Anne Marie Laureys

Il existe des formes que l’observation seule ne réussit pas à élucider, tant leur fabrication paraît sophistiquée. L’artiste belge Anne Marie Laureys travaille la matière avec grâce. De son atelier à Russeignies en Région wallonne, sortent des volumes aériens dont la fascination est renforcée par une mystérieuse application de la couleur. Les plis de leurs modelés invitent à la volupté.

Tutoyer la gravité
Le tour du potier met en présence plusieurs forces physiques propres à notre condition terrestre. Ainsi l’énergie cinétique rotative couplée à l’effet centrifuge permettent aux mains d’agir sur l’argile, par pressions expertes. Des contraintes mécaniques soumettent les masses. Le poids, la gravité, sont des fatalités que l’humain cherche à désamorcer ou du moins à relativiser, notamment par la pratique de la sculpture et de la danse. Ces domaines bousculent la pesanteur. Ils s’autorisent avec elle une familiarité qui nous fait parfois, momentanément, perdre nos repères. Les sculptures d’Anne Marie Laureys s’offrent ainsi, comme un arrêt sur image, une pause dans le cours des choses. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’elles n’évoquent pas des objets cois, mais des silhouettes fougueuses altérées par une soudaine bourrasque.

Une souplesse toute textile
C’est bien du pot que naissent ces contenances méconnaissables. Alors que la tradition implique la régularité du cylindre, l’artiste le défigure. Elle commence par tourner de gros récipients qu’elle déformera au fil des premiers jours de séchage. Le repos et l’action se négocient par alternance. Telle modification demandant telle texture, il faut attendre la mollesse ou la fermeté opportune de la glaise pour y opérer une multitude d’empreintes. Les corps de ses œuvres quittent alors la symétrie classique pour plonger pleinement dans une croissance organique. Pour devenir organe à part entière. Un déséquilibre apparent contredit le centrage initial de la terre. L’endroit de l’envers, le dedans du dehors, ne se distinguent plus clairement, et rappellent la fameuse figure du Ruban de Möbius, anneau sans fin n’ayant ni intérieur ni extérieur. Le fond se retrouve paroi. Tout est renversé. Comme un vêtement en boule, le linge froissé semble avoir été porté. Le tissu ici, est épiderme. Et c’est en chirurgienne qu’Anne Marie Laureys œuvre en greffant à la barbotine, de nouveaux éléments au tronc originel pour former des compositions complexes. Les lignes tourbillonnent. Ses statures sont monstres. Une harmonieuse difformité est obtenue par la torsions de chairs plissées.

Nuages de couleurs
Les surfaces affichent une palette de velours. La gamme est intense. Les pigments sont ainsi projetés et ne dénaturent pas le grain de ces peaux minérales. Ils affirment même souvent leur fine rugosité. Des ridules animent encore par endroit les enveloppes poudrées, qui gardent dans leur carnation-même le geste irréductible de la poterie tournée. Des ondes persistent. Contours et teintes ne cessent d’inscrire ces œuvres dans le lexique du nébuleux. Qu’elles évoquent des phénomènes atmosphériques, des précipités dans une solution aqueuse, des volutes de fumée et autres ectoplasmes encore, les formations d’Anne Marie Laureys parviennent à figer le vaporeux dans toutes ses variations. Elles en concrétisent les humeurs.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #225 Mars-Avril 2019

Kris Lemsalu. L’Estonie à Venise

La pratique de Kris Lemsalu enchante progressivement la scène artistique internationale par son goût du spectacle. Un élan expressionniste emporte des éléments en terre cuite au sein d’environnements immersifs loquaces. L’artiste estonienne représentera son pays lors de la prochaine Biennale de Venise, accordant à son vocabulaire théâtral une résonance inédite. Le projet pour son pavillon s’intitule BIRTH V.

Une personnalité acclamée
Née en 1985, Kris Lemsalu fait partie de cette nouvelle génération européenne qui circule avec aisance entre les métropoles. Elle a étudié à l’Estonian Academy of Arts de Tallinn où elle a notamment suivi les cours de la céramiste Ingrid Allik, puis a complété son cursus à la Danish Design School de Copenhague et l’Academy of Fine Arts de Vienne. Ses performances ont récemment été saluées à Performa17 à New York, à la David Roberts Art Foundation à Londres ainsi qu’à la Baltic Triennial 13 qui s’est tenue dans les trois pays qui bordent la mer éponyme. D’importantes monographies ont été consacrées à l’artiste en début d’année à la Secession à Vienne puis au Goldsmiths Centre for Contemporary Art à Londres. C’est aussi pour célébrer la qualité de son parcours naissant, que le prestigieux jury a sélectionné Kris Lemsalu afin de signer le pavillon national en 2019.

De la céramique jamais seule
Les porcelaines de Kris Lemsalu sont accessoirisées, pour trouver leur place au cœur d’arrangements farfelus. Elles peuvent figurer les parties visibles d’un corps noyé dans un vêtement, ou imbiber d’autres textiles encore. C’est vrai que la mode a ici un rôle déterminant. Les silhouettes sont modélisées dans un souci de stylisme photogénique. Elle travaille sa terre généralement entourée d’une communauté créative, opérant ses cuissons dans une fabrique à Kohila, une petite ville située à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale. Elle aime aussi aller cuire sur la petite île de Hiiumaa où se trouvent des fours anagama. L’Estonie n’a pas particulièrement de tradition en matière de céramique, ses sols ne disposant pas d’argile de qualité, plutôt importée de la Lettonie voisine.

Le douzième pavillon du pays
L’Estonie participe à la Biennale de Venise depuis 1997, et occupera cette année une nouvelle adresse. L’installation se déploiera dans un bâtiment industriel situé sur l’île de Giudecca, à quelques minutes de bateau de l’épicentre de la manifestation internationale. Il est bon d’indiquer que Kris Lemsalu sera la première à faire entrer de la céramique dans le pavillon estonien. Le commissariat est assuré par Maria Arusoo, directrice du Center for Contemporary Arts de Tallinn qui est en charge de l’organisation générale du projet, financé par l’Estonian Ministry of Culture.

Le lyrisme du cycle de la vie
Il faut compter sur l’excentricité déjà légendaire de l’artiste. Attentive aux reproches qui ont pu être formulés au sujet de l’obsession lugubre qui caractériserait de précédentes commandes, elle s’est défendue lors d’une conférence de presse en affirmant cette fois formuler une ode au vivant. Kris Lemsalu évoque l’orchestration d’un conte, pour lequel elle sollicite le poète américain Andrew Berardini, l’artiste britannique Sarah Lucas et les commissaires Irene Campolmi et Tamara Luuk. Le glorieux magma s’annonce chamanique. Et les céramiques polychromes nourriront les fantaisies de ce carnaval existentiel.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #226 Mai-Juin 2019

Brian Rochefort

Brian Rochefort développe d’envoûtantes concrétions par séries, qui incarnent bien les excès associés à la côte californienne, où il est basé. Jeune habitué de l’Archie Bray Foundation for Ceramic Arts dans le Montana, il a récemment participé à l’événement « Regarding George Ohr », qui a conforté sa filiation avec le maître américain. Les deux partagent une virtuosité fantasque.

