Une suite de cinquante-cinq expositions avec Caroline Achaintre, Nadia Agnolet, Cemil Aliyev, Amandine Arcelli, Carlotta Bailly-Borg, Jonathan Baldock, Ranti Bam, Raphaël Barontini, Eva Barto, Gilka Beclu-Geoffray, Jean-Baptiste Bernadet, Hélène Bertin, Mireille Blanc, Océane Bruel, Sebastian Buerkner, Julien Carreyn, Emmanuelle Castellan, Geneviève de Cissey, Matthieu Cossé, Sylvain Couzinet-Jacques, Anne Dangar, Émile Degorce-Dumas, Charlotte Denamur, Jean-Jacques Dubernard, Florent Dubois, Adélaïde Fériot, Diego Guglieri Von Dito, Neil Haas, Hippolyte Hentgen, Evie Hone, Anthony Jacquot-Boeykens, Chloé Jarry, Sophie Lamm, Amélie Lucas-Gary, René Pascal, Émilie Perotto, Nathalie Pouzet, Robert Mallet-Stevens, Colombe Marcasiano, Marianne Marić, Maude Maris, Simon Martin, Étienne Mauroy, Lindsey Mendick, Gabriel Méo, Stéphane Moreaux, Charlotte Moutou, Alexandre Benjamin Navet, Eva Nielsen, Camila Oliveira Fairclough, Guillaume Pinard, Octave Rimbert-Rivière, Juliette Roche, Muriel Rodolosse, Emmanuelle Roule, Éléonore Saintagnan, Lina Scheynius, Varda Schneider, Apolonia Sokol, Maxime Thieffine, Sarah Tritz, Henri Ughetto, Emmanuel Van der Meulen, Pierre Unal-Brunet, Céline Vaché-Olivieri, Benjamin Valenza, Albert Vallet, Marion Verboom, Marine Wallon, Elsa Werth et Rafal Zajko
du 17 mars au 10 mai 2020
en confinement à Sablons
Faire une exposition par jour au moins, est mon engagement depuis le 27 septembre 2004, et il en a été ainsi. Dans le strict respect des mesures de confinement, j’ai décidé de fabriquer cet accrochage quotidien. Le projet se construira au jour le jour en associant deux œuvres choisies dans ma proximité. Et si nous ne pouvons plus pour l’instant entrer en contact, elles le peuvent.
Auteur : Joël Riff
La fabrique Nomade, du cœur à l’ouvrage
En devant tout quitter, beaucoup de migrants doivent aussi abandonner leur savoir-faire. L’urgence sacrifie les compétences d’hommes et de femmes, reléguant leurs talents aux frontières. La fabrique Nomade favorise depuis 2016 l’insertion professionnelle d’artisans d’art réfugiés. En deux années, l’association a déjà accompagné quinze personnalités à retrouver leur vrai métier.
Lhamo Jigme a suivi une formation de création de perles en verre filé. Elle en façonne jusqu’à soixante par jour de couleurs et de motifs variés pour le domaine du bijou. Fayun Yang a suivi des études universitaires de céramique, qu’il enseigne en plus d’élaborer son propre travail. Il pratique aussi la peinture et la gravure sur cuivre. Yasir Elamine est diplômé des Beaux-Arts. Il ouvre en 1994 le premier atelier de poterie de sa ville et est professeur à l’université auprès de femmes déficientes mentales et malvoyantes. Ils ont dix, vingt, vingt-cinq ans d’expérience et ont respectivement fui le Tibet, la Chine et le Soudan, au risque de renoncer à la dextérité qui les faisait vivre. Aujourd’hui, tous trois l’exercent en France, et la partagent.
La fabrique Nomade propose un programme inédit de valorisation, d’autonomisation et d’adaptation au contexte économique, culturel et réglementaire du pays. Des sessions annuelles se constituent à partir de candidatures disposant déjà de titre de séjour et d’autorisation de travail, notamment orientées par des centres d’hébergement, Pôle Emploi ou des cours de français. Une part encourageante de demandes indépendantes témoigne aussi de la diffusion croissante de l’information. L’accompagnement est complété par des ateliers de pratique animés par les artisans-mêmes, une collection d’objets issus de collaboration avec des designers bénévoles, relayée par la presse et les grands salons. Au-delà de sa dimension humaniste et l’évidente richesse qu’apporte la migration, l’association base son action sur une flagrante qualité de facture, et œuvre à briser les murs parfois dressés face à l’excellence.
La fabrique Nomade, Viaduc des Arts, 1 bis avenue Daumesnil, Paris. Tél : 01 45 85 79 18 http://lafabriquenomade.com
→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #226 Mai-Juin 2019

