Portrait de Bente Skjøttgaard

Bente Skjøttgaard conduit l’argile à destination. Guidée par la terre-même selon la manière dont celle-ci réagit avec son corps, elle véhicule la matière vers la direction qu’il lui faut suivre. Elle l’emporte ainsi là où elle veut, sans la forcer ailleurs, tout en en frôlant les limites. Les formes qu’elle finit par prendre sont générées pour recevoir au mieux un travail d’émail. En cela, il s’agit d’une production picturale qui s’acclimate de la contingence d’un support, car il faut bien poser les couleurs quelque part. Les masses de grès gris sont ainsi soumises à la façon dont elles permettront à la surface de se déployer, en cuisson électrique. Actuellement, l’artiste s’enthousiasme de veilles recettes du maître Jean Carriès dont les rendus résonnent avec les spécimens centenaires qu’elle observe chaque matin lorsqu’elle traverse le parc voisinant son atelier. Cette étendue arborée lui inspire depuis plusieurs années une production émue par ce dont les arbres sont les témoins depuis des siècles. Leur longévité n’empêche pas la nouveauté de surgir, voire à de nouvelles générations de les parasiter. De l’ancien point le neuf. Tout cela coule dans le même sens, sur de l’écorce bien enracinée. Après les nuages dans le ciel, les créatures sous l’eau, elle regarde le végétal sur terre. Dans son coin, elle a pour habitude de travailler en écoutant des livres audio, une littérature qu’on lui susurre à l’oreille. Il est certain qu’elle continue à entendre entre les lignes, ce que lui raconte le reste du temps, la nature.

→ Publié dans le catalogue de l’exposition personnelle « Nature and Glaze » du 6 avril au 26 octobre 2025 au CLAY Museum of Ceramic Art Denmark à Middelfart, Danemark www.claymuseum.dk et traduit en anglais par Maïté Lombard

[EN] Bente Skjøttgaard leads clay to its destination. Guided herself by the very material and how it reacts to her body, she drives it toward the needed direction. She thereby carries it wherever she wishes, without otherwise forcing it, yet verging on its limits. The shapes it eventually assumes are brought about to best receive the glaze work. In that sense, hers is a very pictorial production, accommodating to the contingency of a medium —colours must be placed somewhere, after all. Thus, masses of grey stoneware are subject to the way they will allow the surface to expand in the electric kiln. The artist has been marvelling at the master Jean Carriès’s old recipes, which finishes evoke the centuries-old residents of the park she crosses every morning on her way to the studio. Her gazing at this great stretch of trees has for some years been inspiring her work, deeply moved by these centenarian witnesses. Their longevity still leaves room for novelty to arise, or even for new generations to parasitise them. From the old springs the new, together flowing in the same direction, over deeply-rooted bark. After observing the clouds in the sky and the creatures under water, she turns her attention to the vegetation of the earth. Standing her ground, she is in the habit of working whilst listening to audiobooks, literature whispered to her ears. She undoubtedly keeps on hearing between the lines of what nature tells her the rest of the time.

Itinérances
École Duperré
par Annie Wlodarczyk, 2026, France
« Un petit carnet de croquis coincé dans une poche, un appareil photographique pelotonné dans une chaussette dans l’autre, ne le lâchent pas, prêts à saisir et immortaliser l’instantané qui s’impose à ses yeux comme un moment de vérité, futur élément constitutif d`une série répertoriée dans ses archives. Le travail de collection se met en oeuvre. Pas de systématisme qui pourrait suggérer une forme de maniaquerie sinon de monomanie. Place au hasard, à l’intrusion des fulgurances et des intuitions qui sont autant de clins d’oeil à l’art contemporain.
Son esprit bouillonnant jusqu’à la boulimie se nourrit de tout ce qu’il voit entend ou lit. Si on lui objecte l’hermétisme de certaines œuvres, si on déplore un manque d’informations nécessaires à leur compréhension, il balaie le propos déclarant que chacun dispose de ses yeux pour voir et de sa sensibilité pour sentir.
« L’art ne s’explique pas » déclare-t-il sur un ton péremptoire lié à sa jeunesse.
Distant et proche à la fois comme lorsqu’il se laisse aller à quelques confidences : le récit de son enfance dans un village de l’Est de la France, une grand-mère aimante qui lui parle en patois, des évocations de paysages ou de coutumes ancrées dans une histoire de France immuable, tandis que lui, si attaché à son terroir, est épris de mouvement, de théories ébouriffantes (subversives diraient certains) toutes ouvertes sur de nouvelles conceptions de l’art. »