Éclosion pop
Ses ensembles les plus récents affirment des surfaces d’une totale indécence. Les chairs s’ouvrent, en pleine éruption. Des failles se creusent. La matière implose. Tout semble hurler la violence de l’alchimie en action au cœur du four, pour en magnifier les stigmates. Et des béances cherchent à reprendre leur respiration. Dégradés de velours, épais nappages et contrastes acides signent la palette texturée de l’artiste. Les gros contenants boursouflés semblent être le résultat d’une évolution incontrôlable, vomissant des laves crémeuses.

Tasses mutantes
Sa suite intitulée « Cups » ancre franchement la base de sa forme de référence, dans l’utilitaire. Mais impossible vue l’extravagance des récipients, d’y boire quoique ce soit, sans faire performance. Ainsi, les objets s’offrent comme des fruits qu’on éventre, dont le jus dégoulinerait encore. Encourageant notre imagination, nourries de littérature d’anticipation, les œuvres sont tour à tour météorites échouées en plein Jurassique, ou pierres précieuses du futur.

Spécimen
Les céramiques de Brian Rochefort sont exposées par grappes, offertes à la curiosité. L’artiste en suspend la métamorphose. Et les cratères bavant, contredisent l’environnement propret des galeries. Ce sont les anomalies et les exubérances de la Nature qui servent de répertoire où l’artiste puise ses formes. Il voyage ainsi régulièrement dans les jungles, sur les îles et sous les tropiques pour y cueillir sur place, l’inspiration de ses terres superlatives.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #226 Mai-Juin 2019

Tamara van San

Se distinguant par une gamme particulièrement sucrée et des formes charnelles développées en monticules, les œuvres de Tamara Van San imposent leur exubérance. Elles composent un bestiaire pétrifié qui habite ses expositions-paysages. Leur allures veillent.

Tamara van San articule depuis une quinzaine d’années déjà, un généreux travail de sculpture qui a progressivement trouvé son aise dans le médium de la céramique. Née en 1982, l’artiste belge aujourd’hui basée à Bruxelles, s’est formée à la Royal Academy d’Anvers et est représentée par la galerie Tatjana Pieters à Gand. Elle a récemment participé à l’exposition « Le Socle » au MUba de Tourcoing qui a assis ses statures aux côtés d’Alberto Giacommetti et Auguste Rodin. Avec les silhouettes classiques de l’un et de l’autre, ses chairs contrastent.

Émailler ses caprices
Une gourmandise frontale surprend lorsque l’on découvre cette production. Des couches et des couches de matières édulcorées arrivent en surface pour compliquer les contours. L’objet en devient plus difficile à identifier, tout en attirant furieusement l’attention. Répulsion et désir excitent le rapport à ces terres cuites. Il y a une surenchère de délices qui alimente l’appétit de l’artiste à aller au-delà du vase.

Défier la forme, dévier la norme
Tamara van San recherche la stabilité dans le déséquilibre. Et inversement. « Pas d’équilibre sans crainte » nous dit l’artiste. Son vocabulaire tient à se placer entre l’abstraction et la figuration, sans évidence, pour lui assurer une ouverture libre. Ses œuvres impliquent des mises en espace souvent périlleuses. Il y a du théâtre dans ses installations, de l’intrigue, du suspens. Les sculptures se dressent sur des promontoire, elles entrent en scène et défilent. Ce jeu haletant confirme un intérêt pour une Histoire de l’Art funambule, qui se balance dans le vide en chatouillant le risque de chute.

Créatures
Qu’elle les appelle esprits ou choses, Tamara van San tient à préserver l’étrangeté des pièces qu’elle façonne. La dimension démiurgique de l’argile opère chez elle aussi, une vertigineuse fascination. De rien, faire quelque chose. Alors puisque tout est possible, l’artiste s’autorise les modelages les plus fantaisistes, reproduisant les reliefs de merveilleux monticules. Ses cavernes cachent assurément des trésors.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #226 Mai-Juin 2019

Blop. Figer l’informe

L’état physique du verre demeure un mystère. Même lorsque les théories scientifiques aiguisent leurs arguments, l’évidence des trois états fondamentaux de la matière reste chamboulée. L’imaginaire commun continue d’en faire quelque chose entre un solide qui coule et un liquide immobile. Alors plutôt que de chercher une réponse définitive, plusieurs réalisations respectent cette indéfinition en produisant une forme récurrente, une sorte de bulle toujours prête à éclater. Ce morceau soufflé revêt une diversité de qualités selon sa mise en œuvre, flirtant avec le degré zéro du façonnage. Le matériau paraît s’offrir tel quel, avec cette même immédiateté qu’une onomatopée.

Perturber la standardisation
Sur des dispositifs empruntés aux rayonnages de la grande distribution, la londonienne Gabriele Beveridge négocie l’équilibre d’éléments apparaissant comme des phylactères échoués. C’est le comportement subversif du vitreux qui fascine l’artiste, son refus de se conformer, et sa résistance à tous les niveaux. Sa dimension géologique en tant que sable liquéfié, nous projette également dans une temporalité minérale, que l’artiste aime relativiser en l’associant parfois à des tirages bon marché se dégradant eux, en quelques mois sous l’effet du soleil.

Tout simplement
La paraison n’a donc pas de forme prédéterminée si ce n’est le repli du volume sur lui-même en une cellule ovoïde. Déformé par le souffle de l’artisan, ce ventre se gonfle. L’air vital vient en grossir l’aspect. La française Morgane Tschiember, par un savant jeu d’anticipation qui fait tout l’intérêt de sa série Bubbles, dépose ces poches sur des socles de bois, se retrouvant à en épouser les contours.

Ectoplasmes connectés
Habitué aux spectres de toute nature, l’américain Tony Hoursler s’aventure aujourd’hui à immortaliser des figures mélangeant artisanat et technologie. Ses robots d’une nouvelle génération, partagent avec l’écran une interface vitrée. Une intelligence artificielle dirige les programmes de ces grandes fioles animées, dont il est fascinant d’observer combien les composants électroniques trouvent leurs aises dans les cavités de verre ménagées à leur effet.

Relax
Un esprit lounge règne au sein des installations des britanniques Julia Crabtree & William Evans, environnements dénotant un impératif de détente. Sur une vaste plate-forme déployée horizontalement, tout un dédale de contenants lascifs patientent, et témoignent d’un sentiment de décontraction voire de lassitude. Ils pourraient être de petits aquariums, des brumisateurs, ou autres dispositifs thérapeutiques. Ces formes ont été développées au National Glass Centre à Sunderland dans le nord-est de l’Angleterre. C’est là qu’au VIIe siècle, le moine Benedict Biscop introduisit dans le pays l’art du verre, en recrutant des maîtres français pour réaliser les vitraux de son prieuré.