Neïl Beloufa
Compère Neïl ici, offre son premier solo,
Ayant nouvellement rejoint la galerie.
Kamel découvre ainsi son espace du haut,
Tout pointillé d’objets petits.
On est rue du Pont de Lodi, et c’est en-bas
Dans le plus grand volume de Monsieur Mennour,
Que nous plongeons dans une ampleur privée de jour,
Excité.e.s par une immersion multi-média.
Là, un mobilier toujours accueillant,
Se déploie pour mieux recevoir notre séant,
Et, à la fois, de quoi animer les écrans.
Un cœur, et sa périphérie.
Tout le pourtour est sectionné, en grille.
Et par cet épais séquençage,
Serti d’un nerd appareillage,
Une fable électrique se hisse,
Contée par une immatérielle narratrice.
Pour notre joie, pour ces strates, merci Eva,
Mieux vaut être plusieurs pour jouir de Beloufa.
En effet, c’est un genre de jeu,
De ces divertissements couplant les visions
Un kaléidoscope à activer à deux,
D’un regard à l’autre, superposant les options.
À chacun et chacune de se laisser aller,
En toute confiance avec notre hôte éclairé.
Car personne en ce frétillant boudoir
Ne partagera, ni les clés
Ni la morale de l’histoire.
→ Publié dans Temple Magazine #8 Crash
Duetto
Une suite d’expositions avec pour l’instant Caroline Achaintre, Nadia Agnolet, Cemil Aliyev, Amandine Arcelli, Carlotta Bailly-Borg, Jonathan Baldock, Ranti Bam, Raphaël Barontini, Eva Barto, Gilka Beclu-Geoffray, Jean-Baptiste Bernadet, Hélène Bertin, Mireille Blanc, Océane Bruel, Sebastian Buerkner, Julien Carreyn, Emmanuelle Castellan, Geneviève de Cissey, Matthieu Cossé, Sylvain Couzinet-Jacques, Anne Dangar, Émile Degorce-Dumas, Charlotte Denamur, Jean-Jacques Dubernard, Florent Dubois, Adélaïde Fériot, Diego Guglieri Von Dito, Neil Haas, Hippolyte Hentgen, Evie Hone, Anthony Jacquot-Boeykens, Chloé Jarry, Sophie Lamm, Amélie Lucas-Gary, René Pascal, Émilie Perotto, Nathalie Pouzet, Robert Mallet-Stevens, Colombe Marcasiano, Marianne Marić, Maude Maris, Simon Martin, Étienne Mauroy, Lindsey Mendick, Gabriel Méo, Stéphane Moreaux, Charlotte Moutou, Alexandre Benjamin Navet, Eva Nielsen, Camila Oliveira Fairclough, Guillaume Pinard, Octave Rimbert-Rivière, Juliette Roche, Muriel Rodolosse, Emmanuelle Roule, Éléonore Saintagnan, Lina Scheynius, Varda Schneider, Apolonia Sokol, Maxime Thieffine, Sarah Tritz, Henri Ughetto, Emmanuel Van der Meulen, Pierre Unal-Brunet, Céline Vaché-Olivieri, Benjamin Valenza, Albert Vallet, Marion Verboom, Marine Wallon, Elsa Werth et Rafal Zajko
du 17 mars jusqu’à la fin du confinement national le 10 mai 2020
à Sablons
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Maintenant que nous sommes toutes et tous isolé.e.s, je vous fait part d’une récente intuition que je concrétise aujourd’hui. Faire une exposition par jour au moins, est mon engagement depuis le 27 septembre 2004, et il en a été ainsi. Il me semble essentiel en toute circonstance de continuer à partager l’art en tant qu’expérience sensible. Dans le strict respect des mesures de confinement, j’ai décidé de fabriquer cet accrochage quotidien, et d’en partager avec vous quelques images. Le projet s’intitule « Duetto » et se construira au jour le jour en associant deux œuvres choisies dans ma proximité. Et si nous ne pouvons plus pour l’instant entrer en contact, elles le peuvent.
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We are now all shut in, and I would like to share with you an intuition I’ve got for some days, that I made come true today. To do a show a day at least, is my credo since 27 September 2004, and it has been so. It seems important in any circumstance to keep sharing art as a sensitive experience. In the strict observation of the lockdown rules, I decided to make this daily display, and to share with you some installation shots. The project is titled « Duetto » and will be built day after day by putting together two artworks chosen around me. As we are not allowed to be in touch at the moment, they can.
Duetto #1 Jonathan Baldock | Marion Verboom
Duetto #2 Nathalie Pouzet | Apolonia Sokol
Duetto #3 Hélène Bertin | Lina Scheynius
Duetto #4 Maude Maris | Étienne Mauroy
Duetto #5 Raphaël Barontini | Henri Ughetto
Duetto #6 Geneviève de Cissey | Emmanuel Van der Meulen
Duetto #7 Matthieu Cossé | Éléonore Saintagnan
Duetto #8 Carlotta Bailly-Borg | Anne Dangar
Duetto #9 Amélie Lucas-Gary | Marine Wallon
Duetto #10 Nadia Agnolet | Cemil Aliyev
Duetto #11 Mireille Blanc | Marianne Marić
Duetto #12 Jean-Baptiste Bernadet | Charlotte Denamur
Duetto #13 Émilie Perotto | Sarah Tritz
Duetto #14 Florent Dubois | Lindsey Mendick
Duetto #15 Jean-Baptiste Bernadet | Eva Nielsen
Duetto #16 Sebastian Buerkner | Étienne Mauroy
Duetto #17 Jagna Ciuchta | Auguste Marimon
Duetto #18 Nadia Agnolet | Alexandre Benjamin Navet
Duetto #19 Chloé Jarry | Camila Oliveira Fairclough
Duetto #20 Diego Guglieri Von Dito | Étienne Mauroy
Duetto #21 Émilie Perotto | Marianne Marić
Duetto #22 René Pascal | Octave Rimbert-Rivière
Duetto #23 Gilka Beclu-Geoffray | Rafal Zajko
Duetto #24 Carlotta Bailly-Borg | Sophie Lamm
Duetto #25 Sebastian Buerkner | Simon Martin
Duetto #26 Florent Dubois | Benjamin Valenza
Duetto #27 Jean-Jacques Dubernard | Marianne Marić
Duetto #28 Jean-Baptiste Bernadet | Guillaume Pinard
Duetto #29 Anthony Jacquot-Boeykens | Stéphane Moreaux
Duetto #30 Maxime Thieffine | Henri Ughetto
Duetto #31 Geneviève de Cissey | Colombe Marcasiano
Duetto #32 Cyril Hatt | Fabrice Hyber
Duetto #33 Jean-Baptiste Bernadet | Robert Mallet-Stevens
Duetto #34 Hippolyte Hentgen | Chloé Jarry
Duetto #35 Raphaël Barontini | Muriel Rodolosse
Duetto #36 Sylvain Couzinet-Jacques | Robert Mallet-Stevens
Duetto #37 Julien Carreyn | Gabriel Méo
Duetto #38 Geneviève de Cissey | Charlotte Moutou
Duetto #39 Saâdane Afif | Gilka Beclu-Geoffray
Duetto #40 Pierre Unal-Brunet | Céline Vaché-Olivieri
Duetto #41 Emmanuelle Castellan & Adélaïde Fériot | Émile Degorce-Dumas
Duetto #42 Geneviève de Cissey | Elsa Werth
Duetto #43 Pierre Darel | Étienne Mauroy
Duetto #44 Océane Bruel | Emmanuelle Roule
Duetto #45 Amandine Arcelli | Diego Guglieri Von Dito
Duetto #46 Marianne Marić | Varda Schneider
Duetto #47 Eva Barto | Apolonia Sokol
Duetto #48 Gabriel Méo | P.
Duetto #49 Ranti Bam | Evie Hone
Duetto #50 Caroline Achaintre | Juliette Roche
Duetto #51 Anne Dangar | Colombe Marcasiano
Duetto #52 Alexandre Benjamin Navet | Albert Vallet
Duetto #53 Carlotta Bailly-Borg | Hippolyte Hentgen
Duetto #54 Geneviève de Cissey | Neil Haas
Duetto #55 Jean-Baptiste Bernadet | Octave Rimbert-Rivière
Duetto #1 Jonathan Baldock | Marion Verboom
↓ Jonathan Baldock, Untitled, 15 x 15 x 3.5 cm, céramique, 2018 | Marion Verboom, Sans titre, 13 x 11 x 6 cm, céramique, 2018