Libération
Elene Shatberashvili, ferveur de jeunesse
par Judicaël Lavrador, avril 2026, France
« Le miracle qui advient de cette exposition, miracle de beauté sensible, miracle de caresse qui vous hérisse le poil est ailleurs. Le meilleur est a venir. Il arrive par l’accrochage, détendu (les toiles ne s’alignent pas benoîtement, elles vaquent a droite a gauche de l’espace carré de la Verrière, en haut en bas, au-dessus l’une des autres, et certaines, plus haut) que le curateur attitré Joël Riff a planifié. Les peintures y papillonnent. Libres d’être seules et cependant incapables de se passer de leur proche, leur semblable. »

The Courtauldian
Behind the Scenes with Joël Riff: Fondation d’entreprise Hermès and the Conditions of Encounter
par Yuval Aluf, mars 2026, Royaume-Uni
« Riff often describes curating itself as a form of craftsmanship. Like the artisans whose practices the foundation has long supported, the curator shapes experiences through careful adjustments: scale, rhythm, proximity, and light. The exhibition becomes something crafted rather than declared. »

Zoe Magazine
An “Extra Room” for Imagination: Caroline Achaintre in Brussels
par la rédaction, mars 2026, Italie
« The title—German for “extra room”—immediately evokes a space of freedom and possibility. Both mental and physical, it becomes a place where the artist unfolds a layered visual universe infused with humor, craftsmanship, and imagination. »

Acumen
L’intimité de la peintre Elene Shatberashvili dévoilée à La Verrière
par Marine Mimouni, mars 2026, France
« Placée sous le commissariat de Joël Riff – qui signe ici sa dixième réalisation pour la galerie bruxelloise –, cette nouvelle proposition s’apparente à un témoignage sensible porté sur le monde observé par l’artiste, donnant forme à un récit construit à partir de son regard. »

La Gazette Drouot
Elene Shatberashvili, en bande organisée
par Virginie Huet, mars 2026, France
« Joël Riff, commissaire de cet énième solo augmenté, dont l’accrochage épouse la forme éclatée d’une constellation »

Le Quotidien de l’Art
Elene Shatberashvili, l’art et l’amitié
par Marine Vazzoler, mars 2026, France
« Qu’elles soient des autoportraits, des pommes, des paysages ou des œufs, Elene Shatberashvili s’applique à reproduire, avec foi, ses visions et professe au sein de cette exposition que le personnel peut être collectif et sororal. »

Milk Décoration
Bruxelles : une exposition pointue mêlant peinture et design contemporain par la Fondation Hermès
par Elsa Cau, février 2026, France
« En tout, une quarantaine d’œuvres et objets sont à découvrir jusqu’en avril, sous le commissariat de Joël Riff. »

Cult.news
« Quatre » à La Verrière : circulations spirituelles et géométrie des regards
par Amélie Blaustein-Niddam, février 2026, France
« Ce lieu niché au fond de la boutique Hermès du boulevard de Waterloo est, comme toujours, métamorphosé par l’idée des solos augmentés développée par Joël Riff. »

Le Monde
Elene Shatberashvili, ou la peinture aujourdhui
par Philippe Dagen, février 2026, France
« Ainsi construite, l’exposition est à la fois un autoportrait éclaté et une réflexion nourrie sur l’état actuel de la peinture »

Naver Design Press
Les quatre points de vue d’Elene Shatberashvili
par Yvette Yang, janvier 2026, Corée du Sud
« On utilise l’expression Solo augmenté pour décrire les projets de La Verrière. Ce format met en lumière un artiste unique, entouré d’autres invités, de leurs œuvres, leurs objets ou leurs textes développant ainsi l’exposition comme structure relationnelle. »

BeauxArts.com
Dans l’atelier d’Elene Shatberashvili, autrice d’une peinture intime et spirituelle
par Maïlys Celveux-Lanval, janvier 2026, France
« On la retrouve cet hiver à Bruxelles, où elle bénéficie de sa quatrième exposition en solo – ou presque, puisque le commissaire Joël Riff aime à faire des « solos augmentés », ce qui a permis à l’artiste de s’entourer d’autres créateurs, comme la peintre Nathanaëlle Herbelin, et de faire résonner son travail avec leurs pratiques. L’exercice lui a plu, nous explique-t-elle, elle a aimé suggérer des noms, s’intéresser à ceux du commissaire. « Je me suis sentie rassurée de pouvoir faire venir des amis artistes en renfort, sourit-elle. Et j’étais honorée et heureuse d’avoir autour de moi des gens qui me sont chers. »