Bestiaire synthétique
Les masses prennent parfois l’allure de méduses. Le duo lituanien Pakui Hardware exploite le répertoire de la mystérieuse faune marine en invoquant la dégaine de la limule, cet incroyable arthropode à la réputation de fossile vivant, tant sa morphologie semble avoir peu évolué au cours des 150 derniers millions d’années. En l’occurrence, l’atelier Berlin Art Glass a réalisé un moule à partir d’un spécimen de l’animal, pour y souffler ensuite plusieurs tirages. Bien que le principe de la contre-forme consiste à garantir des rendus identiques, chaque exemplaire a ses propres spécificités notamment dues aux différences chimiques des colorations de la pâte. La viscosité du traitement permet par ailleurs de former des extensions rappelant des tentacules.

→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #227 Juillet-Août 2019

NSFW. Not Safe For Work

Outre-Manche, une jeune génération s’empare avec aisance d’une iconographie coquine alors que les réseaux sociaux font preuve d’un puritanisme exponentiel. Ces artistes confèrent au travail de la terre, une matérialité toute charnelle inscrivant leurs œuvres dans un rapport définitivement physique.

Anti-épilation
De la chevelure au duvet, Paloma Proudfoot embrasse le vaste spectre de la pilosité. Elle s’attache à tester la compatibilité entre sensualité et bestialité, à travers une série d’œuvres rassemblées dans sa récente exposition personnelle chez Soy Capitán à Berlin. Les frontières du maillot ne font plus ici débat, et le système pileux part à la conquête de tout territoire imberbe. Avec la sculpture A History Of Scissors qui donnait son nom à la monographie entière, les courbes d’un buste plantureux se retrouvent intégralement recouvertes d’une toison ondulée. Le contraste est saisissant. La silhouette qui conjugue charme et répulsion, relève davantage de la tignasse que de la coiffure sagement peignée. D’autres volumes témoignent de tressages sophistiquées, et développent des parades alternatives de séduction. Le cheveu reste un outil d’ostentation dans toutes les cultures. Les crinières deviennent des habits que la nudité se plaît à revêtir sans rien cacher pour autant. L’artiste cite l’ouvrage Book of Skin de Steve Connor pour appuyer ce même appétit des plaisirs tactiles. Car l’une des fonctions du poil consiste à exacerber les sensations de l’épiderme, pour la survie de l’individu en cas de danger, mais pas que. À l’heure d’une dictature publicitaire du glabre en matière d’idéal féminin, encore bien vivace malgré les dissidentes, les beautés monstres de Paloma Proudfoot résistent par leur intempestive élégance. Elles militent pour la liberté d’envisager le sex-appeal comme chacune l’entend.

Fantaisie de soi
Lindsey Mendick oriente sa pratique du modelage vers l’autobiographie systématique. Touché, caressé, manipulé, chaque élément que ses mains pétrissent témoigne d’une anecdote supplémentaire qu’elle endura, futile ou grave. Son exposition The Ex Files à Castor Projects à Londres, compilait notamment tout ce que d’anciens partenaires déclaraient avoir aimé en elle, sous la forme de post-it en céramique qui tapissaient la galerie. Suivre l’évolution de son travail, c’est accepter d’être le confident des tribulations de cœur et de corps d’une jeune femme aujourd’hui, chahutée entre les scandales #MeToo et les applications de rencontres pour adultes. La gestion du désir est en perpétuelle mutation. Pour prendre un peu de distance avec la relative instantanéité technologique qui caractérise notre mode de communication actuel, l’artiste réveille le langage cryptique des éventails, que Molière qualifie de « paravent de la pudeur ». Ainsi, fermer l’éventail en se touchant l’œil droit équivaut à demander un rendez-vous, l’ouvrir selon un certain nombre de branches indique l’heure de la rencontre en cas de réponse positive, et pour toute question, laisser l’éventail reposer sur sa joue droite correspond à un oui, sur sur sa joue gauche, à un non, alors que cacher ses yeux derrière l’éventail ouvert signifie tout simplement Je t’aime. Lindsey Mendick persiste dans la frontalité, et remplace la gestuelle alambiqué des mœurs du XVIIIe par une figuration explicite.

Poitrail antédiluvien
Les amphores féminines de Clementine Keith-Roach font sensation partout où elles sont exhibées. Le réalisme de leur anatomie épate effectivement. Dans le prolongement du galbe de jarres patinées, surgissent des mamelles, souvent par paire, parfois plus nombreuses. Leur contenance rebondies se détache avec naturalisme, alors que les couleurs de la chair se confondent avec celles de la rouille et autres oxydes. Les œuvres se dressent fièrement, comme un torse que l’on bombe. Le rendu académique de l’ensemble atténuerait presque l’étrangeté du collage dont il résulte. Et que l’allure évoque une louve ou une matriarche, ce sont des références définitivement antiques qui s’en dégagent. Cela interroge sur le type de civilisation qui pourrait célébrer avec une telle flagrance l’attribut maternel, accolé à des récipients de subsistance. On les approche telles des trouvailles archéologiques exhumées du sol, portant la trace du temps sans que leur ardeur n’aie été éteinte pour autant. Leur pulpe est belle et bien vive.

Lavabo et libido
Elle semble sortie tout droit d’un showroom de sanitaires, mais ne ferait qu’encombrer l’aménagement d’une salle de bains fonctionnaliste. La nouvelle série de Nicolas Deshayes fricote avec les contours de cuvettes et de porte-savons. Saillies, fentes et creux en font une géographie allusive. Ses reliefs s’amusent de parois concaves ou convexes. Dans une maison, le cabinet de toilette se distingue par ses lignes douces et ses surfaces hygiéniques, un lieu dédié aux soins du corps, un ultime recoin pour l’intimité. Au fil des décennies, c’est là que le confort moderne a pu se signaler de la manière la plus convaincante. La petite cabane au fond du jardin s’est progressivement métamorphosée en temple de sophistication. Les fragments que l’artiste fabrique à partir de barbotine coulée dans un moule puis émaillée, suivent le principe fondamental de la céramique qui transforme l’humide en dur. Ce façonnage mécanique permet une finesse et une douceur éloignant l’objet de la caricature de la poterie rustique. Tout reste une histoire de température. Et si au toucher la terre cuite reste froide, c’est qu’elle a traversé un moment de chaleurs. Grâce à l’émail, une membrane luisante voire lubrique sépare l’intérieur de l’extérieur, en respectant une certaine ambiguïté, à l’image de toute muqueuse. L’artiste s’applique à la recherche permanente de volupté, aussi désaffectée soit-elle.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #227 Juillet-Août 2019

Clément Garcia. Buffet à volonté

Festin adolescent, la série Plateaux repas de Clément Garcia – Le Gouez renverse les codes du savoir-vivre en respectant ceux du savoir-faire. Ces agapes semblant s’extraire de Vallauris, allient la dextérité du tournage à la décontraction de la junk food.