Duetto #2 Nathalie Pouzet | Apolonia Sokol
↓ Nathalie Pouzet, Sans titre, 19 x 7.5 x 3 cm, terre vernissée, années 2000 | Apolonia Sokol, Médusa, 27 x 35 x 4 cm, huile sur toile, 2016







Duetto #3 Hélène Bertin | Lina Scheynius
↓ Hélène Bertin, Roulé du dehors au dedans, 9 x 10 x 20 cm, faïence émaillée, 2020 | Lina Scheynius, from The Flowers Serie, tirage photographique, 10 x 15 cm, 2017-18







Duetto #4 Maude Maris | Étienne Mauroy
↓ Maude Maris, Huit objets deux fossiles fond brun, 21 x 16 x 1.5 cm, huile sur toile, 2013 | Étienne Mauroy, de la série Quarante-neuf, 16 x 18 x 18 cm, grès engobé, 2019







Duetto #5 Raphaël Barontini | Henri Ughetto
↓ Raphaël Barontini, pour Les Belles Transparences, 18x 24 cm, risographie, 2019 | Henri Ughetto, Sans titre, 10 x 11 x 1 cm, encre sur coquille, non daté







Duetto #6 Geneviève de Cissey | Emmanuel Van der Meulen
↓ Geneviève de Cissey, plat, 34 cm de diamètre, terre vernissée, années 1980 | Emmanuel Van der Meulen, 16 x 21 x 2 cm, huile sur toile, 2013







Duetto #7 Matthieu Cossé | Éléonore Saintagnan
↓ Matthieu Cossé, Étude de radis, 15 x 18 cm, gouache sur carton, 2019 | Éléonore Saintagnan, 11 cm de diamètre x 5 cm, céramique émaillée, 2018







Duetto #8 Carlotta Bailly-Borg | Anne Dangar
↓ Carlotta Bailly-Borg, Pour Joël, 36.5 x 32 cm, encre, aquarelle, 2018 | Anne Dangar, décor du banc à battre de sa poterie, terre vernissée, 159 x 53 cm, années 1940







Duetto #9 Amélie Lucas-Gary | Marine Wallon
↓ Amélie Lucas-Gary, Sans titre (extrait de Cosmos), 27 cm de diamètre x 3 cm, argile rouge cuite, 2013 | Marine Wallon, Pilateus, 40 x 55 cm, huile sur toile, 2019







Duetto #10 Nadia Agnolet | Cemil Aliyev
↓ Cemil Aliyev, In, 13 x 17 cm, tirage pigmentaire, 2019 | Nadia Agnolet pour Bernard, Repose-chose, 9 x 9 x 9 cm, céramique émaillée, 2019







Duetto #11 Mireille Blanc | Marianne Marić
↓ Mireille Blanc, Morhange, 35 x 45 cm, alugraphie sur papier calque, 2014 | Marianne Marić, Jules, 23.5 x 30 cm, tirage argentique, 2018







Duetto #12 Jean-Baptiste Bernadet | Charlotte Denamur
↓ Jean-Baptiste Bernadet, Sans titre (Toucher l’une sans faire bouger l’autre), 16 cm de diamètre, huile sur polystyrène, 2014-19 | Charlotte Denamur, Fantôme vermeil, 13 x 11 cm, vinylique et acrylique sur toile, 2017







Duetto #13 Émilie Perotto | Sarah Tritz
↓ Émilie Perotto, Jusqu’à m’enfoncer sous terre, 25 x 7 x 7 cm, fonte d’aluminium, 2016 | Sarah Tritz, Sans titre, 22 x 30 cm, gouache sur papier, 2013







Duetto #14 Florent Dubois | Lindsey Mendick
↓ Florent Dubois, Lavande, 24 x 28 x 32 cm, faïence émaillée, 2017 | Lindsey Mendick, Shellfish bitch, 101 x 113 cm, peinture et matériaux divers sur tissu, 2016







Duetto #15 Jean-Baptiste Bernadet | Eva Nielsen
↓ Jean-Baptiste Bernadet, Sans titre, 12.5 x 17.5 cm, huile et laque sur panneau de bois, 2018 | Eva Nielsen, Mellomweien, 24.5 x 20 cm, encre, toner et aquarelle sur papier, 2013







Duetto #16 Sebastian Buerkner | Étienne Mauroy
↓ Sebastian Buerkner, cup, 6.5 x 7 x 7.5 cm, céramique tournée émaillée, 2018 | Étienne Mauroy, de la série Quarante-neuf, 7.5 x 8 x 8.5 cm, grès, 2019







Duetto #17 Jagna Ciuchta | Auguste Marimon
↓ Jagna Ciuchta, Un vide-poche, première céramique de dimanche, 12 x 14 x 5 cm, grès cru, 2019 | Auguste Marimon, St-Peray La Savere 120′, 23.5 x 31 cm, aquarelle et encre sur papier, année 1950







Duetto #18 Nadia Agnolet | Alexandre Benjamin Navet
↓ Nadia Agnolet pour Bernard, Le caillou, 7 x 9 x 10 cm, céramique émaillée, 2019 | Alexandre Benjamin Navet, 14.8 x 20.8 cm, pastels et risographie sur papier, 2019







Duetto #19 Chloé Jarry | Camila Oliveira Fairclough
↓ Chloé Jarry, Anneau, 7 x 8 x 4 cm, grès noir, engobe, 2017 | Camila Oliveira Fairclough, Everybody’s Looking For Something, 36 x 41.5 cm, sérigraphie sur sac en toile, éditions La Salle de bains (Lyon), réalisation Atelier Arcay, 2019







Duetto #20 Diego Guglieri Von Dito | Étienne Mauroy
↓ Diego Guglieri Von Dito, MS #4-1, 48 x 48 x 15 cm, acrylique sur coussin, 2019 | Étienne Mauroy, de la série Quarante-neuf, 8 x 8 x 9.5 cm, grès engobé, 2019







Duetto #21 Émilie Perotto | Marianne Marić
↓ Émilie Perotto, À cœur vaillant, 135 x 230 x 120 cm, granit, 2016 | Marianne Marić, de la série Nus, 10 x 15 cm, carte postale, 2009







Duetto #22 René Pascal | Octave Rimbert-Rivière
↓ René Pascal, Composition (Hommage à Albert Gleizes, mon maître et ami), 80 x 110 cm, huile sur toile, 1955 | Octave Rimbert-Rivière, Le fragment intact, dimensions variables, porcelaine émaillée acheminée par La Poste, 2016