Télérama
À Bruxelles, la créativité empourprée de la peintre Elene Shatberashvili
par Charlotte Fauve, janvier 2026, France
« Telle sa consœur Nathanaëlle Herbelin, à qui elle s’est liée pendant ses études aux Beaux-Arts de Paris et qui loue « la quantité incroyable d’expérimentations que contiennent ses tableaux : l’inventivité d’Elene m’inspire énormément ». »

Fomo-Vox
Rencontre Elene Shatberashvili « Quatre » La Verrière / Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles
par Marie de la Fresnaye, janvier 2026, France
« Nous nous sommes rencontrés à Paris après ma première exposition personnelle chez gb agency. Puis, Joël Riff qui aime beaucoup faire des visites d’atelier est venu me voir plusieurs fois. Nos échanges se sont poursuivis jusqu’à la concrétisation de ce projet pour La Verrière. »

GUS
Elene Shatberashvili at La Verrière
par Iker, janvier 2026, Belgique
« Curated by Joël Riff, the exhibition refuses the logic of the isolated masterpiece. It works by proximity, resonance and friction. Painting, design and architecture are not separated but folded into one another, forming a landscape of attention rather than a checklist of works. The space becomes a place to inhabit, not to consume. »

BeauxArts.com
À Bruxelles, la rarissime céramiste Claudine Monchaussé sort de son secret
par Maïlys Celeux-Lanval, octobre 2025, France
« Cette année, c’est Joël Riff qui a su la convaincre. Ce commissaire témoigne ainsi une nouvelle fois de son attention à la scène de la céramique contemporaine, dont on salue à chaque exposition la délicatesse et l’approche sensible. »

Cult.news
« Sourdre », le geste brûlant de Claudine Monchaussé à la Verrière à Bruxelles
par Amélie Blaustein-Niddam, octobre 2025, France
« Une nouvelle fois, à La Verrière, le lieu d’exposition de la Fondation Hermès à Bruxelles, Joël Riff provoque un « solo augmenté » : une exposition qui donne de l’ampleur à un geste singulier en le faisant résonner avec d’autres présences, d’autres pratiques, en l’occurrence une presque monographie de la céramiste Claudine Monchaussé »

Naver Design Press
A sculpture of life rising from the ground
par Yvette Yang, septembre 2025, Corée du Sud
« La Verrière’s curator Joël Riff has been curating exhibitions using the format of « solos augmentés » – a method of centering a single artist’s work while juxtaposing it with contemporary or historical works that engage with it. »

Artcube
10 individuals shaping the art world today
par la rédaction, septembre 2025, Royaume-Uni
« Riff is curator at Fondation Hermès – La Verrière, interested in ways of experiencing materiality, texture, craft, and how artworks relate to histories of craft and decorative arts. »

Fomo-Vox
« Sourdre » Claudine Monchaussé à La Verrière, Bruxelles. Interview Nicolas Bourthoumieux
par Marie de la Fresnaye, septembre 2025, France
« La composition imaginée par Joël (…) se déroule de façon magistrale dans l’espace de La Verrière »

Le Dauphiné Libéré
Moly-Sabata : la Britannique Zoe Williams au cœur de l’exposition Entr’acte
par Marie-Hélène Clo, septembre 2025, France
« Et puisque l’on parle mondanités et décors, c’est justement l’artiste britannique Zoe Williams, basée à Marseille, qui a grandement inspiré Joël Riff, allant même jusqu’à la considérer comme sa « muse ». Le commissaire d’exposition et l’artiste s’étaient rencontrés à Londres il y a dix ans. »

Lieu-dit
Regards croisés au Forum. Entretien avec Reiko Setsuda
par la rédaction, juillet 2025, France
« Depuis qu’il en assure le commissariat, Joël Riff met en œuvre un principe de « solo augmenté » [en étoffant une exposition monographique par la présence de pièces d’autres créateurs] : c’est une approche que je trouve très intéressante. »

See All This
Breaking #274 Here are the facts
par Nicole Ex, juillet 2025, Pays-Bas
« I was just reading about Donald Judd’s writings. Between 1959 and 1964, he wrote monthly reviews covering over fifteen exhibitions at a time. That detail struck me, especially since I had just interviewed Joël Riff last week – the curator of La Verrière, Hermès’ exhibition space in Brussels. Riff’s way of life echoes Judd’s – only taken to the next level. »

Un certain regard sur la culture
Eva Nielsen, paysages augmentés
par Guillaume Lasserre, juin 2025, France
« Comme l’indique Joël Riff, « tout se donne du premier regard » dans cet espace, et Eva Nielsen exploite cette immédiateté pour créer une expérience physique, presque sensorielle, dans laquelle le visiteur est confronté à une tension entre l’évidence du visible et l’énigme des images. »