Turlupiner l’usage
Des formes simples issues de la tradition utilitaire, sont disposées sur un fond habillé d’un motif arlequin réalisé en bandelettes de terre, puis bordé d’un cadre au colombin. Le grès est ici émaillé à l’ocre, c’est-à-dire recouvert d’une pellicule naturelle, et surtout, alimentaire. Les objets sont façonnés au tour électrique, et l’ensemble est cuit en atmosphère oxydante. Cette technique, Clément Garcia – Le Gouez l’a acquise au cours de sa formation à l’Atelier PMPM auprès de Marie Lautrou. La présente vaisselle constitue alors un banquet d’au revoir, une transition vers son propre atelier récemment ouvert au Pré Saint-Gervais. Poursuite et rupture se chamaillent au sein de l’héritage des façons. Mais les ripailles ne gisent pas. Elles se retrouvent tableau, mises à la verticale. Leur possible fonction se voient définitivement contrariée. On pourrait y nourrir des oiseaux, faire pousser une plante grimpante, accueillir des chenilles, faire un élevage de petits escargots, mais on mangera difficilement dedans.

Bagatelle méridionale
Si la figuration en jeu dans ces arrangements peut les rapprocher du souvenir de vacances, l’artiste se défend de faire frontalement référence à la poterie du Sud. La sienne se gargarise d’une rusticité nacrée. Une gamme automnale règne. Les contenants bousculés évoquent d’hypothétiques scènes de bouffes campagnardes. Ils témoignent d’un instant d’ingestion. Un rituel de consommation opère. L’assemblage de ces pièces est une célébration de la facture artisanale offerte à un désir de gratuité plastique. Une possible définition du bibelot, dont l’étymologie pourrait venir du redoublement du beau, du bel. C’est toute la mystique existentielle de la Nature Morte qui se retrouve invoquée ici, par le biais d’un agencement d’articles simplement là, réduits à une représentation essentielle, disposés de toute leur présence. L’irréductible sévit. La composition patiente. Posey.

Tendresse en trophée
Bols, gobelets, assiettes et carafes se donnent à nous par leur béance. Leur disponibilité nous fait front. On a en face de soi des contenants ouverts, leurs lèvres, leur demande et leur puissance directement présentées. La rencontre est élémentaire, à l’image de tout ce qui compose ces œuvres. La bonhomie des contours répond à des codes de la céramique de village, plutôt qu’au raffinement des manufactures urbaines. La recherche de l’apprenti s’émancipe progressivement, fouillant avec affection un répertoire sans âge. Alors les gestes dessinent un socle porteur de mets imaginaires, dont la gourmandise est figurée par ces traces épaisses d’émail qui tachent la surface des récipients, racontant l’avant et l’après d’un plat désastreux que l’on se doit de déguster.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #229 Novembre-Décembre 2019

Lina Scheynius

Lina Scheynius prend des photographies. Elle cueille des fleurs, embrasse à pleine bouche, étire sa culotte, verse des pleurs, cambre ses reins, froisse un drap, attend, empoigne un membre, fixe des yeux, allonge ses jambes, déplace un insecte, boit une tisane, ajuste un rideau, voyage, brosse ses dents, montre un sein, lave ses cheveux, croque un fruit, serre une main, retire un pansement, patiente, survole les nuages, lèche une épaule, écarte les cuisses, entrouvre une porte, retient son souffle, regarde ailleurs, saigne, et tout cela sous une lumière parfaite, parce que sienne.

Lina Scheynius capture. Chasseresse, elle dompte. Sa pulsion à le faire, est née du besoin de reconquérir son image. Le mannequinat l’en avait expropriée. De modèle traquée, elle a décidé, et réussi, à passer de l’autre côté du miroir. Il ne s’agit plus maintenant que de s’offrir à soi. Aujourd’hui, viser, tenir en joug et tirer font partie du quotidien de la photographe. L’auto-représentation est une discipline. Et bien-sûr l’artiste se donne même lorsqu’elle ne se figure pas. Sa production lui demande d’être perpétuellement sa propre proie. Elle voit mourir et naître. Et vivre.

Lina Scheynius épluche. Elle déshabille. La salle de bain et la cuisine s’affichent comme ses pièces de prédilection. Des espaces de commodité. Du cabinet à la camera, une histoire de chambre perdure. Les amants dans l’une, les bouquets dans l’autre, et inversement. D’ailleurs dans ses fictions, moins il y a de poils, plus il y a de pétales. S’il y a bien introspection, l’artiste ne se livre pas pour autant. Dans le calme, la sérénité et la délicatesse, se maintient un tutoiement poli. Mais ce n’est pas parce que le monde s’inonde de selfies, que son imagerie en devient la pâture.

Lina Scheynius développe une activité pronominale. Les années se passent. Une femme se constitue. Un œil se précise. Et les humeurs se déversent. De la bave aux lèvres, du sang sur le gland, des larmes aux paupières. Il est important de comprendre que de tous ses états, nous en cueillons le reflet. Par fine pellicule. Son art, aussi frontal soit-il, demeure une interface ne nous donnant accès qu’à ce que l’artiste décide. La technologie vient de chambouler le lexique de l’amitié. Bruyante, la confidentialité ne se murmure plus. Et la censure s’envisagerait presque comme une récompense, lorsqu’elle sévit et hiérarchise les publications de son profil.

Lina Scheynius subit parfois l’ombre. Pour une artiste œuvrant par la lumière, c’est le comble. Le soleil semblait pourtant peindre, sur sa peau comme sur une toile. Bien que son imagier et les rouages du web grandissent de concert, certaines incompatibilités peuvent se heurter à un couperet tranchant. Un règlement implicite fantomise ce qui dépasse. Selon les périodes, la tolérance envers l’explicite fluctue, et toute l’Histoire de l’image culbute ainsi. De scandales en audaces, les curseurs de la standardisation se déplacent, par défaut. Les auteurs alimentent cette parade. L’essentiel est de réussir à garder l’œil ouvert.

Lina Scheynius résiste. L’espace de liberté que lui accordait la toile il y a une décennie, devient aujourd’hui celui qui oppresse sa voix, en en modérant vicieusement le contenu. Les intimidations sont souterraines. Alors que les réseaux sociaux restreignent toujours plus leur définition de la décence, se rapprochant de plus en plus de notre idée de la vulgarité, l’artiste trouve sur le papier de ses ouvrages, une vitrine sans concession. Un refuge. Voilà une surface sur laquelle apparaissent de superbes clichés, tout simplement. Soustraite à la place publique, en retrait des réalités extérieures, chaque livre se feuillette en huis clos.

Lina Scheynius ne se partage pas. Toute sa production contourne, frôle, titille cette évidence, dans un jeu d’une sensualité folle. Elle prolonge des préliminaires qui n’en finissent pas. Rien ne rentre. Rien ne sort. L’intime par définition, ne s’exprime pas. Son étymologie nous rappelle qu’il s’agit de l’extrême superlatif de l’intériorité. C’est pourquoi chacun de ses cadrages renforce tout ce qu’elle ne nous montre pas. Demeure un vaste secret. Page après page, elle précise ce qui se dérobe, ce qui échappe à la représentation. Elle insiste sur l’existence de ce qui ne nous regarde pas. Alors sans plus recouvrir cette flagrance, osons un rapport nu à ses images.

