces in France, Belgium, Japan and the United Kingdom. A quarter of them are solos strenging collaborations with Caroline Achaintre, Hélène Bertin, Mireille Blanc, Emmanuelle Castellan, Neil Haas, Anne Marie Laureys, Claudine Monchaussé, Eva Nielsen and Marion Verboom, or contributing to the posthume legacy of Cristof Yvoré. His group shows embrace visual, applied and decorative arts, mixing historic and contemporary material. His ten first projects were co-concieved with Mathieu Buard. He has been working on annual and offsite exhibitions at Moly-Sabata since 2014. He has unfolded in 2020 a serie of fifty-five duetti, little duos made from two artworks he was the only viewer. He has manifested since 2023 through the Fondation d’entreprise Hermès’ program, the format of solo group show, enjoying everything at once. So has he experimented since fifteen years the exhibition as an object.

Entr’acte

une exposition collective avec Semiha Berksoy, Leonor Fini, Kentaro Kawabata, Antoine Marquis, Nick Mauss, Juliette Roche, Mathias Roche, Anne Ryan, Marijke Vasey, Zoe Williams
ainsi que la participation des Archives Fanély Revoil (Sablons) et de la Maison Saint-Prix (Le Péage-de-Roussillon)
du 20 septembre au 2 novembre 2025
à Moly-Sabata à Sablons

Moly-Sabata permet une pause. Son temps est interlude. Et ce n’est pas parce que le spectacle est suspendu, que tout s’arrête. Au contraire, la scène continue d’exister même lorsqu’on éteint les projecteurs. L’exposition « Entr’acte » dévoile ce qui se fabrique lorsque les rideaux se referment. Réveillant la mémoire de personnalités du voisinage de Moly-Sabata telles que la divette de l’Opéra-Comique Fanély Revoil (1906-1999) et le pensionnaire de la Comédie-Française Raymond Saint-Prix (1887-1981), l’exposition « Entr’acte » s’attache à une sophistication mobile, entre carrière citadine et vie à la campagne. Une manière de ne pas laisser à Paris le monopole du glamour. L’exposition « Entr’acte » associe ainsi dix artistes de différentes générations, horizons et pratiques, façonnant une élégance tout terrain, partout chez elle, libre.

En savoir plus

↑ crédit photographique Frédéric Houvert

Sourdre

une exposition de Claudine Monchaussé
avec Nicolas Bourthoumieux, Damien Fragnon, mountaincutters, Germaine Richier, Marie Talbot
du 11 septembre au 13 décembre 2025
à La Verrière / Fondation d’entreprise Hermès à Bruxelles

La sculptrice Claudine Monchaussé présente à La Verrière plusieurs dizaines de pièces couvrant plus d’un demi-siècle de pratique. S’y révèle une œuvre d’une grande cohérence, dont les formes géométriques mêlent universel et mystique. Aujourd’hui âgée de 89 ans, elle est invitée par Joël Riff qui lui consacre un “solo augmenté”, format qui permet au public d’appréhender le travail d’un artiste en dialogue avec d’autres créateurs. L’exposition “Sourdre” ne déroge pas à la règle, faisant littéralement surgir l’œuvre de Claudine Monchaussé parmi d’autres approches de la matière.

En 1959, à l’âge de 23 ans, Claudine Monchaussé s’installe dans le village berrichon de La Borne, haut lieu de la poterie identifié dès le XIIᵉ siècle : elle se forme en autodidacte et y poursuit depuis lors sa production. La terre est sa matière de prédilection : elle la modèle puis soumet sa sculpture au feu qui fait son œuvre. Les premières silhouettes de la sculptrice ont évolué vers des formes plus strictes nimbées d’un certain mystère, oscillant entre principes sphériques, symboles de fertilité et éléments saillants. Selon le commissaire de l’exposition Joël Riff, “chaque œuvre a sa propre adresse, une charge qui en émane et qui trouvera sa propre destination”. Le travail de Claudine Monchaussé témoigne d’une permanence, d’un dépassement continu qui tend au sacré par son universalité. Ses sculptures s’imposent d’elles-mêmes, comme une évidence.