HD Fashion
Artistic wonders: Aster Blooms at the Fondation La Verrière Hermès
par Lidia Ageeva, juin 2025
« As curator Joël Riff puts it, these new works “embrace a dizzying minimalism, laying their heart bare”. Stark and enigmatic, the canvases are peopled with suggestive forms that demand distance and introspection, opening space for a new kind of looking. »

Numéro Berlin
The Freedom to Dream
par Sinas Braetz, mai 2025, Allemagne
« Riff proudly takes us on a small tour through the show and agrees with Nielsen: « In this space, it is about everyone’s own experience; there is no hierarchy, there is no difference in value between the pleasures we show; this is really essential. »

Home Magazine
L’exposition « Aster » : La Verrière révèle l’univers poétique de l’artiste Eva Nielsen
par Marine Mimouni, mai 2025, France
« Afin de prolonger l’horizontalité souhaitée par le curateur Joël Riff, les assises du designer Arnaud Eubelen s’intègrent librement dans l’espace, sans suivre d’ordre ou de hiérarchie. Elles s’offrent simplement aux visiteurs, prêtes à être contemplées et utilisées. »

Cult
Aster : Échos de périphérie et matières sensibles à La Verrière
par Amélie Blaustein-Niddam, mai 2025, France
« Le génie de Joël Riff tient dans un accrochage organique, jamais didactique. Rien ne cherche à faire illusion. Au contraire : une forme de transparence sur la méthode. On voit les gestes. »

Craft Art Design Words
Samtale: Keramisk kunstner Bente Skjøttgaard
par Charlotte Jul, avril 2025, Danemark
« Joël Riff, en ung fransk kurator og leder af residency-programmet Moly-Sabata ved Lyon og kunstnerisk direktør for Hermes’ udstillingssted La Verrière i Bruxelles, har skrevet et portræt af mig i et kort intenst format som en del af en løbende serie af korte portrætter, som han ynder at udvikle. »

10 Magazine
Ten’s To See: ‘Aster’ At Fondation D’entreprise Hermès’ La Verrière In Brussels
par Bella Koopman, avril 2025, Royaume-Uni
« Joël Riff, the Fondation’s in-house curator since 2023, all but lights up when he talks about this mission. Stating that he doesn’t want “to be the guy who gives all the answers, only the one who provides the context,” Riff says that the Fondation “is an open platform [that] highlights all the individualities [of the artists] as well as how they can come together as a community. »

Maxi Flash
Hatten. L’art en éclats
par Salomé Dollinger, avril 2025, France
« Depuis deux décennies, Joël Riff trace un chemin singulier dans le monde de l’art contemporain. Curateur indépendant, il aime inventer des expositions comme on compose un récit, en dialogue avec les artistes. Rencontre avec un passeur d’idées, entre Bruxelles, Moly-Sabata et Tokyo. »

Vivre Côté Paris
Bruxelles, l’élan créatif
par Virginie Bertrand, avril 2025, France
« En pionnière, La Verrière, fondation d’entreprise Hermès, 25 ans cette année, avait déjà élargi les perspectives. « Je m’inscris dans la lignée initiée par Alice Morgaine. Je m’engage sur cette horizontalité depuis toujours, en croisant les champs des arts appliqués, décoratifs et visuels ». Joël Riff, son commissaire depuis 2023, propose des « expositions augmentées ». »

Beaux Arts Magazine
5 expositions incontournables à Bruxelles ce printemps
par Maïlys Celeux-Lanval, avril 2025, France
« Friand de dialogues entre artistes, le commissaire Joël Riff invite la sculptrice Charlotte Posenenske, le designer Arnaud Eubelen et l’agence de paysage Etablissement à répondre au travail puissant de cette artiste [Eva Nielsen] encore mal connue du grand public, qui pratique tout à la fois la peinture, la photographie et la sérigraphie , et s’intéresse de près aux paysages des marges et territoires périphériques. »

Le Dauphiné Libéré
L’incroyable parcours de Joël Riff jusqu’à la Fondation Hermès
par Marie-Hélène Clo, mars 2025, France
« Joël Riff, à qui nous avions déjà consacré un portrait il y a dix ans en juillet 2015 en tant que commissaire d’exposition et chargé de communication pour la résidence d’artistes Moly-Sabata, a grimpé les marches du monde de l’art depuis, jusqu’à acquérir une grande renommée en France et à l’étranger »

Le Monde
Pélagie Gbaguidi revisite son « Antre »
par Emmanuelle Jardonnet, février 2025, France
« Il y avait deux foyers qui m’ont émus, deux chocs, avec des points et même des motifs communs : des pieds et des piètements, des corps et des membres, qu’ils soient objets ou figures peintes. Il y avait une évidence », confie Joël Riff, qui aime à mêler arts visuels et arts appliqués. »