Lina Scheynius se passe de commentaires. Et si une part de voyeurisme peut animer son audience, celle-ci ne fait qu’appuyer la dimensions unilatérale du mouvement existant entre ses yeux et les nôtres. Sa vision ne s’encombre pas des épaisseurs de la négociation morale. La Jantelagen, code de conduite en société célébré par la culture scandinave, n’a chez elle aucune prise. Être artiste enfreint structurellement cette loi. Bien-sûr que toute sensibilité est spécifique. Et toujours, les sujets de son excursion existentielle sont confiés à vif. Une gravité permanente règne. Ailleurs, cela relèverait de la pure obscénité. Ici persiste une fascination crue.

Publié dans « My Photo Books » par JBE Books (Paris) en Décembre 2019

Glassbox trente-huit fois

Depuis le 27 septembre 2004 à 10h, Joël Riff voit une exposition par jour, au moins. Voici les trente-huit journées durant lesquelles il est passé à Glassbox.

15.11.2017 • Laurie Charles & Rémi Groussin à Glassbox → Amours Courtoises chez Sultana → Villa Belleville → Alice Guittard dans son atelier à la Villa Belleville → Cécile Chaput dans son atelier à la Villa Belleville → Mimosa Echard chez Samy Abraham → Mindy Rose Schwartz par Queer Thoughts chez Balice Hertling → Guillaume Leblon chez Jocelyn Wolff → Pauline Boudry / Renate Lorenz chez Marcelle Alix → Sunday scaries par Le Syndicat Magnifique chez 22,48m2 → Pierre Paulin au Plateau / Frac Île-de-France → Katia Kameli à La vitrine du Plateau / Frac Île-de-France → En forme de vertiges par Gaël Charbau à la Villa Emerige → Politics of Dreams par la Fondation Otazu à la Fondation Hippocrène à Paris

01.03.2017 • Galerie Crèvecoeur (fermée) → Ex Nihilo chez Arnaud Deschin → Ruins in the Snow chez High Art → L’Institut d’Esthétique par Émile Degorce-Dumas & Haily Grenet à Glassbox → Corps sans tête, un lendemain difficile chez Maëlle Galerie → Jesse Darling chez Sultana → Flame chez Balice Hertling → Economy Plus chez Balice Hertling → Galerie Antoine Levi (fermée) → Bruno Botella chez Samy Abraham → Bastienne Kramer chez Samy Abraham → Thomas Mailaender chez RVB Books → Über das fügen der dinge – Par raccroc chez Jocelyn Wolff → Laura Lamiel chez Marcelle Alix → Playground chez Emmanuel Hervé → Théo Mercier chez Bugada & Cargnel → Format À deux à La Vitrine de l’Antenne du Plateau / Frac Île-de-France → Strange Days au Plateau / Frac Île-de-France à Paris

19.05.2016 • Salon de Montrouge #61 par Ami Barak au Beffroi à Montrouge → Émilie Duserre / Timothée Schelstraete à la Galerie Jeune création → Valentin Dommanget aux Barreaux → Daido Moriyama à la Fondation Cartier → Fernell Franco à la Fondation Cartier → Artie Vierkant à la New Galerie → Bisou Magique par Yundler Brondino Verlag chez Derouillon → Claude Rutault & Allan McCollum chez mfc-michèle didier → Il suffit d’un grand morceau de ciel chez Jérôme Pauchant → Benjamin Fanni (en démontage) chez Of Nazareth → Ludovic Sauvage (en montage) chez Of Nazareth → Éléonore False à Glassbox à Paris

18.02.2016 • Renaud Jerez chez Crèvecoeur → Chasser le dragon chez High Art → Polder II à Glassbox → Louis Gary à la Villa Belleville → Jean-Marie Perdrix chez Samy Abraham → Daniel Jacoby chez Antoine Levi → Climats artificiels à la Fondation EDF → Pier Paolo Calzolari chez Kamel Mennour → Timothée Calame / Samuel Jeffery / Tiphanie Mall chez Gaudel de Stampa → Patrick Faigenbaum au Studiolo / Galerie de France → Dogs from Hell chez Patricia Dorfmann → Cyril Hatt chez Nivet-Carzon → Constance Nouvel chez In situ – Fabienne Leclerc → Julien des Monstiers chez Christophe Gaillard → Thibault Hazelzet chez Christophe Gaillard → Galerie Hussenot → Never land alone par Exo Exo chez Hussenot → Elsa Werth chez Martine Aboucaya → Only lovers par Timothée Chaillou au Cœur → Territoire chez Jousse → Robert Mapplethorpe par Peter Marino chez Thaddaeus Ropac → Galerie Laurent Mueller (fermée) → Ofr. Galerie → Étienne-Martin chez Bernard Bouche → Galerie Mélanie Rio (fermée) à Paris

25.09.2015 • Auguste Bluysen Le Grand Rex → Au Sud d’Aujourd’hui. Art contemporain portugais [sans le Portugal] par Miguel Von Hafe Pérez à la Fondation Calouste Gulbenkian → Aude Moreau au Centre culturel canadien → Dans l’œil du flâneur par Hermès sur les Berges de Seine → L’ordre des lucioles par Marc-Olivier Wahler à la Fondation d’entreprise Ricard → Vitrines Lanvin → Evan Robarts dans les vitrines Hermès → Vitrines Rick Owens → Chez Moi, Paris → Ratatouille par Felix Gaudlitz à Shanaynay → Erica Baum chez Crèvecoeur → Nina Könnemann chez High Art → Christophe Herreros à Glassbox → Treize (fermé) → Bettina Samson chez Sultana → Matthieu Blanchard chez Samy Abraham → Gianfranco Pardi par Liam Gillick chez Balice Hertling → Alina Chaiderov chez Antoine Levi → Diego Bianchi chez Jocelyn Wolff → Mathieu Kleyebe Abonnenc chez Marcelle Alix → Haris Epaminonda au Plateau / Frac Île-de-France → Jeux de langage à La vitrine de l’antenne du Plateau / Frac Île-de-France → Wanderer Above the Sea of Fog chez Bugada & Cargnel à Paris

06.05.2015 • Rien d’autre en face que le pur espace chez Isabelle Gounod → Maude Maris chez Isabelle Gounod → Charles Le Hyaric chez Papillon → Amanda Ross-Ho chez Praz-Delavallade → Gil Heitor Cortesão chez Suzanne Tarasiève → Donna Huanca chez Valentin → You will find me if you want me in the garden par Domenico de Chirico chez Valentin → For Real par Anne Pontégnie chez Kamel Mennour → Hicham Berrada chez Kamel Mennour → Emil Klein chez Gaudel de Stampa → Vandy Rattana par Erin Gleeson au Jeu de Paume → Taryn Simon au Jeu de Paume → Florence Henri au Jeu de Paume → Le lynx ne connaît pas de frontières par Joana Neves à la Fondation d’entreprise Ricard → Jérôme Zonder à La Maison rouge → Mathieu Briand à La Maison Rouge → Fanette Mellier dans son atelier → G. Küng chez Antoine Levi → Sweating as Distribution par Le Commissariat chez Treize → Show Room par It’s Our Playground à Glassbox à Paris