À La Verrière, une quarantaine de pièces témoignent de cette recherche intérieure. L’artiste ne dessine pas : elle perçoit en volume la forme qu’elle façonne dans son atelier. Chaque sculpture relève ainsi du surgissement, comme l’évoque le titre de ce projet – “sourdre” signifiant littéralement “sortir de terre”. S’agissant de la deuxième exposition personnelle de la sculptrice et de sa première hors de France, ce titre se rapporte aussi au jaillissement de son œuvre sur la scène artistique : une mise en lumière importante pour la céramiste née en 1936, dont la production est longtemps restée confidentielle.

Le commissaire Joël Riff a réuni autour de Claudine Monchaussé d’autres créateurs pour nourrir la réception du public. L’artiste bruxellois Nicolas Bourthoumieux (né en 1985) présente des sculptures qui accueillent celles de son aînée. Deux grandes figures féminines de la sculpture française, Marie Talbot (1814-1874) et Germaine Richier (1902-1959), sont représentées respectivement par une pièce emblématique et une gravure. Des idoles signées par le duo mountaincutters (actif depuis 2012) rythment l’espace tandis que le sculpteur Damien Fragnon (né en 1987) signe un texte sur la nature des eaux minérales issues des profondeurs. Et chaque artiste de “sourdre” sous la lumière zénithale de La Verrière.

↑ Vue de l’exposition de Claudine Monchaussé « Sourdre », La Verrière 2025 © Adagp, Paris, 2025 © Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

Moly shop hors-les-murs

une exposition collective avec Clémence Debris, Quentin Dupuy, Ery Céramique, Hélène Lathoumétie, Louise Laugier, Elisa Le Guern, Anja Marschal, Cynthia Nge, Laura Pardini, Charline Robache
du 29 au 31 août 2025
à Art-o-rama à Marseille

Moly-Sabata est la plus ancienne résidence d’artistes en activité en France, mettant aujourd’hui ses ateliers et ses ressources à la disposition d’une vingtaine d’artistes par an, sur invitation. Pour sa septième participation à Art-o-rama en tant que partenaire du salon, Moly-Sabata renouvelle sa contribution en concevant son troisième et dernier avatar du Moly shop pour la foire, boutique de céramique utilitaire. Ce sont ainsi dix potiers et potières installé·e·s entre Moly et la Méditerranée qui ont été sollicité·e·s pour déployer près de 400 pièces de vaisselle vendues entre 30 et 500 €.

À Moly-Sabata, le Moly shop propose au public d’acquérir des objets façonnés dans des ateliers du pays entier et au-delà. L’initiative s’inscrit dans le succès de l’exposition-vente « Aux foyers » présentée sur place à l’automne 2020, qui remit au goût du jour la tradition locale voulant que le village achète sa vaisselle à Moly-Sabata. Ouvert en continu au sein de la résidence d’artistes, le Moly shop s’est exporté une première fois à Strasbourg en 2022 à l’occasion de l’exposition « Au Bonheur » au CEAAC ayant alors réuni des artisan·e·s d’Alsace. Le soutien matériel à sa communauté d’artistes se prolonge ainsi : 20 % des ventes sont affectés aux ressources de l’atelier de poterie, 10 % assurent le fonctionnement du projet, et le reste des recettes revient aux exposant·e·s.