Cult
Joël Riff : « La Verrière, c’est cette grande plateforme où tout semble possible »
par Amélie Blaustein-Niddam, janvier 2025, France
« Ma manière consiste à respecter cette plateforme ouverte, tout en apprenant progressivement à mieux comprendre où elle se situe. Il y a toujours cette réflexion sur le voisinage : où sommes-nous, qu’avons-nous à portée de main, qu’est-ce qui nous entoure ? »

Harper’s Bazaar
À Bruxelles, les mises en pli d’Emmanuelle Castellan
par Justine Sebbag, juillet 2024, France
« Avec « Spektrum », Joël Riff parvient à immerger le spectateur au cœur même de sa démarche faite de couches successives. Par-delà la singularité de chaque œuvre se dessine en filigrane le portrait énigmatique et onirique de l’exploratrice inlassable qu’est Emmanuelle Castellan. »

Le Quotiden de l’art
Castellan, jeu collectif
par Rafael Pic, juillet 2024, France
« Elle fait et défait sans arrêt, tout et n’importe quoi, une chose et son contraire, jusqu’à ce que ça tienne », écrit le commissaire Joël Riff, dont c’est la cinquième exposition à La Verrière. Dans un monde qui, après des décennies de productivisme et d’hymne à la croissance, prend le goût (encore relatif) de la décroissance, du statu quo, de la frugalité, le modus operandi d’Emmanuelle Castellan (ajouter, soustraire, repeindre, effacer) résonne avec des inquiétudes éternelles, mais aussi avec des angoisses très contemporaines. »

Un certain regard sur la culture
Cristof Yvoré, la peinture intérieure
par Guillaume Lasserre, octobre 2023, France
« Après Marion Verboom, qui ouvrait magistralement la programmation de Joël Riff par une célébration plurielle de la sculpture, et Anne-Marie Laureys dont la pratique vient bouleverser le travail séculaire de la poterie, c’est donc la peinture qui est célébrée dans une exposition posthume. »

Naver Design Press
Nature morte silencieuse de Crisof Yvoré
par Yvette Yang, septembre 2023, Corée du Sud
« L’espace d’exposition avec ses treize peintures à l’huile, offre une sérénité remarquable. Joël Riff a agencé les œuvres de l’artiste par ordre chronologique, couvrant les vingt dernières années. »

Naver Design Press
La deuxième exposition de la Fondation Hermès en 2023, Bise
par Yvette Yang, juin 2023, Corée du Sud
« De plus, sur la suggestion de Joël Riff qui insiste pour que chaque objet exposé ait une fonction, des socles et chaises en nombre ont été transportés directement depuis l’atelier. Ainsi, au-delà des œuvres elles-mêmes, l’exposition présente des objets portant les traces d’une utilisation réelle, offrant l’opportunité de plonger au cœur de la vie de l’artiste. »

Naver Design Press
Quelle est la première exposition présentée par Joël Riff, le nouveau commissaire de La Verrière ?
par Yvette Yang, février 2023, Corée du Sud
« Elle restera gravée dans les mémoires comme une scène d’une grande beauté et d’une grande fraîcheur, où se mêlaient autant d’émotions que de textures, de couleurs, de formes et de techniques variées qui se déployaient dans l’espace d’exposition »

Toute La Culture
Joël Riff nommé commissaire d’exposition à La Verrière de Bruxelles
par Noémie Wuchsa, septembre 2022, France
« Il ne serait pas insensé de qualifier Joël Riff de couteau-suisse artistique. »

The Art Newspaper
Joël Riff est nommé commissaire des expositions de La Verrière à Bruxelles
par Philippe Régnier, septembre 2022, France
« Après le départ pour le Palais de Tokyo de Guillaume Désanges, qui y a orchestré trois cycles d’expositions de 2013 à 2022, La Verrière, espace d’expositions de la Fondation d’entreprise Hermès à Bruxelles, a choisi son nouveau commissaire : Joël Riff. Ce dernier est appelé à y proposer un programme associant arts visuels et arts appliqués. »

En revenant de l’expo !
Tarasque et silures, une proposition de Moly-Sabata pour Art-o-rama 2022
par Jean-Luc Cougy, septembre 2022, France
« Construite avec beaucoup de soin, d’attention et de générosité, cette exposition était une des plus abouties et sans aucun doute la plus poétique de l’incontournable salon marseillais. Dans une scénographie irréprochable, Joël Riff a conçu un des plus beaux accrochages d’Art-o-rama 2022 »