27.02.2015 • Affinités électives chez Tajan → Pliure. Prologue (La part du feu) par Paulo Pires do Vale à la Fondation Calouste Gulbenkian → Valentin Carron chez Kamel Mennour → Daniel Buren chez Kamel Mennour → Marcelline Delbecq à la Fondation d’entreprise Ricard → Altered States par Steven Cox chez Jérôme Pauchant → Sexe, béatitude et logique comptable par Mathieu Mercier chez mfc-michèle didier → Boris Tellegen chez Backslash → Above and below chez Derouillon → Les oracles par Marisa Olson chez XPO → Adam Cruces chez Joseph Tang → Jo-ey Tang chez Joseph Tang → Erik van der Weijde chez Temple à Paris → Vincent Lefaix à l’Atelier W à Pantin → (un mural, des tableaux) au Plateau / Frac Île-de-France → castillo/corrales → Élodie Seguin chez Jocelyn Wolff → Gyan Panchal chez Marcelle Alix → Jimmy chez Crèvecoeur → Thomas Tronel-Gauthier chez 22,48m2 → Galerie Balice Hertling (en travaux) → Ola Vasiljeva chez Antoine Levi → Une robe d’empathie profonde chez Samy Abraham → Ludovic Sauvage à Glassbox à Paris

08.11.2014 • Art brut – Collection abcd par Bruno Decharme & Antoine de Galbert à La Maison Rouge → Isabelle Roy à La Maison Rouge → Allan Sekula chez Michel Rein → Americans in New York 3 par Ami Barak chez Michel Rein → Shanghai Gesture par Estelle Bories & Larys Frogier à la Galerie De Multiples → Athletic Valentin par Cura chez Valentin → Nicolas Moulin chez Valentin → To the happy few chez JeanRoch Dard → Adam McEwen chez Art  : Concept → Lara Almarcegui chez Mor Charpentier → Anita Molinero chez Alain Gutharc → Au-delà de l’image à See Studio → The Office par Pierre-Alexandre Mateos & Charles Teyssou chez ACL Partners → Richard Prince chez Almine Rech → Blair Thurman chez Frank Elbaz → Andisheh Avini chez Frank Elbaz à Paris → Liza Lou chez Thaddaeus Ropac → Tomorrow’s Man par Jack Pierson chez Thaddaeus Ropac → Daiga Grantina chez Joseph Tang → Mathieu Pernot chez Eric Dupont → Giovanni Anselmo chez Marian Goodman → Jeff Elrod chez Max Hetzler → Histerical Materialism chez Jérôme Poggi → Amy Sillman chez Campoli Presti → Roland Topor par Alexandre Devaux chez Anne Barrault → Jesse Wine chez Hussenot → As I Run and Run, Happiness Comes Closer par Jérôme Sans à l’Hôtel Beaubrun → Florence Paradeis chez In situ – Fabienne Leclerc → Aos Cuidados de Paris – A l’attention de São Paulo à Glassbox à Paris

09.08.2014 • Une Histoire  : Art, architecture, design des années 1980 à nos jours par Christine Macel au Centre Pompidou → Magiciens de la terre – Retour sur une exposition légendaire au Centre Pompidou → Man Ray, Picabia et la revue Littérature (1922-1924) au Centre Pompidou → Je préférais ne pas à la Galerie De Multiples → Colombe Marcasiano & Nicolas Lafon par Jagna Ciuchta à Glassbox à Paris

19.06.2014 • Scott Lyall chez Campoli Presti → Mark Handforth chez Mitterrand → Richard Pettibone chez Mitterrand → Oscar Murillo chez Marian Goodman → L’indice d’une suite à Glassbox → Kiblind 10 ans – La gif party au Point Éphémère → Sean Bluechel chez Joseph Tang à Paris

24.05.2014 • Constant Dullaart chez Xpo → Marcos Lutyens chez Alberta Pane → Philippe Thomas chez mfc-michèle didier → 150% VOLUME 3/4 Lifestyle par Dorothée Dupuis chez Treize → Olga Balema chez High Art → Glassbox dans le cadre de Choices Collectors Weekend à Paris

14.12.2013 • Felice Varini (démonté prématurément) au Potager du Roi → Felice Varini à La Maréchalerie à Versailles → Brook Andrew chez Nathalie Obadia → Andrei Molodkin par Stéphane Chatry chez Patricia Dorfmann → Galerie Ceysson & Bénétière (fermée) → Jessica Warboys chez Gaudel de Stampa → Polder à Glassbox → Alan Michael chez High Art → G. Küng chez Antoine Levi → Stephen Willats chez Balice Hertling → Galerie RVB Books → Duncan Hannah chez castillo/corrales → Alors, ils se mirent à parler du temps chez de Roussan → Sérgio Sister chez Emmanuel Hervé → Révolte logique, Part II: Slave to Art chez Marcelle Alix → André Guedes & Clara Batalha chez Crèvecoeur → Phantom Sun chez Bugada & Cargnel à Paris

01.10.2013 • Félix Vallotton aux Galeries Nationales du Grand Palais → Düo → Saynète 1 – Feiko Beckers & Aldéric Trével par Dératisme à Glassbox à Paris

27.09.2013 • Célébration(s) au Centre Wallonie-Bruxelles → Jitish Kallat chez Templon → Allora & Calzadilla chez Chantal Crousel → Alicia Paz à l’Instituto Cultural de México → Interférences à La Ferronnerie → Ornamentum libitum par Kaiserin & Benjamin Lafore à Glassbox → Julia Rommel chez Gaudel de Stampa → Düo (en montage) → Pathfinder#3 And to end par Arlène Berceliot Courtin chez Moins Un à Paris

03.08.2013 • Scott Benzler à Shanaynay → Elise Vandewalle & Andrés Ramirez en résidence à Glassbox à Paris

22.04.2013 • Dear Peggy par Gallien Déjean chez Treize → Adrien Vescovi à Glassbox → Ludovic Sauvage dans son atelier à Paris → Le Tamis et le sable #2 L’intervalle aux Instants chavirés à Montreuil-sous-Bois → Le Tamis et le sable #2 L’intervalle à La Maison Populaire à Montreuil-sous-Bois