Duetto #23 Gilka Beclu-Geoffray | Rafal Zajko
↓ Gilka Beclu-Geoffray, D’après Le Pape et l’Empereur d’Albert Gleizes, 210 x 120 cm, laine, 1991 | Rafal Zajko, Brutalist Bangle (white), 11.8 x 9.7 x 0.7 cm, jesmonite, 2018







Duetto #24 Carlotta Bailly-Borg | Sophie Lamm
↓ Carlotta Bailly-Borg, Moisson (détail), dimensions variables, acrylique sous verre monté sur mobilier, 2018 | Sophie Lamm avec la complicité de Martin Oullié, série Les Paresseux, 2.3 cm de diamètre, porcelaine émaillée, 2015 Éditions We Do Not Work Alone







Duetto #25 Sebastian Buerkner | Simon Martin
↓ Sebastian Buerkner, bowl, 16 x 15.5 x 6.5 cm, céramique émaillée, 2018 | Simon Martin, Étude I, cours d’Apolonia jour II, 14.5 x 18 cm, huile sur toile, 2019







Duetto #26 Florent Dubois | Benjamin Valenza
↓ Florent Dubois, Une petite grotte, 25 x 18 x 20 cm, céramique émaillée, 2016 Co-production CAB Grenoble et Moly-Sabata | Benjamin Valenza, Fétiche Fluxus, 8 x 2.5 x 1 cm, sérigraphie sur briquet, 2016 Production Triangle France







Duetto #27 Jean-Jacques Dubernard | Marianne Marić
↓ Jean-Jacques Dubernard, bol, 10 x 10 x 5.5 cm, terre vernissée, 2017 | Marianne Marić, La Pudique Insolente, Sarajevo, 8.5 x 5.5 cm, photographie argentique, 2012







Duetto #28 Jean-Baptiste Bernadet | Guillaume Pinard
↓ Jean-Baptiste Bernadet, Sans titre, 11 x 12 x 13 cm, céramique émaillée, 2015 | Guillaume Pinard, Hanneton vole, 50 x 40 cm, huile sur carton entoilé, 2018







Duetto #29 Anthony Jacquot-Boeykens | Stéphane Moreaux
↓ Anthony Jacquot-Boeykens, Sans titre, 6 x 3 x 0.5 cm, plomb, 2016 | Stéphane Moreaux, Braiement en faveur d’un âne, 16 x 10 x 8 cm, grès passé par le feu du raku, 2013







Duetto #30 Maxime Thieffine | Henri Ughetto
↓ Maxime Thieffine, Carte, pour Mathieu Cénac, 8.5 x 5.5 cm, impression sur papier perforé, ruban adhésif, 2012 | Henri Ughetto, 7000 gouttes de sang, 17 x 29 x 13 cm, plastique, 2000







Duetto #31 Geneviève de Cissey | Colombe Marcasiano
↓ Geneviève de Cissey, plat, 43 cm de diamètre, terre vernissée, années 1980 | Colombe Marcasiano, Triangle bleu sur fond blanc, 20 x 21.5 x 3 cm, huile et acrylique sur bois, 2017







Duetto #32 Cyril Hatt | Fabrice Hyber
↓ Cyril Hatt, Miroir, tirages photographiques, agrafes, 2010 | Fabrice Hyber, Un écu, 2.5 cm, alliage de cuivre et de nickel, 1989-2015 Production Monnaie de Paris







Duetto #33 Jean-Baptiste Bernadet | Robert Mallet-Stevens
↓ Jean-Baptiste Bernadet, Sans titre (Moly-Sabata), 40 x 30 cm, huile sur toile, 2019 | Robert Mallet-Stevens, Grand fauteuil modèle Hamac, 92 x 78 x 79 cm, bois peint, toile à voile, édité par Pierre Dariel vers 1923







Duetto #34 Hippolyte Hentgen | Chloé Jarry
↓ Hippolyte Hentgen, Carte, pour David Desrimais, collage et impression sur carton, 2011 | Chloé Jarry, Fantome, 10 x 17 x 2.3 cm, grès, 2017







Duetto #35 Raphaël Barontini | Muriel Rodolosse
↓ Raphaël Barontini, Carte, pour Mathieu Cénac, 5.5 x 15.5 cm, peinture, passementerie et impression sur carton, 2011 | Muriel Rodolosse, Hercule assailli, 45 x 35 cm, peinture inversée sous plexiglas, 2013







Duetto #36 Sylvain Couzinet-Jacques | Robert Mallet-Stevens
↓ Sylvain Couzinet-Jacques, Heap (Footnotes), pour Outresol, 18 x 24 cm, tirage photographique, 2009 | Robert Mallet-Stevens, chevet, 40 x 45 x 72 cm, bois peint, édité par Pierre Dariel vers 1923







Duetto #37 Julien Carreyn | Gabriel Méo
↓ Julien Carreyn, calendrier, pour We Do Not Work Alone, 29.7 x 42 cm, impression contrecollée sur carton, 2018 | Gabriel Méo, Menu c #25, 18 x 16 x 10 cm, faïence émaillée, 2014







Duetto #38 Geneviève de Cissey | Charlotte Moutou
↓ Geneviève de Cissey, soupière, trois éléments, 29 x 29 x 20 cm, terre vernissée, après 1960 | Charlotte Moutou, Grenade, 9 x 9 x 1 cm, huile sur aggloméré, 2015







Duetto #39 Saâdane Afif | Gilka Beclu-Geoffray
↓ Saâdane Afif, Noir c’est noir, 1 x 15 x 2 cm, stylo, 2013 Production Lafayette anticipations | Gilka Beclu-Geoffray, D’après Les Baigneuses d’Albert Gleizes, 170 x 103 cm, canevas de laine réalisé avec la complicité des voisines de Moly-Sabata, 1991







Duetto #40 Pierre Unal-Brunet | Céline Vaché-Olivieri
↓ Pierre Unal-Brunet, Kyrule Vynitor, 116 x 90 x 75 cm, bois, toile de jute naturelle, gesso, acrylique, teinture, encre, peinture, aérosol et huile, 2020 | Céline Vaché-Olivieri, Play it as it lays (détail), 35 x 39 x 158 cm, grès émaillé, 2013







Duetto #41 Emmanuelle Castellan & Adélaïde Fériot | Émile Degorce-Dumas
↓ Emmanuelle Castellan & Adélaïde Fériot, Broadcast Posters #13, 48.5 x 66 cm, impression couleur sur papier, 2016 | Émile Degorce-Dumas, Carte, pour Mathieu Cénac, 4.5 x 7.5 x 3 cm, céramique émaillée, 2012