Portrait de Xolo Cuintle

Xolo Cuintle est le nom du duo formé par Valentin Vie Binet et Romy Texier depuis 2020. Personne ne sait le prononcer, alors chacun le dit à sa manière. Et cette ambiguïté doit leur plaire. Le trouble provoqué par ce pseudonyme est à l’image d’une pratique qui esquive les catégories, en embrassant toutes celles qui viseraient à réduire un décor. Leur production frôle les définitions, du design d’espace à la sculpture, flirtant amplement avec l’usage. Xolo Cuintle imagine dans un héritage direct des arts décoratifs, des œuvres originales en dialogue avec les commanditaires qui rythment leur parcours naissant. Et si certains contours rappellent des éléments du travail de Laure Prouvost, c’est que Xolo Cuintle en est tout simplement à l’origine. La figure internationale, identifiée pour son fonctionnement tentaculaire, leur accorde sa confiance pour façonner librement une partie de son œuvre sculptural. C’est d’abord Valentin Vie Binet qui intègre en 2018 le studio pour l’assister à la réalisation de tapisseries, notamment dans le cadre de sa monographie au Palais de Tokyo. En 2019, à l’occasion de sa participation à La Biennale de Venise, celle qui représente la France en son pavillon lui demandera avec Jan Van Den Bosch de réaliser un environnement inspiré du Palais idéal du Facteur Cheval, destiné à accueillir le public lors de la projection d’un film réalisée en partie sur le site. Et toujours pour le compte de l’artiste, Romy Texier rejoindra son partenaire en 2020 afin de sculpter ensemble une porte monumentale en ciment pour l’événement Nuit Blanche. Depuis, une intime relation de complicité s’est installée et Xolo Cuintle continue à développer des productions commandés au fil des projets, tout en affirmant sa propre signature.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr

Portrait des Crafties

Jeanne Martin-Taton et Marie-Marie Vergne fondent leur studio en 2018, conjuguant d’importants bagages en arts appliqués acquis au fil de formations dans des écoles prestigieuses à Paris, Genève et Bruxelles. Révélées par la villa Noailles lors du festival Design Parade Toulon 2018 dont elles sont finalistes, elles collaborent depuis avec une diversité de contextes et de commanditaires. Elles répondent ainsi à des invitations d’India Mahdavi, de Claude Cartier ou d’Hermès à concevoir des environnements à la volupté caractéristique. Leur vocabulaire se distingue par sa fougue plastique et l’utilisation systématique de matériaux souples, généralement des rebuts de l’industrie du vêtement revalorisés. Un goût pour le décoratif s’exprime sans complexe par la synthèse de recherches sur la tapisserie, la peinture, et les arts qui vont au mur. Le binôme œuvre par le patchwork et l’appliqué pour confectionner à quatre mains des fresques textiles, avec une prédilection pour le grandiloquent. Une surface ornementale se déploie. À la fois toile de fond et rideau de scène, la pièce iconique de leur répertoire consiste en un vaste panoramique activant le théâtre domestique.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr

Portrait de Claudine Monchaussé

Claudine Monchaussé déploie depuis six décennies un travail de la terre d’une grande constance. L’argile bien que cuite, demeure nue, et affiche la flagrance d’une humanité offerte. Toujours, les principes de fertilité animent ses statures verticales, furieusement dressées à travers les âges. Aucune reconnaissance institutionnelle, ni prix, ni monographies, n’ont jusque-là célébré sa production développée avec détermination depuis un atelier tapissé d’images de vierges et de taureaux, sans se soucier des validations extérieures. La détermination de l’artiste s’apparente à la fierté immuable de ses figures. Bien qu’installée dans le mythique village de potiers de La Borne, dans le centre de la France au nord de Bourges, Claudine Monchaussé n’adhère pas à l’association qui en fédère toutes les autres adresses. Elle se tient à l’écart de tout, et c’est là qu’il faut aller à sa rencontre, au fond de son jardin, où patiente un autel près duquel l’artiste apparaît parfois lorsqu’on la cherche. Et plusieurs personnalités s’y sont aventurées ces temps-ci, telles que les artistes, designers ou commissaires Benoît Maire, Julien Carreyn, Pascal Yonet, matali crasset et Renaud Regnier avec lesquel·le·s je forme le comité encore restreint d’adeptes ayant été envoûté par l’exceptionnelle qualité de céramiques, couronnées par la sensibilité d’une artiste, que le pays ne peut pas continuer à ignorer.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr

Portrait de Jean-Jacques Gentil

Jean-Jacques Gentil est maître en terre sigillée. En France, une quinzaine de céramistes perpétueraient cette technique chérie par les étrusques et célébrée durant toute l’Antiquité occidentale, puis oubliée par l’humanité durant des millénaires jusqu’à ce qu’on en pénètre à nouveau les secrets durant la deuxième moitié du siècle passé. Jean-Jacques Gentil est alors ingénieur agricole, et va se faire licencié pour être en désaccord éthique avec son patron. Il commence à pratiquer le grès utilitaire en autodidacte, jeune père devant s’inventer une source de revenus à l’orée des années 1970. Trois décennies de labeur suivront jusqu’à l’opportunité d’une étude sur les matériaux céramiques portée par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières auquel il participe en tant que bénévole. L’initiative consiste en la valorisation des sous-produits de carrières, ce qui lui fait rencontrer diverses qualités de terre qu’il commence à cueillir en consignant leur exacte localisation. Il dispose aujourd’hui d’une collection de 170 argiles méticuleusement répertoriées dans un carnet, et pas une de plus puisque ses pages sont maintenant pleines. Chacune est conservée dans une bouteille en plastique d’un litre et demi, quantité bien suffisante pour les quelques microns qui forment cette peau satinée si caractéristique. L’artisan expérimente l’infini variété des rendus, avec ou sans gazette, selon mille atmosphères dans son nouveau petit four à bois qui carbure. Il vient en effet de quitter l’Auvergne pour emménager à Saint-Julien-Molin-Molette en plein Pilat. Parmi ses trésors, patiente un sublime contenant, marqué par un œil dessiné par le jeu des flammes. « Le feu m’a fait un beau cadeau » dit le potier. Sous l’objet, à côté de sa signature, est gravée l’inscription « 5 F 157/2 », un code permettant de décrire systématiquement chaque pièce. En l’occurrence, celle-ci a été obtenue avec cinq kilos (5) de faïence (F) engobée de terre récoltée à Souvigny dans le Bourbonnais (157) par deux couches (2). L’opération nécessite quatre cuissons. Son couvercle est encore assez mobile car il est conçu pour être scellé. Il s’agit d’une urne funéraire. En visite à son atelier, Jean-Jacques Gentil me confie que c’est la sienne. Et qu’il s’en était façonné deux, ainsi si l’une part, il lui restera l’autre.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr

Service de terre vernissée

On la traite de pâte à modeler décorée au vernis à ongle et cuite au soleil. C’est dire combien elle est moquée au sein-même du monde de la céramique. La terre vernissée, joyeuse et utile, rayonne de tout ce qu’on lui reproche, si sud, si colorée. Elle se caractérise par sa monocuisson économique, sa sulfureuse couverte d’alquifoux et sa bonne humeur serviable. Il me semble incontournable que les collections nationales témoignent de l’humilité de cette vaisselle de tradition paysanne, principalement tournée, déclinant un répertoire de formes à partir du principe ancestral du pot. Ainsi, les quarante-huit pièces réunies pour composer ce service incarnent l’actualité d’une technique à travers deux ateliers, mis en perspective de deux figures maintenant historiques. Ces quatre signatures affichent la permanence d’une pratique dans sa diversité, et dessinent une constellation professionnelle et sentimentale. Héloïse Bariol (1983) est passée se former chez Jean-Jacques Dubernard (1955) alors installé dans la mythique Poterie de Chals à Roussillon dans la Vallée du Rhône, où Gérard Lachens (1929-2016) avait lui-même effectué un stage en 1950. Leur ami David Miller (1942-2008) les accompagne par la picturalité enlevée de ses décors. Bols, pichets, saladiers, plats, assiettes, écuelles, bougeoirs, vases et quelques pièces excentriques offrent un panorama unique et généreux sur ce savoir-faire, seulement représenté à ce jour au sein de la collection du Cnap par une quinzaine d’éléments, dont très peu sont utilitaires. À table !