29.09.2012 • Julien Salaud chez Suzanne Tarasiève → Trojan Horses chez Bugada & Cargnel → Koenraad Dedobbeleer chez castillo/corrales → Valérie Favre chez Jocelyn Wolff → Derek Sullivan chez Emmanuel Hervé → 21×29.7 par Jean-Jacques Lebel & Nabila Mokrani chez de Roussan → Les Nouveaux Collectionneurs à Contexts → Alexander May chez Balice Hertling → Bruno Botella chez Samy Abraham → Jessica Warboys chez Gaudel de Stampa → Caravansérail énergie-plus-exposition par Le Commissariat chez Treize → Sericum Graphein par Didier Fitan & Arnaud-Pierre Fourtané à Glassbox → Circumrévolution par Patrice Joly & Aude Launay au Pavillon Carré de Baudoin → Mexico City Blues par Chris Sharp à Shanaynay → Athématique à l’Espace Brochage Express à Paris

23.05.2012 • Forever Young chez Suzanne Tarasiève → Wilfrid Almendra chez Bugada & Cargnel → Laura Lamiel chez Marcelle Alix → Jacques André chez Emmanuel Hervé → Monstre s’affiche, Les partitions visuelles chez de Roussan → Élodie Seguin chez Jocelyn Wolff → Kristina Solomoukha & Paolo Codeluppi à Contexts → Galerie Balice Hertling → Genêt Mayor chez Samy Abraham → Galerie Italienne → Play dice would be nice par Sabot chez Gaudel de Stampa → Soignez vos façades ! par Le Commissariat chez Treize → Print is a print is a print is a print par les éditions du Tingre à Glassbox à Paris

30.04.2012 • Elina Ioannou par Glassbox à la Mairie du XIe arrondissement à Paris

30.03.2012 • Christophe Lemaitre à Shanaynay → Yves-Eric 2boy chez 22,48m2 → Sandra Aubry & Sébastien Bourg chez de Roussan → Sophie Nys chez Emmanuel Hervé → Julien Carreyn chez Crèvecoeur → Provisional Space par Mark Manders & Roger Willems chez castillo/corrales → Élodie Seguin chez Jocelyn Wolff → Treize → Portée à Glassbox à Paris

04.11.2010 • The Day Dreamers chez Coming Soon → Victor Boullet au Commissariat → Flavia Cocchi chez Anatome → HB – 3D par Glassbox à la Galerie 14 → Jim Lambie par Sadie Coles HQ chez Patrick Seguin → Good design, Good business au Lieu du Design → Lucie Chaumont chez Eva Hober → Christophe Chemin chez Jeanroch Dard → Ulla von Brandenburg chez Art  : Concept → Philip Akkerman chez Polaris → Chanson de Geste chez Sultana → Guillaume Pilet chez Alain Gutharc → This Could Be a Place of Historical Importance par Mathieu Mercier chez Torri → Wallace Berman chez Frank Elbaz → Blow-up chez Alberta Pane → Jean-Luc Tartarin chez Marie Cini → Manuela Marques chez Anne Barrault → Galerie Eric Mircher (fermée) → François Mechain chez Michèle Chomette à Paris

22.11.2009 • Six Feet Under par Glassbox à la Fondation Avicenne → Benjamin Sabatier au Point Éphémère à Paris

07.11.2009 • Unmasking par Martha Langford & Sherry Farrell Racette au Centre culturel canadien → Jean-Pierre Raynaud chez A. Leadouze → Shirin Neshat chez Jérôme de Noirmont → Raymond Hains chez Benamou → Aurélie Damon chez RX → Philippe Tourriol chez RX → Théodore Chassériau à l’église Saint-Philippe-du-Roule → La confusion des sens à l’Espace Culturel Louis Vuitton → Six Feet Under par Glassbox à la Fondation Avicenne à Paris

02.11.2009 • Barbara Noiret chez Eurogroup → Six Feet Under par Glassbox à la Fondation Avicenne → Nous sommes tous des femmes par Jeanne Truong chez Ma Collection → Fiction / Lectures performées #3 par Agnès Violeau & Christian Alandete à la Fondation d’entreprise Ricard → Showroom Morgane & Salomé à Paris

31.10.2009 • Art Nouveau Revival  : 1900, 1933, 1966, 1974 au Musée d’Orsay → James Ensor au Musée d’Orsay → Chapelle des Augustins (fermée) → Six Feet Under par Glassbox à la Fondation Avicenne → Penny Hes-Yassour chez Eric Dupont → Le corps mis à nu par Philippe Cyroulnik chez Isabelle Gounod → Avoir 20 ans chez Papillon → Pierre Tectin chez Frédéric Lacroix → Philippe Cognée chez Daniel Templon → Clay Ketter chez Daniel Templon → André Butzer chez Xippas à Paris

19.07.2009 • Patrice Béghain avec Le cours du fleuve fait le mien dans le RER B → Le complexe de Rittberger, ou la ronde infinie des obstinés par Glassbox à la Fondation Avicenne à Paris → Patrice Béghain avec Le cours du fleuve fait le mien dans le RER B à Paris

28.06.2009 • Révélation – Foire de photographie contemporaine au Comptoir Général → Lefevre Jean Claude par Glassbox sans les murs à la Cité internationale universitaire de Paris → Claude Parent, Mossem Foroughi & Hedar Ghiai avec la Fondation Avicenne → Le complexe de Rittberger, ou la ronde infinie des obstinés par Glassbox autour de la Fondation Avicenne → Johannes Krahn avec la Maison Heine à la Cité internationale universitaire de Paris → PassRadio sur la grande pelouse de la Cité internationale universitaire de Paris à Paris → agnès b. avec la présentation de collection Homme Printemps/Été 2010 à l’Hôtel Meurice → Giuseppe Penone au Jardin des Tuileries → Cyril Hatt dans les vitrines Lanvin à Paris

07.02.2009 • Bertrand Lamarche à La Galerie à Noisy-le-sec → David Morel chez Defrost → I thought you were supposed to be in Paris par Sassa Trülzsch chez Lucy Corty → From the corner of the eye – The extra-infra-ordinary chez Schleicher+Lange → Damien Blottière chez Lacen → France Fiction à Paris → Benedetta Mori Ubaldini à la FatGalerie → Isabelle de Boysson chez Charlotte Norberg → Raoul Sinier chez Estace → Marian Breedveld chez Bernard Jordan → John Giorno chez Almine Rech → Michaela Meise – Manfred Kuttner par Johann Koenig chez Almine Rech → Matthieu Ronsse chez Almine Rech → Je campe sur mes positions chez martinethibaultdelachâtre → Jeanne Susplugas chez Schirman & de Beaucé → Objects of a Revolution chez Dominique Fiat → Domestic affairs chez Susan Nielsen → Daniel Buren au Musée Picasso → Bénédicte Hébert chez Christophe Gaillard → Sol LeWitt chez Florence Loewy → Julien Discrit chez Martine Aboucaya → Zachari Logan chez JeanRoch Dard → Walter van Beirendonck chez Polaris → Play loud. Please chez Celal → documentation céline duval par Glassbox sans les murs dans la piscine de la Maison internationale à Paris