Duetto #42 Geneviève de Cissey | Elsa Werth
↓ Geneviève de Cissey, assiette, 24 cm, terre vernissée, XXe siècle | Elsa Werth, [Aplomb] direction perpendiculaire au plan de l’horizon, 21.5 x 15.5 cm, impression offset couleur et vernis brillant sur carte 350g couchée brillante une face, attaches en inox, 2014







Duetto #43 Pierre Darel | Étienne Mauroy
↓ Pierre Darel, fauteuil, 62 x 53 x 69 cm, bois peint, vers 1923 | Étienne Mauroy, de la série Quarante-neuf, 23 x 23 x 23 cm, grès engobé, 2019







Duetto #44 Océane Bruel | Emmanuelle Roule
↓ Océane Bruel, série Spell, 29 cm, verre, 2020 | Emmanuelle Roule, Osmie – Kimono, 29 x 10 x 15 cm, terre cuite, 2020







Duetto #45 Amandine Arcelli | Diego Guglieri Von Dito
↓ Amandine Arcelli, Mamaguasca #1, 162 x 30 x 13 cm, céramique, pigment, mousse, cable acier, mastic, 2018 | Diego Guglieri Von Dito, MS #4-2, 48 x 48 x 15 cm, acrylique sur coussin, 2019







Duetto #46 Marianne Marić | Varda Schneider
↓ Marianne Marić, Milk, voie lactée, série Lactation de Saint-Bernard, 10 x 15 cm, tirage photographique, 2011 | Varda Schneider, Tétons, terre cuite avec couverte, 2020







Duetto #48 Gabriel Méo | P.
↓ Gabriel Méo, L’Arlésienne, 28 x 30 x 32 cm, céramique émaillée, 2016 | P., titre inconnu, 47 x 49 cm, huile sur toile de jute, date inconnue







Duetto #49 Ranti Bam | Evie Hone
↓ Ranti Bam, Kyma, 30 x 25 x 13 cm, terracotta, 2018 | Evie Hone, Composition, 30.5 x 22 cm, pochoir, sérigraphie et gouache, 1927







Duetto #50 Caroline Achaintre | Juliette Roche
↓ Caroline Achaintre , porte-monnaie, 10 x 8 cm, cuir, 2017 | Juliette Roche, Petit poisson (fragment), 2.5 x 2.5 x 5.5 cm, céramique, XXe siècle







Duetto #51 Anne Dangar | Colombe Marcasiano
↓ Anne Dangar, chandelier à cinq branches, 43 x 9 x 32.5 cm, terre cuite vernissée, 1930-51 | Colombe Marcasiano, carte de voeux, 8.5 x 12 cm, huile sur papier, 2020







Duetto #52 Alexandre Benjamin Navet | Albert Vallet
↓ Alexandre Benjamin Navet, Carte, pour Mathieu Cénac, 8.3 x 5.3 x 0.1 cm, plastique, 2011 | Albert Vallet, relief, 45 x 28 x 4.5 cm, grès, XXe siècle







Duetto #53 Carlotta Bailly-Borg | Hippolyte Hentgen
↓ Carlotta Bailly-Borg, On Sugar, 75 x 46 cm, acrylique, encre et papier de soie sur toile, 2018 | Hippolyte Hentgen, Carte, pour Mathieu Cénac, 5.5 x 8.5 cm, feutre sur carton, 2011







Duetto #54 Geneviève de Cissey | Neil Haas
↓ Geneviève de Cissey, pot à couvercle, 35 x 28 x 28 cm, terre vernissée, années 1950 | Neil Haas, Hey Skinny Big, 160 x 90 cm, acrylique sur aluminium et coton, 2015







Duetto #55 Jean-Baptiste Bernadet | Octave Rimbert-Rivière
↓ Jean-Baptiste Bernadet, Untitled (Plate 055), 29 x 29 x 3 cm, porcelaine industrielle émaillée, 2014 | Octave Rimbert-Rivière, Sans titre, 30 x 13 x 13 cm, porcelaine teintée dans la masse, 2015







Nadia Agnolet
Nadia Agnolet applique de la couleur sur une surface, au pinceau. Une forme naît. Un fond existe. Elle pratique le repentir. L’insatisfaction d’un rendu pousse à en recuire la pellicule. La matière se transforme. Maîtrise et surprise. Portrait et défiguration. Brutalité et sophistication. Ça vacille.
Publié pour la candidature de Nadia Agnolet au prix Novembre à Vitry 2019
Cet élixir
Une exposition avec des œuvres de Jean-Marie Appriou, Hélène Bertin, Jagna Ciuchta, Johan Creten, Anne Dangar, Étienne Mauroy, Pakui Hardware, Paloma Proudfoot, Henri Ughetto et Phoebe Unwin
du 21 septembre au 3 novembre 2019
en résonance de la Biennale de Lyon 2019
à Moly-Sabata à Sablons
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Il était une fois une plante magique, aux racines noires comme la nuit et aux fleurs blanches comme le lait. Dans l’Odyssée, Hermès l’offre à Ulysse pour contrer les sortilèges de Circée. L’antidote ramène à l’humanité. Quelques siècles plus tard au sud de Lyon, où le Rhône trace un virage, la population agacée par le raffut d’incessants sabbats dît tant de prières que leur saint patron descendît du ciel, et sous la figure d’un jeune pèlerin, sema un végétal éloignant les inopportuns. Le remède assure la quiétude. Au fil du temps, persistent les pouvoirs bénéfiques de cette panacée que toutes les sources s’accordent à appeler Moly. De récentes études pharmacologiques identifient ce genre d’ail célébré par la mythologie antique puis par les croyances locales, comme étant le perce-neige, Galanthus nivalis, qui annonce le printemps dans le parc de la résidence. Au carrefour des sciences et des superstitions, sa concoction nécessite tout un attirail, de cette vaissellerie spécifique dont les usages relèvent autant de la technique que du symbole, comme pour tout rituel. Car sans objet, pas de culte. Il s’agit de contenir le sacré. Loin de chasser les sorcières, au contraire, la nouvelle exposition à Moly-Sabata réveille les légendes du nectar avec lequel résonne son nom. CET ÉLIXIR invite à l’enchantement, par des œuvres qui en activent la cérémonie. Flore fantaisiste, humeurs et récipients nous engagent à communier dans ce climat de contemplation et de labeur propre à l’endroit, comme sous l’influence d’un charme.


