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2022 Cnap.fr

Attirail de grès

Ce nécessaire, l’est. La cuisson à haute température assure une solidité à l’épreuve de la vie courante. Férocement utilitaire, l’arsenal trônait dans les cuisines et continue aujourd’hui à fasciner par la simplicité de ses formes, par l’évidence de sa réalité. Le grès coriace se ferme pour mieux contenir et résister, en traversant une fournaise alchimique obtenue au gaz ou au bois. Il aura connu la flamme. Le chêne permettra des dépôts de cendre foncés, avec du charme, des nuances rosées, avec du sapin, une tonalité bleutée et lumineuse. La terre est préparée pour être nourrie, voire directement récoltée. Les émaux sont conçus selon des recettes qu’on se partage. Voilà une poterie qui paraît aussi bien coréenne que berrichonne. Elle bénéficie de cette sophistication d’être populaire de partout. Notre panoplie se constitue de quarante-huit éléments de vaisselle, augmentés par deux pièces iconiques, à savoir des assiettes, gobelets, bols, saladiers, cruches, plats, écuelles, coupe à fruits, cruche à distiller, pots à graisse, huiliers et porte-dîner, avec une théière et un pichet en bonus. Tout sert. Magali Wagner (1980) a eu pour tuteur lors de sa formation Michel Cohen (1958) connu pour sa production au four anagama dans les Hautes-Alpes. Dauphine Scalbert (1955) et Lulu Rozay (1931) ont respectivement installé leurs feux en Puisaye et à La Borne, deux hauts lieux en la matière. Différentes générations et géographies convergent vers une passion pour l’usage, et sa traduction dans des contours furieusement ancrés dans un répertoire traditionnel constamment actualisé. Au sein des collections du Cnap, à l’autre bout de l’échelle des températures en céramique, et ailleurs en termes de rusticité, cet « Attirail de grès » complétera à merveille le « Service de terre vernissée » acquis en 2022.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2024 Cnap.fr

Portrait d’Anne Verdier

Anne Verdier se permet tout. Dans son four, elle fait ce qu’on empêche ailleurs. Cet antre est son atelier. Elle y entre. Cinq murs scellés d’un sixième définissent sa liberté. Elle l’a construit il y a quinze ans avec la complicité de son père, chaudronnier. C’est un moyen pour cuire gros, un bon mètre cube, à cœur, seule ou presque. Ce modèle Fehler permet une grande autonomie grâce à un alandier unique ne nécessitant aucune équipe. La combustion au bois, en y jetant de grosses branches sans besoin de les fendre, voire de la palette, est amplifiée par de l’air pulsé. On lui souffle dans les bronches. Après vingt-quatre heure jusqu’à 1300°, le chaos s’offre en un épais gisement coloré aux céladons traditionnels et pigments industriels, à extraire à la barre à mine. La céramiste sculpte doublement, en façonnant le mou puis en taillant le dur. Elle transforme ainsi l’argile et toutes les matières qui fondent plus ou moins à haute température en ce foyer qu’elle a fondé à Saint-Victor-sur-Rhins dans la Loire en pleine campagne. C’est par là, au bord d’une route qu’elle emprunte depuis toute petite, qu’émerge sa série « Lignes » sur un flanc rocheux. La formation volcanique date de la fin de l’ère primaire, et présente des arrêtes verticales très graphiques. On suit les failles. Elle en prend l’empreinte en pressant deux cents kilos de porcelaine recyclée et préparée au pied. L’estampage est un procédé essentiel, qui s’appuie sur des choses existantes. Ainsi, l’artiste cherche à saisir ce qui est à sa portée, le monde. Elle colle à la réalité autour de l’atelier, et s’autorise à en faire ce qu’elle veut. Tout a fondu, encore une fois.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2024 Cnap.fr

Portrait de Philippe Godderidge

Philippe Godderidge est potier-paysan. Il écrit aussi. Il y a un demi-siècle, il quitte Paris pour installer son activité et sa famille dans la campagne normande. Fallait y aller, et un peu tout casser. Romantique et punk, il affirme une terre charnelle. Ça semble juste. La basse température chamarrée lui paraît plus légère, fragile, joyeuse, picturale, plus humaine, et offre un champs alternatif d’expérimentation loin des territoires de ses idoles. Ailleurs. Tout en vendant la viande des bovins qu’il élève, il construit une façon de travailler la chair s’approchant davantage de la peinture que de la poterie qu’il avait apprise, sans école, en atelier. Il monte ainsi les couleurs comme un peintre, de cuisson en cuisson, dans un petit four à gaz qui lui permet de multiplier les couches et les palettes. L’œil en caresse les strates. Toutes se lisent dans l’ordre de leur application, avec pour règle de toujours laisser apparent un bout d’argile nue, de toile vierge. Sa matière est très chamottée pour supporter au mieux les aléas de températures un peu brutales. S’il pose deux morceaux côte à côte, ça va tenir. Et y a une vraie richesse de couleurs là-dedans. La série « Roseraie » témoigne de la fascination du céramiste pour le Vert de cuivre des terres vernissées anciennes, qui trouvent leurs racines partout. La forme devient motif. La pause de l’émail n’est jamais soignée. L’image bucolique assez banale se présente en chantier. Il y a trace de tout, avec l’assurance de mettre un peu de bazar dans le décoratif. De liberté.

→ Rédigé à l’occasion de la commission d’acquisition Arts décoratifs, design et métiers d’art 2024 Cnap.fr