29.11.2008 • Fabien Chalon à la Gare du Nord → Réunion avec Lefevre Jean Claude par Glassbox à la Maison internationale → Gerardo Custance chez Polaris → Nicolas Darrot chez Eva Hober → Walter Pfeiffer chez Baumet Sultana → Faces à faces chez Eric Mircher → José Damasceno à l’Espace Topographie de l’Art → Eric Tabuchi chez Florence Loewy → Erik Steffensen chez Susan Nielsen → Enrico Dagnino au Petit Endroit → Salon Light #5 au Point Éphémère à Paris

05.11.2008 • Collectif fact par Glassbox à la Fondation Avicenne → Le Spectrarium – Les fantômes dans la machine à la Fondation suisse à Paris → Isabelle Grosse à la Maison des arts à Malakoff

06.07.2008 • Au boulot !? Travail et Création au Point Éphémère → Le troisième paradis par Jeanne Granger & Géraldine Longueville pour Glassbox à la Cité internationale universitaire de Paris

08.06.2008 • Étienne Cliquet à Glassbox sans les murs à la Cité internationale universitaire de Paris → André Courrèges au parc André Citroën → John Armleder au Centre culturel suisse → Nieves Library dans la Project room du Centre culturel suisse à Paris

09.11.2007 • Tony Brown chez ColletPark → Rita McBride chez ColletPark → Édouard Plongeon à la Galerie Plume → Martha Colburn chez Anne de Villepoix → Luigi Ghirri chez Anne de Villepoix → Françoise Vergier chez Claudine Papillon → Paul Pagk chez Eric Dupont → Michael Krebber chez Chantal Crousel → Katja Strunz chez Almine Rech → Gérard Deschamps chez martinethibaultdelachâtre → Mathieu Briand chez Maisonneuve → Mark Lewis chez Serge le Borgne → Kedell Geers chez Yvon Lambert → Dan Walsch chez Xippas → Jeremy Dickinson chez Xippas → Corinne Mercadier chez Les filles du calvaire → Game Over  : Les jeux sont faits chez Magda Danysz → Foenh’y par Glassbox sans les murs à la Cité internationale universitaire de Paris

19.06.2006 • Gus van Sant avec Elephant dans le cadre de Vidéodanse au Centre Pompidou → Clayton Burkhart au Passage du désir → Sammy Engramer à Glassbox → Marco Poloni au Centre culturel suisse à Paris

30.04.2006 • Queequeg au Point Éphémère → Le spectre des armatures par Yoan Gourmel, Élodie Royer & Mathilde Villeneuve à Glassbox à Paris

02.04.2006 • Continuous Project au Cneai → Pierre Leguillon au Cneai à Chatou → Bertrand Lamarche à Glassbox à Paris

20.11.2005 • Spectrographie par le RIXC – Centre des Nouveaux Médias de Riga au Point Éphémère → Katrina Neiburga à l’Espace expérimental du Plateau → Au pied de la lettre à Bétonsalon → TTrioreau à Glassbox à Paris

17.09.2005 • Marks Blond Hotel par Daniel Suter & Yves Ackermann à Bétonsalon → Acid Rain par Vincent Honoré à Glassbox → Acid Rain par Vincent Honoré chez Michel Rein → Atelier project n°1 à l’Atelier Cardenas Bellanger → Grout & Mazéas chez Site Odéon n°5 → Trompe-l’œil au Goethe-Institut à Paris

→ Publié dans « Glassbox, retour sur deux décennies de création contemporaine » par Tombolo Presses en 2018

Simon Martin. Jour et nuit

Simon Martin couche sur la toile, la teneur de ce qu’il aime. Des personnes, des fleurs, le reste, partagent une même langueur, enregistrée en des surfaces aux gammes crayeuses, d’une sensualité toute minérale. Par la peinture, il transforme l’instant en image selon une stratégie férocement photographique, relevant de l’écriture par la lumière. Une forme d’insolation est ainsi opérée par les tâches radieuses que le peintre compose sur sa pellicule de lin. Elles impriment un sentimentalisme sans émotion. L’onirisme sucré qui s’en dégage, provient peut-être de cette temporalité propre aux tableaux éclairés par des astres encore inconnus. Jour et nuit.

Jour. Les ombres apparaissent plus claires que les obstacles qui les génèrent, phénomène renversant la vision diurne traditionnelle. La solarisation, chérie par les photographes d’avant-garde, désigne également une méthode agricole pour cultiver la fertilité d’un terrain. Ici et là, les rayons se retrouvent captifs de membranes. La vie transpire.

Nuit. C’est à ce moment que cela se passe. Dans une petite maison familiale ouverte à tout vent, l’artiste s’active quand les autres dorment. Et ses modèles notamment. S’il ne représente que son proche entourage, c’est qu’une relation de confiance doit exister pour que ses sujets s’abandonnent. Ainsi s’immortalise le sommeil des choses.

Jour. La volupté rocailleuse partout tangible s’ancre autant dans le béton de la banlieue que la pierre méditerranéenne, deux environnements incontournables pour qui cherche à situer ces œuvres. Les pans de murs toujours cramés par l’été, sont aussi le possible support de fresques italiennes comme franciliennes. S’affirme une périphérie de la figuration.

Nuit. Car les identités s’effacent, et la pénombre y contribue. Il peut y avoir des visages mais jamais de portrait. Alors le pinceau contourne la vraisemblance, la caresse. Malgré leur charge érotique stupéfiante, les images s’obstinent à rester pudiques. Cette rare réserve gorge les formats d’un désir original. Son empreinte séduit sans se savoir timide.

Jour. Les scènes jaillissent avec une assurance solaire. Il s’agit de ne pas s’ennuyer, une fois l’anatomie placée. Et si des détails ne sont pas nécessaires, ils disparaissent dans un morceau de clarté. D’où l’aspect crépi, voire friable, de certaines zones affichant une texture de plâtre posée à la truelle. De vastes éclats s’en libèrent, une fois l’obscurité poncée.

Nuit. Il y a beaucoup de gris, mot bien trop concis pour saisir les épaisseurs de son pluriel. Celles-ci forment un liant qui permet aux teintes pastels des chairs de tenir, tout en célébrant une dimension spectrale. Leurs reflets argentés réveillent des expérimentations argentiques, de ces épidermes touchés par les lueurs même nocturnes.

Simon Martin dresse sur la toile, la teneur de ce qu’il aime. Des personnes, des fleurs, le reste, partagent une pareille vigueur, cueillie en silence dans la qualification de toutes les couches qui la constituent, dont celles que l’on ne voit plus. Consumés par leur exposition prolongée, des corps demeurent sous le défilement des heures, gisant de préférence. Ces motifs de passivité irritent la précipitation, devenue le standard de nos flux. Ils imposent un impertinent répit, dans la fraîcheur bleue du matin, dans la douceur rose de l’après-midi. Alors sur notre rétine, chaque peinture décharge une impulsion électrique, selon une facture qui parvient à éterniser l’éblouissement. Jour et nuit.

→ Publié à l’occasion de « 14h sur le lit », première exposition personnelle de Simon Martin à la Galerie Jousse Entreprise (Paris)