Crédit photographique Ugnius Gelguda
Chronique Bettina Samson à la Galerie Sultana
Bettina Samson convainc avec ce nouveau solo regorgeant d’inventivités techniques. En complément de ses massives compositions brutalistes, des petits marqueurs de cuisson se retrouvent irrésistiblement affichés. Cet outil bien connu des potiers usant de fours à bois, assume ici pleinement sa qualité plastique, remarquable c’est vrai.
Extrait de la chronique Curiosité – 2019 semaine 40 – Amphitryon publiée le 30 septembre 2019
Entretien avec Eva Nielsen
Joël Riff Voici votre première monographie. Lorsque vous ouvrez ce type d’ouvrage, que lisez-vous en premier ?
Eva Nielsen Je suis toujours curieuse de lire la parole de l’artiste et de découvrir si elle correspond (ou non) à ce que je projette de sa pensée. Cette lecture me donne la même sensation que lorsque je visite des ateliers d’artistes : l’envie de savoir si les matériaux qu’ils utilisent, et leur processus de travail, sont ceux que j’imaginais.
JR Votre technique justement associe peinture et sérigraphie. Comment ces deux pratiques se sont-elles rencontrées ?
EN Le rapport à l’image imprimée est très présent dans mon histoire familiale. Mon père avait choisi la spécialité « gravure » aux Beaux-Arts d’Aarhus et j’ai toujours vu des impressions et des lithographies chez mes parents. Mon père avait notamment réalisé une série de gravures sur le motif de la presse elle-même, en tant qu’objet sculptural. Ces images m’ont beaucoup impressionnée. Lorsque j’étudiais aux Beaux-Arts de Paris, la découverte de la sérigraphie a été une révélation – mot qui prend pleinement son sens puisqu’il s’agit aussi de l’une de ses propriétés plastiques. Je me sentais attirée par la photographie tout en développant une pratique de peintre. La sérigraphie possède des possibles infinis : une multitude de paramètres peuvent être changés et le résultat se modifie sans cesse en fonction du geste. C’est à la fois une empreinte, un pochoir, une extraction photographique. Ma rencontre avec cet outil est aussi liée à un sentiment ressenti un jour en marchant : la rue, les immeubles, le ciel m’ont paru particulièrement plats, comme découpés. J’avais la sensation d’une planéité vertigineuse. Soudainement, la sérigraphie me permettait d’aller vers ce sentiment, car je pouvais détourer des éléments architecturaux, aplatir leur volume dans le paysage et les confronter à la ligne de fuite.
JR Vous consignez les choses dans un journal de bord. Faut-il écrire pour peindre ?
EN J’ai plusieurs carnets qui n’ont aucune logique en matière de classement ou de chronologie. Ils sont là (une dizaine) et je saisis celui qui traîne dans l’atelier ou ailleurs et l’emporte quelque temps avec moi. Ces carnets forment un ensemble assez fragmenté. Je retrouve, par exemple, des dessins des Beaux-Arts ou des croquis d’architecture réalisés en Croatie. Je relis aussi des bribes de mots, des consignes que je me donne. Parfois prise d’une frénésie d’organisation de mon travail à venir, je fais des listes des expériences à faire dans l’atelier mais rien ne se passe comme prévu. Il y a un soulagement immédiat à écrire mais, au fond, je sais que ce qui se passera dans le temps, plus précisément dans le temps de l’atelier, ne répondra pas réellement à ce que j’ai projeté. Tant mieux.
JR Dans l’un de ces carnets, vous avez noté en lettres capitales « MONTRER LES FICELLES ». Quelles sont-elles ?
EN Je fractionne des photographies, j’en imprime des extraits sur des transparents, j’insole les calques et imprime manuellement chaque fragment. Cela crée un puzzle étrange, qui évoque une forme a priori reconnaissable mais avec des ruptures et des irrégularités. Dans un premier temps, lorsque je travaille la sérigraphie sur la toile, cette dernière doit être « masquée » afin de rester préservée. Ce masquage est une étape minutieuse que j’apprécie, car ce que je viens de faire surgir par la sérigraphie disparaît à nouveau. Les dévoilements et recouvrements consécutifs maintiennent une tension dans la fabrication de la peinture, puisque que je suis moi-même dans l’expectative de ce qui peut advenir. Dans un second temps, vient la peinture – acrylique, encre de chine, huile – qui heurte les formes sérigraphiées encore camouflées. Ces temps successifs, qui sont ceux de la fabrication, répondent aux strates de l’image finale. Ce n’est qu’une fois la peinture presque recouverte que je viens retirer les masquages de la sérigraphie : c’est l’apparition finale, le (re)surgissement de la forme sérigraphiée, cette fois insérée dans la composition globale. C’est un moment crucial, car la toile « tient ou se brise » et je ne peux prédire sa force ou son autonomie. Une même peinture est en fait, dans mon atelier, une succession de peintures et de temps distincts qui fusionnent lors du dévoilement final. « MONTRER LES FICELLES », c’est justement donner à voir toutes ces étapes dans une même peinture, caresser l’espoir fou de synthétiser le temps tout en découpant chaque strate nettement. Et se rappeler qu’il s’agit de peinture, avant tout.
JR Votre peinture appelle l’ardeur, la profondeur, la force, la vitalité, la vigueur, la brutalité.
EN J’ai toujours été fascinée par l’énergie des femmes peintres qui prennent d’assaut la peinture, physiquement, comme Helen Frankenthaler ou Joan Mitchell. Leur corps tout entier est engagé dans la peinture, dans la fabrication et dans la réception de leur œuvre chez le regardeur. Le motif du paysage, de la peinture d’histoire, des panoramas, était souvent associé dans l’histoire de l’art à un registre masculin. J’aime beaucoup l’idée de contrer cette image d’une possession virile de la peinture, cette vision du « grand peintre dans son atelier ». Des peintres comme Emily Carr, Georgia O’Keeffe ou Hilma af Klint ont, à mon sens, une vision forte de ce que peut susciter un paysage, à la fois physiquement et ontologiquement. J’aime le fait qu’elles ajoutent une nouvelle dimension au sublime et au grandiose, un regard plus distancé et presque facétieux. Montrer les ficelles, une nouvelle fois !
JR Il y a une vraie sensualité qui se dégage de vos compositions, à l’opposé du sentiment de nostalgie que pourrait provoquer la désolation d’une ruine. Dans votre atelier, vous faites corps avec votre médium, c’est très sportif et voluptueux. Comment envisagez-vous ce contraste entre le sujet et sa facture ?
EN L’énergie mise en place dans l’atelier répond, en effet, à un aspect volontiers voluptueux des formes envisagées. Lorsque nous sommes face à une architecture, à une masse solide, à un paysage qui nous échappe, les sentiments convoqués sont puissants : le rapport d’échelle de son propre corps, la dynamique des perspectives, la pulsion du regard… Je n’ai jamais perçu les ruines ou l’aspect massif des constructions comme porteurs de pessimisme. Leur volume et leur fragmentation me paraissent pleins et excitants, tout en dégageant une certaine ironie sur notre condition de pauvre mortel ! Je pense toujours au renouveau, à ce qui est possible ensuite, après la ruine. Lors d’un voyage au Mexique, j’ai été fascinée par la construction des temples, érigés sur les bases des précédents : c’est un mouvement perpétuel. La nostalgie m’effraie, je trouve que c’est un sentiment sec. C’est pour cette raison que j’aime tant les vanités flamandes : le peintre n’est pas dans une fascination morbide mais, au contraire, dans un jeu mental jouissif avec son sujet. Peindre les artefacts liés à une notion de mortalité permet des instantanés de vie et des possibles. C’est une joie aiguë de la peinture, dans une emprise immédiate du sensible. J’ai gardé longtemps dans mon atelier la reproduction de Crâne de squelette fumant une cigarette de Vincent Van Gogh, qui, selon moi, synthétise ce sentiment.
JR Par quelles images l’avez-vous remplacée ? Qui sont les artistes qui accompagnent votre pensée lorsque vous travaillez ?