En savoir plus

Portrait d’Émilien Adage

Émilien Adage emprunte. Il ne prend pas. Il utilise momentanément ce qu’il cueille, et extrait de la nature des sujets qui y retournent après avoir prêté leurs contours. Par compost ou digestion, c’est tout un cycle organique qui demeure. Le sculpteur déploie ainsi un corpus d’œuvres dont l’homogénéité relève du moulage, une technique qu’il expérimente depuis le jour où il coula une casquette offerte en montagne, geste fondateur prônant en un même élan le couvre-chef comme outil et motif. Outre ce fétiche qui rythme sa production depuis, les lignes que l’on devine aujourd’hui évoquent surtout une flore pétrifiée. Des contenants sont agrégés verticalement, de vaisselle en totem. Il empile. L’assemblage par superpositions convoque la stratification minérale qui lui est chère. Une énergie brancuséenne érige les choses, rejouant leur montage à chaque exposition. Ça se dresse vers la lumière, comme pratiquement tout ce qui pousse sur le sol. Nous sortons d’ailleurs d’une extraordinaire année à champignons. Jamais vu de tels tapis dans la forêt où on en ramasse. Il y avait notamment cette sorte de lactaires géants coniques. Parfois, des formes vous motivent davantage à les manipuler qu’à les ingurgiter. Ce qui ne devient pas art, est mangé. Dans les deux cas, il y a cuisine. L’artiste trouve des recettes qu’il perd pour mieux les chercher à nouveau. Alors il moule.

Émilien Adage empreint. Du verbe empreindre oui, marquer quelque chose de quelque chose. Il estampe et estampille, inscrit une trace dans la matière. Il produit des doublons et engendre ainsi des multiplications. Nous parlions d’hyménomycètes. Il reproduit aussi des espèces de choux et les fruits de l’oranger des Osages, qui ne fait bizarrement pas d’agrumes. Autant dire que les modèles troublent d’emblée, et que la reconnaissance impliquera un labyrinthe de rebonds. Ils sont quoiqu’il en soit des objets riches en textures, qui généreront par la suite de généreuses palettes moirées lorsque les couleurs viendront ricocher sur leur surface. Nous n’en sommes pas encore là car comme des rushs qui attendent d’être montés, des tirages d’argile sèchent d’ici à être cuits. Cela marche par phase plutôt que par fréquence. Puis quand vient le bon moment, on allume le four. Car il s’agit de céramique. La terre est prise dans des matrices en plâtre assez grossières invitant à poncer voire à gratter plus de masse encore, avant une première cuisson en biscuit. On creuse parfois tellement qu’on abîme. Vient ensuite le travail chromatique ouvragé à partir d’engobes, de flaques d’émail aussi. Sur leurs boîtes alignées dans l’atelier, on lit Polaire, Eruption, Galaxie, Corail, Vert mousse. L’artiste confie qu’il lui arrive de choisir une teinte pour son nom. On le comprend.

Émilien Adage emprunte. Il suit certains chemins. À la station de Flaine, il troue la neige. Dans le parc national des Écrins, il transforme son paquetage. Sur l’île d’Ouessant, il grave des déchets. Les sentiers sont également nombreux chez lui tout simplement, dans sa fabrique située sous la maison familiale qu’il s’est construite dans un village du Pilat, face aux Alpes au loin. Son activité artistique se niche en effet au cœur d’un écosystème œuvrant à sa manière à tout respecter au mieux. Elle socle cela, en osmose avec son environnement immédiat, dans une relative confidentialité tant le voisinage n’a aucune idée de ce qui se manigance dans son antre. Sanctuaire, rituel et sacrifice pourraient nourrir un autre paragraphe sur ce qui se trame là. Concentrons-nous ici sur la zone préservée dans laquelle l’homme s’est basé, parsemée de lichens qui témoignent de sa bonne santé. Par considération pour ce terrain, il s’est progressivement éloigné des matériaux synthétiques pour modeler des éléments naturels. Les rencontres humaines au fil des vadrouilles importent autant, en fonction de ce qu’on vous donne. On travaille avec ce qu’on a autour de soi. Les influences viennent de partout. Cette sensibilité à sa proximité oblige à la diligence. En maniant avec soin et inventivité les artifices, l’artiste expérimente par anticipation ce que serait après nous, la nature de demain.

→ Publié par Documents d’artistes Auvergne-Rhône-Alpes avec le soutien de la Fondation de l’Olivier en mai 2025