EN J’ai accroché plusieurs images liées à mon processus de travail sur l’un des murs de mon atelier. Ce mur de références connaît des changements successifs : hormis quelques cartes postales, ce sont des images imprimées et, au fil des années, elles se sont altérées… les couleurs ont changé, le papier s’est effrité. Quand l’une d’entre elles est totalement oxydée, je la change. Sur ce mur est restée très longtemps une image de Babylon, sculpture d’Anthony Caro inspirée des Ziggourats. Cette image côtoyait celle du peintre Winslow Homer, Glass Windows, Bahamas, ainsi qu’une illustration de David Pelham réalisée pour la parution chez Penguin de The Drowned World de James G. Ballard. Dans ce périmètre demeurent deux impressions, désormais émoussées, Intérieur, bocal de poissons rouges de Matisse et Black Cross with Stars and Blue de Georgia O’Keeffe. Une carte postale inoxydable est celle de Paul Nash, Equivalents for the Megaliths, qui, bien que maculée de peinture, résiste ! S’y sont ajoutées plus récemment des reproductions des artistes américains Vija Celmins et Alex Katz. Je suis fascinée par la série de peintures réalisée par ce dernier sur les paysages… Le recouvrement par la matière, le rythme du pinceau, les strates, la simplicité… c’est une série qui me touche particulièrement. Dans l’atelier se trouvent aussi des livres, en consultation permanente : Leap Before You Look d’Helen Molesworth sur le Black Mountain College, des ouvrages sur Ettore Sottsass, Amy O’Neill, Carlo Scarpa, Zoe Leonard, Charline Von Heyl, Luigi Ghirri, Ed Ruscha… De manière générale, je suis sans arrêt amoureuse du travail des autres. C’est une véritable joie de me rendre dans un atelier, de découvrir une exposition, d’ouvrir le livre d’un artiste. Ce sont deux actions très complémentaires : créer et regarder. Vous vous souvenez de cette phrase d’Hélion que vous aviez citée et qui m’a marquée : une fois âgé, il s’est rendu compte qu’il avait passé sa vie à essayer d’inventer alors qu’il fallait surtout VOIR.
JR Vous cultivez aussi un dialogue vif avec vos contemporains. Vous évoluez notamment au sein d’une meute de peintres.
EN Dès mes premiers jours aux Beaux-Arts, j’ai compris que l’enseignement viendrait aussi de mes camarades. J’ai rencontré des artistes qui sont devenus des amis proches. Le regard direct et sans complaisance qu’ils ont porté et qu’ils portent encore sur ma peinture l’a fait évoluer, grandir. Je suis sensible à ces discussions prolongées sur des années, à cette forme de stratification… De même, j’aime l’idée d’un dialogue entre les œuvres, les correspondances qui peuvent naître. C’est pour cette raison que j’ai participé à plusieurs expositions en duo. J’ai la sensation d’apprendre quelque chose sur une autre pratique, et par ricochet sur ma peinture. L’artiste n’est pas isolé dans sa tour d’ivoire, en proie à sa solitude, je le perçois au contraire comme un être grégaire !
JR Pour en revenir à vos toiles, pourquoi tant de trous ?
EN Cette question de la percée, de l’orbite, de ce qui laisse deviner quelque chose tout en dérobant la totalité…, c’est une obsession, en lien il me semble avec la question de la peinture et du faux-semblant accepté. Le principe de monstration d’un postulat, d’une possibilité d’une chose peinte, plus vraie que vraie. C’est aussi le peephole, fermer un œil pour mieux regarder de l’autre. Ne voir qu’une parcelle pour mieux imaginer ce qui nous est caché. Les fragments de béton, les pans de murs, obstruent notre vue mais également une large partie de la toile : est-ce qu’une couche de peinture existait préalablement sous la sérigraphie ? On en revient à cette idée un peu folle de considérer la peinture dans son ensemble, cette surface entre quatre coins, comme une extraction d’une plus grande chose. Comme si la peinture pouvait avoir des ramifications qui sortiraient de ce rectangle, dans le jeu mental du regardeur. C’est aussi la question de ce qui se gratte, se creuse, couche après couche, pour arriver quelque part.
JR Pour arriver où ?
EN Cette question est grandement liée à mes parcours : les lignes de trains de banlieue, les traversées des périphéries en voiture, qu’elles soient proches ou lointaines. Suivre des yeux la ligne de l’horizon – comme dans le train lorsque l’on a la sensation stroboscopique d’un clignement de cette ligne. Un aller-retour entre notre projection sur le paysage et notre propre corps, assis dans un train en mouvement. Capter cette surexposition de cette ligne est également une obsession qui a pris forme dans l’outil qu’est la sérigraphie. C’est un parcours urbain que je réalise de manière systématique, cherchant une jonction inédite, une transition qui se dérobe. Au fil des années, ces itinéraires ont composé la typographie de ma peinture, sédimenté sa forme. La peinture a ensuite fait son propre chemin pour exister hors de tout repère géographique précis.
JR Vos espaces sont déserts. La vie s’est-elle absentée ou a-t-elle définitivement disparu ?
EN Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse ! La vie humaine, si c’est de celle-ci dont il s’agit, est là, tapie. L’être humain a façonné les fragments de murs ou les constructions bétonnées qui surgissent dans mes compositions. J’aime surtout le moment où l’humain perd le contrôle. L’objet est relié à une construction mais il se transforme au fil du temps, devient autonome : les matières se modifient, s’oxydent. La sérigraphie est un outil fascinant qui agit comme du papier carbone, fait ressortir les aspérités des matériaux et remonter à la surface des détails que nous avions perdus de vue. Je vous avais dit une fois le plaisir que j’ai à sérigraphier des pans de béton, j’aime observer la granularité des surfaces qui apparaît une fois que la raclette a été passée sur la toile… Je crois que les formes que je choisis de mettre en avant dans mes peintures, ces portraits d’objets, sont aussi des vanités. La construction est un geste vain : les bâtiments sont érigés, les structures assemblées, les éléments cimentés… mais pour quelle durée ? Ce qui semble important à un moment donné peut paraître secondaire à la génération suivante. Un renouvellement permanent, plutôt excitant, pas de sensation mélancolique ici. La mélancolie ne m’intéresse que si elle est contrariée, perturbée par autre chose, de plus fort encore. Pour en revenir à la question de l’absence, faire intervenir une personne, comme pour un portrait, n’est pas à mon sens (et pour le moment dans mon travail) une envie impérative. Je pense surtout qu’il y a deux fortes présences dans une toile : celle du regardeur et celle du peintre.
Publié en juin 2019 dans la première monographie d’Eva Nielsen chez Manuella Éditions
Translation et rotation
Une exposition avec des œuvres d’Arnal, Gilka Beclu-Geoffray, Elisabeth Meyer, Baptiste Rabichon, Samuel Richardot, Octave Rimbert-Rivière, Lise Roussel, Superscript² et Sarah Tritz
du 30 août au 1er septembre 2019
pour Moly-Sabata à Art-O-Rama à Marseille
http://www.art-o-rama.fr
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Dans les années 1920, alors que va poindre l’initiative de Moly-Sabata, Albert Gleizes ressent la nécessité de soumettre sa pratique artistique à des lois. Il isole deux principes fondamentaux dits de translation et de rotation, propres à l’avènement du tableau-objet. La règle gleizienne influencera ensuite plusieurs générations de disciples, appliquant cet exercice de composition. En hommage au cofondateur de Moly-Sabata, l’exposition « Translation et rotation » réunit une dizaine d’artistes passée par nos ateliers au fil des décennies, dans la célébration d’une géométrie joyeuse et d’une gymnastique picturale.
Chaque année, l’exposition hors-les-murs de Moly-Sabata est l’occasion d’inviter en résidence un.e artiste afin de produire une œuvre spécifique permettant de mieux donner à voir celles des autres. Après Lindsey Mendick en 2016, Aurore-Caroline Marty en 2017 et Laurence Owen en 2018, c’est le studio Superscript² qui a assuré cette commande en réalisant les cartels de l’exposition grâce à un procédé graphique expérimental conçu par le duo de designers.













Claudine Monchaussé
Claudine Monchaussé naît en Champagne, décide à 16 ans de poursuivre ses études à Paris, et traverse les années 1950 en tant que dactylographe pour les magasins du Printemps, tout en fréquentant les galeries d’art de la rive gauche. C’est place de la Madeleine qu’elle découvre la céramique artistique, lors d’une présentation de grès de La Borne. Elle y rencontre le céramiste Pierre Mestre en 1957 et tous deux s’installent dans le fameux hameau deux ans plus tard. Ce haut lieu de la céramique est identifié depuis le XIIe siècle pour ses terres cuites. Sans en déplier ici l’histoire entière, il faut évoquer la famille Talbot, une dynastie de potiers qui a contribué durant le XIXe siècle à sa renommée, et tout particulièrement Marie Talbot, grande figure d’inventivité et de courage pour l’artiste. Marie Talbot fait preuve d’une affirmation de soi bouleversante, puisque, dans un monde d’art populaire, souvent masculin et anonyme, ses pièces sont signées « Fait par moi, Marie ».
Claudine Monchaussé réalise ses premières figures d’argile dès 1960. Aujourd’hui comme hier, chaque matin, elle va dans son atelier. Là, elle s’entoure d’images de vierges et de taureaux, encyclopédie éclatée célébrant la matrice et sa fécondation. Les principes primordiaux de la fertilité s’y imbriquent, comme dans ses sculptures qui cherchent, chaque fois, un possible équilibre entre ces deux forces, leur fusion harmonieuse. « J’ai toujours eu conscience d’une déesse mère » nous confie l’artiste, qui insiste sur cette vision qui ne cesse de l’habiter. Elle est l’ouvrière d’une mythologie, dont elle produirait une succession d’idoles. Elle est la fondatrice de sa propre civilisation, qu’elle façonne inlassablement tout en en conservant le mystère. Dire sans montrer. En ce qui concerne la technique, elle construit en 1974 son premier four à bois, puis en 1989 un four type « Sèvres », beaucoup plus pratique. Tous deux possèdent un alandier, cette partie où l’on fourre le bois. À côté, dans la zone la plus chaude du four, au contact direct des flammes, se trouve l’enfer. En général, c’est un espace qu’on laisse aux apprenti·e·s car les puissants chocs thermiques peuvent altérer les décors ou tout simplement faire éclater les pièces. C’est dans l’enfer que l’artiste place ses sculptures, et c’est de l’enfer qu’elle tient à les faire revenir.
Claudine Monchaussé évoque l’étymologie du mot « religion » en rappelant qu’il s’agit de relier. Façonnées à l’échelle de la main, ses sculptures sont un relais qui se transmet d’une paume à l’autre. Elle ne dédie ses céramiques à personne. Une forme d’adresse existe pourtant. Ses objets constituent aujourd’hui une communauté, une population, une famille. Il s’agit d’ensemencer le monde. L’artiste a fait le choix d’une diffusion élémentaire, c’est-à-dire la vente directe aux amateur·rice·s amateurs, dans son propre jardin, une fois par an, lors d’un défournement d’une quarantaine de pièces. Son œuvre se propage ainsi au fil des décennies, par ce format de distribution simple, se tenant à l’écart. C’est dans l’intimité des acquéreurs et acquéreuses devenu·e·s des ami·e·s au cours des années que ses statures trouvent leur véritable foyer, sur la tablette d’une cheminée ou le chevet d’un lit.
Publié dans l’index AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions

Claudine Monchaussé, ensemble de grès, 2010-2015, grès, entre 23/25 cm et 50/60 cm de haut, collection Renaud Régnier, © Photo : Pascal Vangysel, © Claudine Monchaussé



















